lundi, juin 22, 2009








La Minorité -
Vive la liberté
(1966; Disques Monde 65002)

Les Disques Monde, cette étiquette qui fascine les collectionneurs avertis, avait décidément un penchant pour les talents excentriques, les outsiders... Plusieurs fois plebiscité sur Vente de Garage & Patrimoine PQ pour sa vingtaine de simples 45 tours, le label misait sur des artistes fétiches aux oreilles des amateurs de rock garage: Bob & les Damiks, Les Moribonds, Les Standells, Yvon Bonneville, le Baron Philippe et même Nono Deslauriers s'y distinguent par leur son primal et leurs interprétations débridées. On ne s'en lasse pas. On y publia aussi quelques rares albums; au gré de mes recherches, deux seuls furent répertoriés: Les Différents (65001) et La Minorité (65002). D'après messieurs Bonneville, un troisième long jeu existerait, une compilation plus précisément; si vous pouvez confirmer ou non cette supposition, écrivez-nous.

La fête de tous les Québécois, la
Saint-Jean-Baptiste, est à nos portes. En marge des célébrations plutôt rangées de Montréal (celles de Québec se distinguent), plusieurs événements alternatifs ont lieu en province. Le spectacle L'Autre Saint-Jean, qui se déroulera au parc Pellican de Montréal, aurait sûrement apprécié une meilleure publicité. Résumons: le groupe Lake of Stew et l'homme-orchestre rockabilly Bloodshot Bill furent invités à jouer, aux côtés de Malajube, Vincent Vallières et cie. Un promoteur se plaint que ces artistes ne chantaient qu'en anglais et, comme la Fête Nationale impose la langue française, la situation devenait délicate aux yeux des organisateurs. Exit donc Bloodshot et Lake of Stew. Un débat médiatique s'intensifia dans les jours suivants avant que la situation ne soit rapidement corrigée: les deux artistes pourront finalement chanter et ils le feront dans leur langue, l'anglais. Lisez toute l'histoire ici. Il demeure essentiel d'insister sur la prédominance de la langue française au Québec, ça va de soi, mais jamais au détriement d'autres Québécois de souche. La nationalité des Québécois anglophones méritait-elle d'être remise en question? Non. Ils sont pourtant établis en province depuis des siècles et , comme vous et moi, ils ont des droits. Les collets bleus (nos propres redneck) du Québec n'ont-ils rien appris, négligeant de s'unir aux autres minorités de leur propre province pour s'affirmer ultimement comme ce grand peuple dont rêvait Lévesque?

C'est aujourd'hui La Minorité qui nous offre une leçon d'humilité 101... si vous voyez ce que je veux dire. Référons-nous aux notes de Réjean Lizotte, au verso de la pochette.

La France à "Les Double Six", les États-Unis ont "The New Christy Minstrels", le Québec à maintenant "La Minorité". Ce groupe, sans guitare électrique, sans garçons aux cheveux longs, sans filles à gogo est ce qu'il y a de plus nouveau sur le marché Québécois de la chanson.Pleins d'enthousiasme, pleins de ferveur, ils sont 17 garçons et filles, parlant anglais et chantant en français. Ils chantent leur amour, leur mélancolie, leurs fanfaronades avec ardeur. Amoureux, ils le sont dans Mon pays de Gilles Vigneault. Mélancoliques, ils le sont dans La Manic de Georges Dor. Fanfarons, ilos le sont dans Le gtrand six pieds de Claude Gauthier. Ils chantent aussi plusieurs versions françaises de chansons folkloriques américaines.



Le nom du groupe vient de la langue maternelle des chanteurs: ils sont pour la plupart Anglo-Québécois Tous ont en commun leur étiquette Québécoise. Québécois, tous le sont, et de la plus "pure laine". Sept sont des filles: Cheryl Giffin, Barbara Smith, Margaret Delaney, Nancy Embregts, Diane Simard, Florence Levers & Mariette Legault. Sept sont des garçons: Jim Fraser, Andy Cohen, Don Grovestine, Gary Hicks, Bob Kirkwood, Bob White & Bruce Carter. Pour les diriger: Gary Ouellet, accompagné à la guitare et au piano de Penny Skelton et John Embregts. Ils vous offrent maintenant leur premier microsillon en langue française. Mais il faut une oreille bien fine pour remarquer le léger accent "ennemi". Quand vous l'aurez dix fois remis sur le tournedisque, vous n'y entendrez plus que du feu.

Ensemble, les Ouellet et les Fraser, les Simard et les Smith, les Cohen et les Delaney nous prouvent que c'est une bonne alliance, une qui va au-delà des langues. Qui sait, du jour de ce disque, être une minorité sera peut-être un statut qu'on recherchera.

Étonnant! Bon, je vous l'accorde, certaines tournures sont mal choisies (un léger accent ennemi) ou mal formulées ( joindre une minorité à la mode? ). Saluons essentiellement l'audace de ce groupe! Il se distingue déjà des autres artistes signés sur Disque Monde par son approche strictement folk et ses chants plutôt pesants. Sobres, ces interprétations teintent malgré tout d'une couleur singulière notre courtepointe fleurdelysée, tissée serrée.

CONCOURS :

Profitons de la Saint-Jean-Baptiste pour entretenir notre mémoire culturelle au diapason de notre devise: Je me souviens. J'offrirai un (1) exemplaire du plus récent essai de Réal La Rochelle, Le patrimoine sonore du Québec; La Phonothèque Québécoise , parmi ceux qui pourront identifier au moins une reprise (différente des trois nommées plus haut) interprétée par La Minorité et du même coup nommer l'original (titre ou artiste). Je recueillerai vos réponses et divulguerai un(e) gagnant(e) le 1 er juillet 2009. Acheminez votre réponse au kiosquealimonade@yahoo.ca ou laissez un commentaire à la suite de cet article.
Bonne chance!


Bonne Fête à tous les Québécoises & Québécois...sans exception!


The Disque Monde label output has collectors salivating over great under-rated garage numbers from such diverse acts as Yvon Bonneville, Les Moribonds, Bob & les Damiks, Le Spectre and many more (see links in the french version below). They also produced some scarce LPs like Les Différents (65001), La Minorité (65002) and another rumored compilation.

La Minorité (The Minority) is a bunch of (mainly) anglophones from Quebec, 17 musicians total: our own New Christy Minstrels if you like. So, instead of the usual garage-beat record, this label also covered the folk scene. This record has no long-haired musicians, no gogo girls nor electric guitars (as stated in the liner notes) but still offered something quite unique for the era: local english-speaking artists covering french-canadian folk standards (and other US favorites) and singing them in french! Totally in sync with this Saint-Jean Baptiste's (our national holyday) festivities where a couple of "blue necks" objected to the performance of english-speaking artists at a Montreal show and thus forgeting that they're still as Quebecois, no mater what language they speak... Happy Saint-Jean-Baptiste to all Quebecois, no exceptions!


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La Minorité - Vive la liberté (1966; Disque Monde 65002)

lundi, juin 15, 2009








The Medium - The Medium
(1969; Gamma GS-503)

Enregistré à Montréal en 1969 et publié simultanément sur Gamma avec l'album de Anthony Green & Barry Stagg, l'unique album du groupe anglophone The Medium pourrait bien être cité comme l'un des premiers au Québec à s'être aventuré sur des mouvances progressives. Le medium, la matière; ce solide sobriquet semble tirer profit du populaire dixit que Marshall McLuhan pondait en 1964: The medium is the message. Il n'y aurait pas eu de mal à l'utiliser comme gimmick publicitaire: ce slogan aurait été tout à leur honneur. Le groupe était composé de Steve Blackwell (percussions), Robert Ellis (voix, harmonica), Pierre Latreille (guitare), Neil Mallot (basse) & James «Jim» Solkin (orgue, piano), qui signe tous les titres de l'album. C'est aussi ce talentueux claviériste qui à la même époque composait en majeure partie la trame sonore du film-culte de Claude Jutra, Wow. Cette bande originale (qui ne fut malheureusement pas publiée sous forme d'album) fera le bonheur des connaiseurs, proposant autant d'extraits de l'album que de titres inédits du groupe! Le film est un témoignage franc et habilement cabotin de la jeunesse Québécoise au tournant des années 60: un visionnement essentiel, gracieuseté de l'ONF. Voyez d'ailleurs une perfomance mimée des comédiens sur un titre inédit à37m00s. Serait-ce aussi le véritable chanteur de groupe? Je ne crois pas. Le générique du film le nomme Dave; son portrait n'apparait pas sur la pochette du disque, mais sa performance, même en lipsync, demeure plutôt convaincante.




Selon l'ouvrage de référence La Merveilleuse Époque... de Léo Roy, le batteur Luc Robert du groupe La 5e Dimension aurait été membre de Médium [sic] suite à la dissolution de son premier groupe. Idem pour le chanteur de Benjamin & les Incas, Laurent «Benjamin» Bégin. Auraient-ils été membres avant ou après l'enregistrement ou bien utilisèrent-ils des pseudonymes? Parlait-on d'un autre groupe nommé similairement Médium? Pour le moment, je ne peux rien vous confirmer, mais j'espère qu'une bouteille-à-la-mer lancée en direction de James Solkin me revienne. À suivre...

Revenons à la musique. Le quintette orbite autour des vibrations émanants du Hammond et d'une panoplie d'orgues combos, suivant la fougueuse cadence imposée par le doigté de Solkin. Pour l'époque, je ne peux avancer d'équivalents Québécois, encore moins francophones; la vague déferlante du rock progressif PQ ne débuterait après tout que plus tard, avec entre autres le VEBB ou l'album Dimension M de Franck Dervieux en 1972. Par ses atmosphères dramatiques révélants au passage des mélodies accrocheuses, quasi circassiennes, l'album se situe bien dans une mouvance jazzée empruntée alors par des artistes psychédéliques américains. Des groupes comme Phluph et Mandrake Memorial, appuyés par des organistes aussi éclatés que minutieux, n'hésitaient pas non plus à mettre les claviers à l'avant-scène pour mieux situer leur fusion du jazz au rock, ambiances baroques et lysergiques en prime. Esthétiquement, un parallèle pourrait être tracé avec l'obscure groupe Aggregation qui publiait en 1969 un album d'étranges chansons atmosphériques... quasi circassiennes, justement, où une récente série de spectacles en résidence à Disneyland inspira un croisement entre leur trame sonore pour le pavillon Tomorrowland et l'expérience lysergique. Quel trip!

Les influences jazzées sont plus présentes chez The Medium, le chant étant relégué au second plan derrière les prouesses de l'organiste et les envolées en contrepoint de Latreille, aussi corrosives que méticuleuses. Le jeu de ce dernier insufle d'ailleurs une saveur westcoast à l'ensemble. Les breaks instrumentaux prolongés sont de rigueur, mais developpent des ambiances à la fois dramatiques et ludiques sans pour autant produire de longueurs.




Dans son livre, le collectif américain Acid Archive ventait l'inventivité du groupe et l'aspect non-linéaire des structures musicales, mais critiquait parallèlement les prouesses vocales de Ellis. S'il est vrai que le chanteur n'hésite pas à théatraliser sa performance par moments, son chant est loin d'être aussi faux qu'on lui reproche. Il y a certes quelques écarts sur In Between, mais ultimement son jeu rejoint le délire qu'impose la mélodie.

New Thing, un titre à propos pour cette pièce instrumentale, annonce déjà en introduction de grandes choses: un habile batteur jazz, un jeu d'orgue pesant, une guitare solo incisive. Du plomb dans les dents! La mélancolique My lady lies forever apaise la cadence et révèle un Ellis juste assez lyrique. À mon avis, c'est cet aspect de son chant qu'il faut retenir; sans gonfler son interpétation jusqu'à en personifier le Roi Lézard, Ellis navigue avec une certaine retenue, conscient de ses limites vocales. Plus loin, le groupe adoptera une approche encore plus intimiste sur la fragile Two by two (voix, piano, maracas), où le chanteur, plus désinvolte, marque une courte pause avec le style plus éclaté qu'il offre sur le reste de l'album. Give me a peace démarre aussi en douceur avant d'évoluer en une suite baroque'n roll, carabinée et fuzzée à souhaits. On ressent toute l'énergie d'une performance enregistrée live. Alors que The mouse ou Melon semblent tergiverser sans vraiment développer de structures solides ou de mélodies mémorables, le groupe se resaisit pour I love everyone at last. La chanson s'élabore sur différents styles qu'auraient appréciés Roy Wood (The Move) ou Keith Ermerson (The Nice), passant d'une valse baroque à des élans plus fougueux et saccadés. Couplé avec My lady lies forever, ce titre avait du potentiel et aurait pu être publié en 45 tours, mais Gamma choisit de miser uniquement sur le LP; aucun simple, à ma connaissance, ne fut extrait du long jeu. In Between par ses mélodies inquiétantes et son interprétation cabotine intensifie l'effet circassien décrit précédemment. Faites entrer les saltimbanques! Stars conclue le tout sur une note plutôt joyeuse; une composition laborieuse et agitée, entrecoupée d'un air charmante au mélodica (ou est-ce un accordéon?) et ponctuée de chants en soubresauts. Cette chanson rappelera la performance mimée du film de Jutra. Wow, effectivement.

Par ses ambiances psyquédélique, ses structures atypiques et son jeu de clavier à la limite des démonstrations hypertrophiées qu'imposerait bientôt le rock progressif, l'unique legs du groupe The Medium pavait déjà la voie qu'emprunteraient bientôt nombre d'artistes Québécois. En constatant toute l'inventivité de ce quintette, il est plus que tentant d'imaginer une suite à ce long-jeu. Le groupe avait tant de potentiel; il aurait pu évoluer et s'imposer sans trop de peine dans la décennie suivante. Dommage que l'aventure n'ait été de si courte durée... Solkin réaliserait bien quelques années plus tard la trame sonore du documentaire animalier La volée des neiges (1976; ONF) et co-fonderait à la même époque le Café Santropol (Montréal), mais qu'est-il advenu depuis des autres membres talentueux de ce groupe? Messieurs du Medium, la parole est maintenant à vous... Merci à mon ami Gaétan B. qui m'a gentiment prêté cet album convoité.


Produced in 1969 in Montreal, the sole album from The Medium (not to be confused with the UK band of the same name, of 'Edward never lies' fame) is a rare treat of early prog rock in Quebec, fusing jazz, rock with some pretty intense organ playing. The band was composed of Steve Blackwell (percussions), Robert Ellis (vocals, harmonica), Pierre Latreille (guitar), Neil Mallot (bass) & James "Jim" Solkin (organ, piano), who composed all titles on their eponymous LP. According to Leo Roys' reference book La Merveilleuse Époque... , the drummer from Quebec's psychedelic combo La 5e Dimension joined The Medium after his own band collapsed in 1968. Same thing for Laurent "Bejamin" Bégin of the obscure garage band Benjamin & Les Incas. Did they joined before or after the LP was recorded? Were they using pseudonyms? I've contacted M. Solkin, let's hope he answers back and rectifies some of these mysteries.

Solkin produced at the same time the original score for Claude Jutra's cult-movie Wow, about Quebec's young generation at the turn of the sixties. A fascinating and essential viewing. You'll also hear many new and unreleased tracks performed by The Medium as well as a mimic performance by the comedians at 37m00s. Read an article for their sole LP in the Acid Archive. While I find it accurate on many aspects of this LP, I thought like many, that the bad review for Ellis's vocals were a bit tough. His voici isn't as strong as the other instruments involved here and the emphasis is mainly put on the organist; still he manages to pull some chops and dramatize to some degree his singing to match the intense play between complex organ melodies and guitar solos. A bit amateurish but devoted: give the guy some credit! The sound of the band is reminescent of those of Phluph, Aggregation or even Mandrake Memorial but with a disctinct flavor. Solkin's melodies mixes jazz, baroque and rock with a bold and fresh attitude: no oversized prog moments here but great and extanded solos nevertheless. Leave a comment as you download and, as english speaking fans, write me what you really think of this one. Thanks!


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The Medium - The Medium (1969; Gamma GS-503)

jeudi, juin 04, 2009

Patrimoine PQ reçoit...

Misérablement Vôtre est un groupe de discussion où convergent collectionneurs et autres archéologues musicaux pour partager leur passion et connaissances des groupes rock, garage, psychédéliques -alternatifs, quoi!- des années 60 au Québec. Sous l'oeil futé de Michel Alario (Les Macchabées), c'est l'endroit idéal pour rejoindre des férus de notre histoire musicale. Inscrivez-vous ici.

Ainsi, le récent congé qu'apportait la Journée des Patriotes semblait tout désigné pour réunir une trollée de blogueurs musicaux qui y contribuent, la crème des phonoblogueurs, et d'audiophiles en tous genres. Patrimoine PQ reçoit...




Saurez-vous tous les reconnaître? Merci à Otis (The Bran Flakes) & Mireille (À la Carte), Félix (Vente de Garage), Isabelle & Simon (Psyquébélique), la charmante Véronique, l'ami et collectionneur émérite Gaétan (Samsara; Rainfall) ainsi que Michel (Misérablement Vôtre) pour cette charmante soirée platine & becue.

lundi, mai 25, 2009

Pax Hominis : Nouvelles informations!

Sally Courtney de Pax Hominis, nous écrit. Elle confirme qu'elle chantait en duo avec Pierre Lamothe, épaulés sur disque par 4 musiciens qui n'ont toujours pas pu être identifiés. Reuben Reece, qui signe la musique du simple Martin Luther King, était aussi leur gérant. Ce simple, dont nous discutions dans un article de 2008, aurait d'ailleurs été traduit et acheminé (sans être enregistré) à la veuve de King. Celle-ci devait ultimement répondre par écrit au duo, lui témoignant sa joie de constater que les canadiens pouvaient soutenir le message de paix et de tolérance que clamait le défunt pasteur.

Depuis, un second courriel nous confirme que l'étiquette Astra (anc. Astro-Pop) était bien Montréalaise. Le simple Astra aurait d'ailleurs fait quelques vagues sur les trentièmes échelons des palmarès d'ici tout en faisant bonne figure entre Québec, Chicoutimi & Trois-Rivières. Lisez tous les détails plus bas, dans la version originale anglophone de ces correspondances.

Tiens, pendant qu'on revient sur ce 45 plutôt pacifiste, profitons-en pour souligner un anniversaire culturel, celui d'une prise de position légendaire ayant eu lieu à Montréal en 1969... Rappelez-vous.

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Robert Arcand - Fais l'amour et non la guerre / Rotation
(1969; Avril A4-113)


Le second simple de Robert Arcand pour l'étiquette Avril résonne à propos aujourd'hui, alors que les Montréalais célèbrent le 40e anniversaire du Bed-In de John Lennon & Yoko Ono tenu dans la suite 1742 de l'Hôtel Reine-Élizabeth. Véritable happening pour la paix aux dimensions internationales, c'est vers le lit du couple que convergeait à l'époque une horde de journalistes, chanteurs (Petula Clark, le Rabbin Abraham Feinberg) et gourous de tout acabit (Timothy Leary). Give Peace a chance, hymne par excellence pour la paix avant que Lennon pousse l'audace en signant l'indémodable Imagine en 1970, fut enregistré dans leur chambre pour rejoindre ensuite le monde entier... Arcand devait inévitablement en capter les vibrations.





La guitare de l'introduction annonce de grandes choses, mais elle s'efface quelque peu derrière le refrain, Fais l'amour et non la guerre, répété comme un mantra. Le tout introduit un chanteur en pleine confidence, émerveillé devant la figure d'un être envers qui la haine est impuissante, un messager de paix et d'amour à l'image de Jésus, Gandhi ou Martin Luther King. Arcand aurait-il trouvé son maître à penser en la personne de John Lennon? Si tel était le cas, il serait ironique que ce soit finalement sur l'air de Hey Jude (un titre de Paul) que s'articule son ode à la paix... La face B, Rotation, est d'un tout autre registre, définitivement smooth jazz avec des accents de bossa nova. Fan de library music, prenez note. Instrumentale, la mélodie séduit tout en contrastant avec la face A et plaira particulièrement aux fidèles lecteurs de Psyquébélique. Cet autre titre signé Yves Vincent pourrait n'avoir fait appel qu'aux musiciens de studio présents pour l'enregistrement, question de produire rapidement tout en profitant de la frénésie autour de l'événement généré par John & Yoko. Ce ne sont que des spéculations, mais si vous lisez ceci M. Arcand, faites nous signe, les doigts en V, qu'on en jase.




Sally Courtney, member of the duo Pax Hominis (wich we covered in a 2008 post) wrote back and helped shed some light on their recordings for the Astro-Pop / Astra label. She also provided the official band photo you see below and we thank her for these "new" facts!

(Courtney) It has been so many years. I have located some of my old friends but unfortunately non of the old group yet. We're trying to locate Pierre Lamothe (Willy) we used to say he was the nephew of Willy Lamothe for jokes. We had 4 back-up musicians.The group split end 70 due to personal reasons. When we started, Reuben Reece was our manager. Maurice Baril our teacher our producer our everything. Very talented man. He was at that time also training Julie Arel. The song Martin Luther King: after it was recorded, we had an english translation done (not recorded) and sent off to Mrs. Martin Luther King who had written back and was very happy that we canadians new and understood her husband. This letter was kept by our then manager. It is our original recording, done in Montreal. If my memory serves me correct in early 70'. I remember this record did very well outside of Montreal, Quebec City, Trois Rivieres, Chicoutimi, etc. but it never took off in Montreal charts (low 30's).

Since it's also the 40th anniversary of John & Yoko's Montreal Bed-In, I thought you might also enjoy a similar hymn for peace, courtesy of Robert Arcand. Mostly known for his great first single "Crac!", this second helping offers a more laid-back song about a newcomer, who cannot be destroyed by hate and who speaks of peace...and love. Fais l'amour et non la guerre (Make love not war) starts with great guitar work but shift to a mantra-like chorus repeating the title until a whispering Arcand begins to talk about a man he admires...without ever mentioning his name although you get the idea it's about Lennon. Oddly enough, the song moves foward a ripoff of the Hey Jude (Paul's song) chorus line. The B-side is another ball park: instrumental, soft jazz with some bossa nova moves. It was surely a fast move using only Yves Vincent's backing musicians for this title, released in a rush to capitalise on the Bed-In success. Leave a comment as you listen. Peace.

Téléchargez ce simple / Download this single


mardi, mai 19, 2009


Que faisiez-vous samedi soir...le 28 janvier 1967 ?

Moi, je n'étais pas encore conçu... Je prends toutefois plaisir à lire les actualités d'antant, parcourir les vieilles éditions de journaux dans les marchés aux puces et laisser défiler les microfiches de la Grande Bibliothèque, les yeux grands ouverts. Qu'il s'agisse des années soixante comme d'aujourd'hui, la scène montréalaise demeure l'une des plus foisonnante au Québec; les spectacles sont nombreux, les styles innombraux et faute de salles adéquates, on improvise (de la Casa Espanola à la Sala Rossa). En 1967, l'effervescence yéyé & garage était à son zénith; on en pinçait pour les groupes et la frénésie qui s'en suivait sur la piste de danse! À lire le Photo-Vedettes de février 1967, c'est toute une sélection -et un choix des plus déchirants!- qui s'adressait aux fervants de rock garage les samedis soir. Au programme: Les Sultans, les Merseys, les Canceliers, les 409 (!), les Mykels, les Hou-Lops, les Bel-Air, Les Sinners, Les Loups (!!), Les Atomes, les Trixies, les Doomed (!!!), les Talmud XIII et les Impôt-Cibles. C'est déjà étourdissant, non? Retenez ceci: la plupart était engagée pour une double-représentation ou un set en continue de 4 heures! Toute une soirée...avec les Sinners. On mentionne aussi les Napoléons et Eric (sans les Gamins) dans un encadré signé Claude Charron; serait-ce le même qui chantait sur étiquette Carrousel ou peut-être le politicien-en-devenir? Qui peut nous le confirmer? Félix & Mélo de Vente de Garage se réjouieront du lancement du fan-club officiel de Pierre Perpall, annoncé dans cette édition. Il vous en coûtera 50 sous...

On parlait des Impôt-Cibles... Lisez ce rare topo où ils nous promettaient deux nouveaux simples bilingues ainsi qu'un album en français d'ici Noël 1967; seul leur second 45 tours de 1967 sur Plaza se concrétisera.


Et comme on en a jamais assez des Dabsters, voici un dernier article tiré de l'édition du 7 janvier du Photo-Vedettes. Ils se disent admirateurs de Myles Clarke & The Imaginations; je ne connais pas ce groupe rythm n' blues, quelqu'un aurait plus d'informations? Bonne lecture!



lundi, mai 18, 2009



Yves Trudel - Des siècles et des siècles / Vie
(1969; VOLT VT-2502)


On me demande souvent si le «PQ» du titre de ce blog réfère au Parti Québécois (non!) et je me contente d'expliquer qu'il s'agit plutôt d'un adjectif de chez-nous, référant à la Province de Québec et utilisé la plupart du temps pour marquer le caratère distinctif de notre culture. Bien que j'évite le plus souvent possible les débats politiques qui ne font que nous déchirer, je préfère d'avantage miser sur les différentes facettes de notre identité culturelle. Ainsi, à l'occasion de la Journée des Patriotes (19 mai 2009), je vous propose un 45 tours témoin d'une époque où la création artistique était intrinsèquement liée à la question politique.

Prenez par exemple l'unique (?) simple de l'obscure groupuscule Modus Vivendi (autrement dit s'accomoder d'une situation ou trouver un compromis) publié sur étiquette Volt. Les cinéphiles avertis reconnaîtront déjà l'auteur des deux titres de ce simple, Yves Trudel. Ce chanteur devenu comédien joua dans plusieurs films du réalisateur Pierre Falardeau (Le Party, 15 février 1839). Vous le replacez? Non? Le sympathique et farfelu personnage de Méo dans la trilogie des Elvis Gratton, c'est lui! Serait-ce le même qui chanterait cet hymne folk n' glauque du Québécois persécuté? Attendons sa confirmation... Avouons que le discours qu'il entretient envers les patrons anglophones le positionnerait bien dans l'entourage d'un jeune Falardeau. Un ouvrier opprimé crache de tout son joual à la gueule des Big Bosses, allant jusqu'à les juger persona non grata au Québec. Extrême le mec. Ce qui étonne, c'est le discours qui se construit sur un ton plutôt pastoral, avec l'orgue, quelques cordes et un accompagnement vocal à-la-Forestier. La laïcisation des moeurs n'était pas terminée qu'il fallait déjà passer à un autre combat. Sans être un clone de Charlebois, ce protest-folk ne manque pourtant pas de venin. La propos est franc, mais la prose moins inspirante...

Des fois, j't'en crisse contre tout'
Pour te dire mon Anglais: sac' ton camp ou parle français.

Parce qu'icitte moé chu chez-nous.

Tu viendras pas me mettre dewors [sic]

Je sais que pour ça, on va m'enfermer.

Je sais que pour ça, on va me mettre à l'ombre.

De vous les Grands Boss, pis Monsieur l'Foreman

Qui me dit que la richesse, c'est péché.

Pour des siècles, et des siècles... Amen.


Loin de souscrire à une telle vision xénophobe, je ne peux m'empêcher de tracer un parallèle avec le triste défilé qui accompagne cette journée. Rassurez-vous, je ne dis pas que les Patriotes sont xénophobes et respecte la plupart de leur idéaux, mais comme chez Trudel, je trouve que le ton de leurs discours sonne déphasé, vieux-jeu. Contemporisez-vous, qu'ils disaient...

La face B, Vie, est éthérée et manque sérieusement de tonus; on est loin de témoigner de la même épiphanie que Trudel. La qualité de la numérisation laisse à désirer, mais dans ce cas, ce qui importe, c'est essentiellement de l'écouter lors de votre... journée de congé. Bonne Journée des Patriotes!




samedi, mai 16, 2009






The Melody Makers - The Melody Makers

(1963; Plaza PL-3301)


Le parcours de ce jeune trio montréalais est tout à fait fascinant. Dès 1958, le groupe prend forme autour des frères Roberto et Danny Orsini (guitares & voix) et de Robert Perron (batterie); les trois sont respectivement âgés de 8, 9 et 12 ans! Malgré leur jeune âge, le groupe effectue ses débuts sur scène au Orsini Hall (propriété de leur oncle) et au Lion's Club avant de capter l'attention du promoteur Ed Supple. Il les inscrira au programme de son éclectique Revue Métropolitaine à la fin des années 50 où ils se tailleront une place parmi des danseurs, magiciens, contorsionistes et autres ventriloques. Le groupe effectuera ainsi une tournée effreinée des salles de danse, réunions de Chevaliers de Colomb, cliniques de dons sanguins au profit de la Croix Rouge, clubs de vétérans, hôpitaux (certains psychiatriques) et prisons de la région montréalaise.

Après leur première télédiffusion à Sherbrooke (Paul Lemire Show; CHLT), ils furent invités à se produire aux États-Unis. Les Melody Makers se produisirent à Burlington (Vermont) au Mike Stevens Show (WCAX), à Plattsburg (New York) au Lazy L Ranch (WPTL) et finalement au parc thématique western Frontier Town de North Hudson (New York). Ils auraient ainsi cumulés près de 400 spectacles à leurs 5 premières années! Incroyable! Leur tenacité serait ultimement récompensée en 1963 alors que le producteur Tony Choma les remarquerait. Il dépistait déjà de nouveaux talents afin de lancer son propre label, Plaza, et c'est à ces jeunes gens qu'il confierait sur le champs, le rôle d'ouvrir le bal. Choma semblait convaincu, non? Vous le serez aussi. Si vous possédez une copie du disque, les chances sont qu'ils fut acheté à l'un de leurs spectacles; bien que 5000 copies furent vendues en tout, l'album demeure aujourd'hui difficile à retracer.




Sans être un album live proprement dit, le jeu frénétique des musiciens jumelé de l'absence d'un bassiste couplé d'une production franchement minimale laisse place à plusieurs petits écarts ça et là, mais il en faudrait plus pour ralentir les Melody Makers. Tous les éléments d'un spectacle du groupe sont réunis. Le ruban tourne et on canne les titres en vitesse, sans regarder en arrière question de ne pas nuire à la spontanétié. Si vous recherchiez le son teenbeat, cru et sans réserve des meilleurs planchers de danse en 63, vous ne pouviez trouver mieux! Les studios Stereo Sound (sur Côte-de-Liesse) ont toutefois produit des albums au son plus riche, mais audiblement ce qui importe ici, c'est l'énergie débridée du trio pendant leur unique séance d'enregistrement de 8 heures. Des 10 titres enregistrés, 4 sont des compositions originales des frères Orsini; du lot, seuls deux titres sont chantés (Five Foot Two & Mama's Twist). Aucun 45 tours ne fut extrait du microsillon - étonnant! Le répertoire du groupe s'oriente vers les boogies instrumentaux pimentés de rockabilly comme en témoignent la reprise saccadée des Ventures (Walk, Don't Run) et les versions slow rock de hits calypso tels Yellow Bird de Norman Luboff ou My Shawl de Cugat. De ces titres instrumentaux, on retiendra surtout les compositions originales du groupe comme l'approximative Leo's Twist, titrée en l'honneur d'un ex-prisonnier enthousiaste qui avait assisté au spectacle du groupe alors qu'il séjournait au centre correctionnel Saint-Vincent-de-Paul. Hell Boogie démarre en douceur avant de sérieusement accentuer la cadence vers 0m50s. Tassez-vous d'là! Après une face A entièrement dédiée à des instrumentaux disons «de rigueur» pour un tel groupe, Hell Boogie (quel titre!) introduit un segment plus déglingué en face B. Ça déménage!

Les deux titres chantés se distinguent du reste de l'album. Les voix prébubères des frères Orsini sont perchées hautes, très hautes, et leur rendu en lpeine poussée hormonale ne montre aucun signe de ralentissement alors que chaque musicien fait de son mieux pour ratrapper le reste du groupe. Bien qu'elle sonne tout à fait contemporaine sur cet album, l'indémodable chanson Five Foot Two avait déjà été un hit pour de nombreux artistes depuis que Ray Henderson l'avait composé en...1925! Souvent interpété au yukulele, ce titre nouvellement énergisé casse la barraque après un lente introduction. Vous vous surprendrez à siffler l'air des jours durant... Mama's Twist pousse plus loin l'audace. Tassez les meubles avant d'entamer cette pièce qui n'a rien d'un twist, le fruit d'un jam improvisé! Un véritable concentré de tout ce qui charme chez ce groupe: le jeu est lousse et frénétique, les paroles sont minces mais ô-combien rock n' roll (les woo-hoos chahutés par Perron n'ont rien à envier au hit des 5-6-7-8), les aiguilles sont dans le rouge!


Malgré le départ de Robert Perron en 1964 et une succession de remplaçants (Lou Peddy, Bobby Martino), Les Melody Makers continuèrent leur série de spectacles jusqu'en 1967, misant progressivement sur des performances dans des nightclubs jazz de la métropole, sans néliger un gig dans un mariage ou une allée de bowling au passage. Alex Taylor publia il y a quelques temps un article témoignant de sa rencontre avec Danny et Roberto Orsini; cette critique se réfère d'ailleurs à de nombreux passages issus de cette rencontre privilégiée et je tiens à souligner l'excellente recherche de Alex. Lisez son article ici. Je tiens aussi à remercier Mimi la Twisteuse du blog À la Carte qui avait présenté récemment d'inspirantes trouvailles teenbeat ou kiddie-rock. Laissez votre commentaire après écoute.





Téléchargez l'album complet / Download the complete LP:

The Melody Makers - The Melody Makers (1963; PLAZA PL-3301)

samedi, mai 02, 2009


Il était une fois...les Boîtes à Chansons

J'ai assisté le 16 avril dernier à l'une des rares représentations que donneront simultanément les chansonniers Claude Gauthier, Pierre Létourneau, Pierre Calvé & Jean-Guy Moreau. Robert Charlebois, lui-même souvent accusé d'avoir enterré l'époque des Boîtes à Chanson, eut l'idée de réunir ces quatre auteurs-compositeurs pour rendre hommage à la scène folk intimiste Québécoise au tournant des années 50. Il ne chanterait pas, mais superviserait la mise en scène du spectacle et confierait à ses fils la première partie (Jérôme Charlebois; timide, charmant et bref) et le buffet qui précédait la soirée (son autre fils est traîteur). À ce sujet, la formule souper-spectacle, bien que conforme à certains cabarets des années 60, révélait malgré tout la clientèle-cible de cette production; ma copine et moi étions parmi les rares spectateurs de moins de 60 ans. Qu'à cela ne tienne! Nous découvririons bientôt que nos chansonniers et leurs oeuvres vieillisent tous à merveille. 4 Grands Crus!


Sur scène, des artéfacts rappelaient l'ambiance à-la-va-comme-j'te-pousse des cabarets improvisés de la Boîte à Clémence jusqu'à la Butte à Mathieu, ceux-là mêmes qu'animaient les Bozos et les nombreux enfants illégitimes de Félix. Après quelques imitations de rigueur de Moreau, un Gauthier percutant d'émotion entrepris son tour de chant valsant entre les premiers titres écrits et de nouvelles compositions. Suivant: Calvé, solide et grave, qui sait rapidement s'imposer par le ton plus fidèle à l'époque concernée. Je dois confesser que des 4 performeurs, c'est celui que je connaissais le moins. Le reste du public, lui, n'avait pas oublié ses hits. Les gens semblaient d'ailleurs stoïcs et comblés à la fois lorsqu'il raconta la genèse d'un titre qui serait repris par Charlebois en 1973, Vivre en ce pays.



J'attendais particulièrement l'arrivée de Létourneau, ayant une préférence pour ses hits depuis mon enfance. Lui qui possédait un riche catalogue déjà dans les années 60, je me demandais s'il puiserait essentiellement dans ses premiers albums. Mais, non... Il en fit bien un en rappel de son premier spectacle en...1961. Toutefois, il choisit de bifurquer assez tôt sur ses chansons à succès (Maurice Richard, Tous les jours de la semaine). Je ne m'en plains pas (le CH était encore dans les séries, alors l'hymne au Rocket était indiqué) et bien que sa performance fut honnête et délicate, on s'écartait à mon avis de l'essence des Boîtes à Chansons. Ils y étaient pourtant tous nés sur scène, on ne ressentait pas nécessairement un retour aux sources... Après tout, rien ne spécifiait d'avance qu'on se concentrerait sur la première époque des Boîtes à Chansons. Ironiquement, c'est lors des tours de chants en groupe que le thème était plus respecté. On salua pourtant avec raison l'apport des chansonnières (Desrochers, Julien, Forestier, Leyrac) et le contexte socio-historique dans lequel naquit la scène folk Québécoise; les personnages habituels mais imités avec brio par Moreau, Drapeau et Angélil particulièrement, ponctuaient les hommages aux différents confrères (Ferland, Félix, Vignault, même Brassens). Ainsi, plutôt que d'offrir un portrait historiquement fidèle à l'époque qui l'inspirait, le spectacle misa sur la rencontre sans prétention, sincère et émouvante de quatre auteurs-compositeurs heureux de retrouver leur public. Encore une fois, la question se pose: devant des spectateurs qui murmuraient toutes les paroles des tubes qui s'enchaînaient devant eux pour cette rare occasion, qu'en est-il de la reconnaissance de l'industrie aux travers des timides rééditions officielles de leurs nombreux lègues? En l'occurence, les mélomanes n'ont pas encore oubliés l'âge d'or des chansonniers... Et moi qui pensait entendre Moreau entonner la Chanson des Bums (thème de Terre des Bums; 1967), j'aurai néanmois eu droit à une charmante et mémorable soirée.

Aux rockers maintenant d'avoir leur tour de chant! Je regarde dans ta direction François Guy... Que dirais-tu de célébrer sur scène les 40 ans de Vox Populi avec tes comparses des Sinners? C'est la saison morte pour Charles P. Linton; téléphonez-vous! ; )




We witnessed on April 16th a rare glimpse of Quebec's early 60's folk scene as Robert Charlebois put together a show in honnor of this golden era of our Chanson. Backed by 2 talented musicians, Claude Gauthier, Pierre Calvé, Pierre Létourneau and fellow folkster/humorist Jean-Guy Moreau offered solid solo perrformances as well as looser efforts as a group. Minus the cigarettes smoke and a real treat of period pieces, the show neverthelss went back in time to capture the essence of Les Boîtes à Chansons (our own Night Owl or Café Wha? styled improvised folk spots). The voices of Gauthier (70) and Létourneau (71) show no sign of aging, always charming and intense. Calvé was dramatic and spot on as he sang «Vivre en ce pays» (To live in this country), a song he wrote for Charlebois in 1973. Moreau kept it funny between sets and did a pretty good Georges Brassens. That show gave a real intimist look at this period, everybody kept shut when Gauthier sang or cheered when Létourneau sang his hit «Maurice Richard» (the Habs were still afterall in the NHL series). All in all, a great night... that could have focused a bit more on the early titles (1958-1966) of these incredible songwriters.


Convention des collectionneurs et disquaires

Samedi le 25 avril dernier avait lieu au sous-sol de l'église Saint-Stanislas (Montréal) la plus récente des conventions bi-annuelles organisées par DreamBeat. L'événement réunissait des centaines de collectionneurs se disputant joyeusement les meilleurs aubaines, les disques les plus rares et les dérivés culturels les plus farfelus (une bouteille du Cabernet-Sauvignon Kiss This, quelqu'un?). En compagnie de mon ami et collectionneur émérite Gaétan B., j'ai profité de cette occasion pour enclencher mon ménage du printemps et vendre ce qui débordait de ma discothèque. Nous tenons d'ailleurs à remercier les amis-blogueurs et tous ceux qui sont passés nous dire bonjour à notre humble tablée. À propos, j'ai rencontré un charmant couple (?) d'animateurs-radio de CISM que j'aimerais bien retracer; si vous lisez ceci, écrivez-moi et rappelez-moi le titre de votre programme! Je tiens à vous écouter!




Cette convention donna aussi lieu à une rare rencontre alors que Lucien & Yvon Bonneville, aussi collectionneurs de rock 'n roll Québécois, passaient par là. La journée avait déjà bien démarrée avec des trouvailles de gros calibre (je tiens à remercier chaleureusement Michel Alario, Marc Lambert et Satan Bélanger pour leurs sélections littéralement extraordinaires), mais cette visite était la cerise sur mon sundae. Merci les gars!





Here's a quick walk through the latest Dreambeat Records Convention held in Montreal, April the 25th 2009. Twice a year, hundreds of collectors, records sellers and freaks of nature head for the event, again held in Saint-Stanislas's church basement on Plateau Mont-Royal. After diggin' and findin' some incredible deals throughout the matinee, we also had the pleasure of meeting tons of friendly people, specially Lucien & Yvon Bonneville (of Monsieur Jean fame; pictured above). Thanks to everyone who stopped by for a sweet deal!

jeudi, avril 09, 2009


Patrimoine PQ signe son premier podcast, exclusivement consacré pour cette édition aux versants les plus obscurs de la pop psyquédélique Québécoise de 1967 à 1972! Itinéraire 9 vers l'Atlantide vous propose les rares grooves de Serge Mondor et du District Ouest, les mystérieux lègues du Cardan et de Jean Lévesque, sans pour autant délaisser la scène anglophone montréalaise avec les groupes The Scene et Mill Supply entre autres. Vous pourrez écouter le podcast (au bas de l'article) ou le télécharger en cliquant ici. Dépoussiérez votre kaftan, faites brûler l'encens et agrippez-vous aux vibrations... Bonne écoute!

Je tiens à remercier Yvon Delisle, guitariste du District Ouest, pour cette superbe photo du groupe lors de son passage à Jeunesse d'Aujourd'hui en 1967. Merci à Gaétan B. pour la sélection (il coanimera le prochain podcast) ainsi qu'à Félix & Mélo de Vente de Garage pour leurs inspirants podcasts misant toujours sur des sélections qui soulignent à tout coup nos richesses négligées des années 60-70. Vous avez un commentaire ou des informations supplémentaires à propos des artistes présentés ou parlez Huron et pouvez traduire les paroles de La Danse de Feu ? Écrivez-nous!

Patrimoine PQ's first podcast, Itinéraire 9 pour l'Atlantide (named after Melchior Alias & Tony Roman songs) is dedicated to Quebec's rarest and oddest pop-psych numbers. You'll hear crazy grooves from Serge Mondor and Le District Ouest, a rare BeeGees french cover plus many english bands such as The Scene & Mill Supply. Let the incense sticks burn and start pickin' les vibrations... Feel free to email any comments, requests or additional infos.





samedi, mars 28, 2009






The Corvairs - Mashed Potatoes Time
(1963; Olympia LPO-102)

Il y a de ces albums beat qu'on peut facilement ignorer au gré de nos journée passées à chiner la perle rare dans les marchés aux puces ainsi que les ventes de garage. Les Corvairs sont du nombre. Sous leurs airs guindés et leur catalogue presqu'exclusivement constité de reprises, rien ne semble vraiment les distinguer des autres groupes instrumentaux, alors si populaires au Québec. Après tout, leur son n'est pas aussi rafiné que celui des Mégatones ou des Jaguars, ni trop frat rock comme chez Les Corvets et bien loin de la frénésie teenbeat des Melody Makers (nous reviendrons sur ce groupe exceptionnel dans un prochain article). C'est un plaisir coupable, voilà tout. Léo Roy qualifiait leur son comme similaire à celui du duo étatsunien The Fendermen; sans le côté parfois loufoque de ces derniers, il y a néanmoins des ressemblances (peut-être est-ce encore plus évident sur leur second album). Témoins d'une brève période où les riff instrumentaux pouvaient se hisser au palmarès, Les Corvairs durent néanmoins déclarer forfait après 1963. L'invasion Britannique menée par les Beatles venait d'électrifier la planète entière aux rythmes du merseybeat et personne n'allait regarder en arrière...

Quatre Montréalais se rencontrent à la fin des années 50: Louis Vital (voix, guitare), Bobby Inch (batterie), Robert Baril (basse) & Claude Picotin (guitare solo). Le groupe enregistrera trois 45 tours sur les étiquettes Aladin, Fleur-de-Lys puis Olympia. Fiers d'une tournée constante des cabarets entre Montréal et Québec, le groupe signe un contrat pour deux albums avec ce dernier label. Possiblement cannés en une seule séance, les deux albums furent rapidement pressés en 1963; le titre du premier (Mashed Potatoes Time ; LPO-102) fait déjà référence à un titre qui ne se retrouvera que sur leur second (The Corvairs ; LPO-106).



Des 10 titres proposés, seuls The Corvairs Beat et Peppermint Style sont des créations originales; le reste de l'album se résume à d'honnêtes reprises de succès popularisés par Wilbert Harrison (Kansas City), Duane Eddy (Movin and Groovin), Herbie Hancok (Water Melon Man), Jimmy Forrest (Night Train), Hank Ballard (Let's go) ou The Ventures (Ram-Bum-Shush). Le tout ne manque pourtant pas de mordant, surtout du côté de la captation live tonifiée d'une bonne dose de reverb. L'interprétation vocale est pour sa part trop souvent réservée; à écouter Vital chanter, on peut en effet difficilement croire qu'il y a a lot of sheeking going on [sic]... The Corvairs Beat démarre avec classe sur un riff rockabilly plutôt convenu. L'introduction de Peppermint Style aura tout de même de quoi vous décrocher un sourire avant de rocker la barraque: What are we gonna do now, a chacha? No! A mambo? No! A twist? Yeaaaahhh! Le groupe semble d'ailleurs plus solide sur ses propres compositions tout comme sur les autres titres instrumentaux.

Le groupe se séparait subitement après avoir gravé ses deux albums pour Olympia. Il se reformerait en 1967, échangeant au passage Picotin pour un nouveau soloiste (Gerry Dusseault) jusqu'à leur dissolution en 1978. Tout de même! Pour sortir du lot, le groupe aurait du opter pour un pseudonyme avec plus de coffre. Entre vous et moi, j'aime bien la Corvair 1959, mais ce n'est pas une Pontiac Bonneville Coupe si vous voyez ce que je veux dire. Mashed Potatoes Time témoigne toutefois à sa manière du son des soirées de la Casa Loma ou du Domino, des cabarets montréalais populaires tout au long des années 60. Enregistré à la va-vite et publié discrètement au pinacle du rock instrumental, l'album demeure en rotation constante chez votre auteur depuis peu. À rechercher les plus pertinents moments de notre modernité sonore, j'ai récemment eu un coup de coeur en compagnie de mes compairs de Misérablement Vôtre (abonnez-vous!) pour les débuts du rock n' roll Québécois. Je proposerai ainsi bientôt un survol d'autres albums beat pré-1965, notamment ceux des Melody Makers (1963; Plaza PL-3301) et de Léo Benoit (1960; Guitare GTL-1923).


Téléchargez cet album / Download the complete album:


The Corvairs - Mashed Potato Time (1963; Olympia LPO-102)

dimanche, mars 15, 2009


Dans sa chronique rétro intitulée I'm a blog you're a blog kiss me publiée dans La Presse d'aujourd'hui, Jean-Christophe Laurence souligne à nouveau le travail acharné de quelques-uns des archéoblogueurs musicaux Québécois. Patrimoine PQ tout comme les blogs C'était Hier, l'Ex-Exorbité, Psyquébélique & Vente de Garage sont chacun cités pour leur perspective singulière envers une large partie de notre scène musicale qui fut oubliée en chemin. [...]ils font oeuvre d'éducation. Sans eux, vous n'entendrez jamais parler de Richard Tate, Jean Fortier, Ovila B. Blais ou du groupe Sex. C'est flateur, merci! ; )

J'ignore si, comme l'image Philippe Renaud, c'est tout un front de libération du disque Québécois qui est en train de s'organiser, mais j'ose croire qu'après deux années à rédiger ce blog, j'ai pu humblement enclencher un certain dialogue sur la question de la réédition de notre patrimoine musical. Quand on y pense, ce n'est pas grand chose: chacun d'entre nous propose ses sélections qui, au gré de ses recherches, s'actualisent dans les méandres de notre Histoire. À travers ces blogs, la question de la mémoire est débatue au présent. Certains d'entre nous ont même pu rencontrer et échanger avec des artistes qui n'avaient pas abordé leur oeuvre depuis des décennies et qui, avec entrain, appuyaient leur libre diffusion. J'encourage toujours cette dernière option afin d'inciter à une réédition officielle qui, en marge de ce blog, contribuera plus concrètement aux créateurs à l'origine de ces chansons oubliées... La bonne nouvelle, c'est que nous avons du pain sur la planche pour plusieurs années encore et qu'il est toujours temps de progresser à reculons. Prenez en exemple les récentes parutions d'étiquettes Québécoises telles Mucho Gusto (Freak-Out Total, L'Infonie, Massiera), Gala Records (L'Ultime du Rock Progressif au Québec, l'originale compilation Le cabaret du soir qui penche) ou XXI (L'intégrale Polydor/Philips de Félix Leclerc en 10CD) qui se distinguent par leurs notes de pochette exaustives et le soin apporté au son ainsi qu'au graphisme d'origine. Sans eux, cette musique serait morte. Avec eux, elle survit.

Notre patrimoine musical est si riche; l'apport des blogs musicaux ne peut être perçu comme un simple feu de paille... Une mode qui toutefois serait certainement oubliée la semaine suivant son annonce, serait plutôt celle des groupes yéyé portant la mini-jupe. Vous m'avez bien lu. Au gré de mes recherches, je suis récemment tombé sur cet article du journal Photo-Vedettes de février 1967. Cette étrange tendance serait née des suites du passage du groupe Les Merseys à l'émission Jeunesse d'Aujourd'hui en décembre 1966. Au sommet des excentricités yéyé, les groupes costumés
(Ali Baba & ses 4 Voleurs; Goliath & ses Philistins, Les Excentriques, p. ex.) poussaient l'audace jusqu'aux limites du bon goût pour capter votre attention. George des Merseys n'y avait pas résisté. Plus risqués toutefois que César & les Romains - habillés au dernier cri de l'Antiquité - tout en exploitant le raz-de-marée culturel créé par la mini-jupe, deux groupes farfelus virent le jour: Les Mini-Mod ainsi que Les Mini-Jupe Ramsay.


Avant d'être connus sous le pseudonyme des Mini-Mod, ce groupe évoluait dans les Cantons-de-l'Est où il était mieux connu comme Les Notables. Ils enregistrèrent deux simples pour l'étiquette Ultra (Redis-moi les mots / Redis-moi les mots UL 5002 & Ailleurs et ici / Bientôt UL5007) avant d'adopter leur nouvelle image sur les conseils de Tony Roman. Ce dernier les présentera faussement comme un groupe ontarien de passage en province après une tournée pancanadienne. La minimanie terminée avant même d'enregistrer un seul titre, le groupe se mute à nouveau et adopte le second prénom de Maurice Singfielle: ainsi naquit le groupe rock psyquédélique Oliver Klaus. Qui l'eut cru? Quant aux Mini-Jupe Ramsay, je n'ai rien déniché... Si vous les connaissiez ou les avez vus ens pectacle, contactez-nous!

Ce qui me ramène à la question des rééditions. Comme ils possèdent toujours les droits sur leurs enregistrements, Oliver Klaus, tout comme Guy Rhéaume (anciennement des groupes Les Convix puis Le Cardan), donnent l'exemple: ils ont pris le taureau par les cornes et réédité eux-mêmes leurs albums. En attendant de mettre la main sur leurs rares titres, encouragez-les en les téléchargeant sur leur sites officiels, monnayant des frais minimes. Si ce n'était de leur initiative, je doute qu'un label Québécois se serait déjà mouillé. Même chose pour ces collectionneurs passionés qui réalisèrent marginalement des compilations devenues des références comme Rumble, Dans le vent ou Lâchés-Lousse. Loin des profits (les majors n'y croient pas), au bout du compte, ce qui importe et demeure, c'est la musique. Allez encourager vos disquaires indépendants!

mardi, mars 10, 2009






Jean Fortier - Jean Fortier (1970; Columbia
FS723)

Poursuivant notre survol du jeune auteur-compositeur, attardons-nous maintenant à son unique album éponyme. L'année 1970 semble représenter un instant définitif dans la pop Québécoise. Déjà, sous l'impulsion d'un joyeux cocktail culturel à doses d'Expo 67, d'Osstid'show et autres Belles-Soeurs, elle se mute, s'intensifie et affirme maintenant sans pudeur sa modernité. Elle définie à chaud son identité dans les premières années de la décennie. Remémorez-vous les albums pop enregistrés ou publiés à l'époque. Aux côtés du colossale et indispensable Jaune de Jean-Pierre Ferland (1970; Barclay 80090), plusieurs auteurs-compositeurs, souvent déjà bien établis, innovaient chacun à leur manière: Luc & Lise Cousineau (Tout le monde est heureux?!; 1970; Polydor 2917.006), Donald Lautrec (Fluffy; 1972; Trans-World TWK-6501), Plume (Triniterre, 1971; Zodiaque ZO-6905), Les Kanto (Serais-tu un de mes amis?; 1971; Trans-Canada TC 774) et même Serge Laprade (1970; London SDL 30008; Paroles, musique & arrangements de Gérard Lambert) ainsi que Joël Denis (1971; Profil PRO 6061; titres de Réal Barrette, production de Jean Baulne). Les oreilles tendues vers le monde entier, les influences internationales fusent et cimentent notre nouvelle approche envers la pop. Et c'est dans cette mouvance que Fortier s'inscrit, publiant en 1971 son ultime album.

Dès les premières notes percutantes de La reine araignée, le ton est donné. Fortier nous dévoilait déjà son côté obscure sur son simple Moneyville, mais cette introduction rassemble déjà en elle-seule les nombreuses facettes du chanteur: la fine ironie des ritournelles, les sonorités soul-gospel des choeurs, le crescendo dramatique de la Chanson, les notes acérées de la guitare et des cuivres qui déhanchent, tout y est! Serait-ce à nouveau la cupidité qui se camouflerait sous les traîts de cette reine araignée?

La Reine Araignée; celle qui a beaucoup, beaucoup d'argent.
La prochaine araignée; celle qui se paie des voyage dans le temps (...)
Compte ses mailles, et vaille que vaille.
Des orgies de sang!
Nous serons entourés -et c'est nous qui allons saigner!- de toiles d'araignée.


Peu de temps après la sortie du disque, Donald Lautrec reprenait déjà cette chanson lors d'un tour de chant à Radio-Canada (Zoom sur Donald Lautrec, juillet 1971; Trans-World, TWF-6803), démontrant du même coup les affinités qu'il partageait avec Fortier. En effet, les deux chanteurs oscillent à leur manière entre la pop saccharine et de sombres ballades plutôt soul, chacun dévoilant au passage sa propre personnalité black.




Cette prédilection pour le soul s'intensifie plus loin sur un titre sans équivoque, La vie en noir, où Fortier exorcisant sa «double personnalité» cherche à manifester sa sensibilité noire. Il aspire au soul et à la voix des chanteurs Noirs: Je me vois Blanc, mais je me dis Noir.


Je vis la voix des Noirs.
Je vois la vie en noir, je vois la vie en noir.

Y'a t-il un courant d'air qui pourrait m'enrhumer?

De sorte que ma voix se mette à railler.

Ma voix! Ma voix à moi! Ma voix à moi n'est pas encore suffisament colorée!


Une seconde partie plus bluesée feutre l'ambiance et met en scène un Fortier mystique dans sa quête pour la voix rêvée alors qu'un enfant Noir lui tend un miroir lui révélant sa véritable identité: des cheveux blonds et la gorge d'un Noir. Ailleurs, c'est la naïveté du propos qui charme au premier abord, révélant par la suite des arrangements complexes et originaux. Le ton demeure léger, mais bénificie d'un récit imagé et sincère. Qu'il s'agisse des avantages d'une simple marche à travers son quartier (La marche à pieds) puis ironiquement des accidents routiers (Léon non plus), Fortier sait habiller ses sujets d'une émotion qui amalgame le tout à chaque coup. Ce dernier titre tire particulièrement profit d'une ligne de basse inspirée et d'un solide couplage du Hammond à la guitare fuzzée.



La chanson pour Whizzim boucle cette suite de titres plus bubblegum; sous ses airs nostalgiques, la simple et délicate mélodie honky-tonk du piano à de quoi séduire. Elle tomberait bientôt dans l'oreille de Monique Leyrac qui n'hésiterait pas à reprendre ce titre sur son album Qui êtes-vous Monique Leyrac? (1972). Ces deux reprises (incluant Lautrec) n'étaient d'ailleurs pas les premières collaborationsde Fortier aux registres d'autres artistes. Je vous invite à consulter les notes à la fin de l'article pour une discographie complète (Merci au Rapailleur Musical ainsi qu'à Martin Yvon pour leurs précieux témoignages).

Plus loin, une trilogie délicieusement plannante s'ammorce en douceur avec Prends ton temps, une ballade en hommage à l'oisiveté à deux. Le groupe est toujours aussi en symbiose avec son chanteur, enveloppé des choeurs de Yves Lapierre; comme un jeune Bob Dylan rencontrant les Hawks (The Band) pour s'électrifier, Fortier a décidément trouvé les musiciens qui lui fallait pour rugir hors des Cailloux! À l'écoute des paroles de Philistins, un titre de Brassens, on comprend l'intérêt de Fortier d'en faire son unique reprise. En vrai filou, le guitariste canarde son chanteur de rafales bluesées. La paix soit avec vous, qui clot l'album, annonce déjà les mouvances pop-progressives des années à venir. Fortier dévoile son ton prophétique, incite avec passion à miser sur la paix et, sur une longue finale, s'efface avec fracas.

T'as rien qu'une vie ç'ta toi, tu t'la fais comme tu la veux.

Tu la veux en couleurs, t'as du coeur plein ton jeu.

T'as les ch'veux longs, les gens disent que t'é sale.

Tu r'sembles à Jésus Christ, tu passes pour une pédale.


Comme disait Sinatra, ça peut devenir un maudit bon placement... À l'écoute de son unique album, on constate à quel point il importait pour Fortier. La production décoiffait, la pochette avait tout pour fasciner (gracieuseté de son frère, Michel Fortier, membre de Chiendent), les attentes étaient grandes, mais Fortier dû déclarer forfait. En 1971, Il succombait à un cancer cérébrale; il venait d'avoir 24 ans. Quelques mois plus tard, Franck Dervieux, son arrangeur, perdi sa bataille contre un cancer similaire, peu de temps après avoir aussi complété la production de son unique album. Martin Yvon se remémore:

Je me souviens un peu de son émission à la télévision avec Les Cailloux et j'ai beaucoup écouté leur premier disque. Puis, j'ai aussi vu à la télévision Jean Fortier chanter à l'émission de Claude Blanchard (où ce dernier chantait fréquemment «Que reste-t-i?»). Lorsque j'ai appris par un journal à potins que Fortier était atteint d'une tumeur au cerveau et qu'on le présentait alors sous toutes ses coutures, cela m'avait assez touché.

J'ai longtemps hésité avant de partager cet album. Dès que j'ai entendu La Reine Araignée, j'étais convaincu du talent et de l'originalité de Fortier et ce n'est qu'après plusieurs écoutes que j'ai pu en apprécier chaque facette. Une poésie singulière émane de ces quelques rares titres; cet album éponyme est de ceux qui à force de s'incruster entre vos oreilles, génère toujours plus de questions. Vivant, aurait-il pu promouvoir et vivre cet album sur scène assez pour le hisser dans les palmares? Qu'envisageait le jeune chanteur à la suite de son premier album? La rumeur voulait qu'il s'attaquait à l'écriture d'une symphonie pop peu de temps avant son décès... Imaginez. Voici certainement un de mes albums Québécois fétiche, tous styles confondus. Ce petit bijou tarde toujours à être gracié d'une quelconque réédition, mais devant le nombre de courriels reçus pour la première partie (Catalogues Gamma, Barclay, Columbia) l'absence d'une anthologie officielle n'estompe pas la mémoire du plus blond des Cailloux. Laissez votre commentaire en téléchargeant!



Voici une discographie complémentaire de titres de Fortier proposés à d'autres artistes. Si vous possédiez un de ces albums et souhaitiez contribuer un des titres énumérés, il me fera plaisir de les publier pour ainsi rendre hommage à la courte mais prospère carrière du chanteur.

Renée Claude - Volume 4 (1966)
De ta tendresse, La chanson brêve & Marguerite.
Nicole Perrier -
Nicole Perrier (1966)
J'ai tant rêvé (Jean Fortier, André Gagnon)
Monique Leyrac -
Monique Leyrac (1969)
Si tu veux me garder
Pauline Julien -
Comme je crie, comme je chante (1969)
Exil (Gilbert Langevin, Jean Fortier)
Ginette Ravel -
Ginette Ravel (1970)
Les chevaux de bois & Prière Païenne (Fortier, Dervieux)
Donald Lautrec - Zoom sur Donald Lautrec (1971)
La reine araignée
Monique Leyrac -
Qui êtes-vous Monique Leyrac? (1972)
Eugénie & La chanson pour Whizzim


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Jean Fortier - Jean Fortier (1970; Columbia FS723)

samedi, mars 07, 2009


Pierre Gravel & les Productions Cobello-Paradis (1967)

Ces deux agences d'artistes, respectivement de Granby et Montréal, publiaient dans l'édition du 20 mai 1967 du journal Photo-Vedettes leurs nouveaux talents, les «meilleurs groupes de la province». Le glas sonnait pour les groupes yéyé, alors que de nouveaux noms tentaient de s'imposer! Au menu, de rares photos de noms maintenant bien connus des collectionneurs: Les Moribonds, Les Révoltés, Les Makadams & Les Impôt-Cible pour ne nommer que ceux-ci. De plus, on vous confirmera enfin ce que vous redoutiez déjà: le groupe Les Madgiks trouverait son inspiration en visitant les cimetières! Visiblement, Les Héritiers n'avaient toujours pas effectué leur visite chez le photographe... Merci à Lucien Bonneville, qui était aussi à l'époque employé à l'Agence PG, d'avoir partagé ces rares photos promotionnelles.
















dimanche, février 22, 2009




Walter Boudreau, Raôul Duguay & 333 musiciens invités

Dans le cadre de sa programmation 2009, le Festival Montréal / Nouvelle Musique (MNM) proposait le 22 février dernier un rare concert. Sous le titre Chantez avec Raôul Duguay, ce happening des plus réussis réunissait à l'Église St-Jean-Baptiste de Montréal ces deux anciens membres de l'Infonie pour l'interprétation de "In C", une oeuvre de 1964 de Terry Riley. Cette pièce avait d'ailleurs été interprétée et enregistrée en septembre 1970 par l'Infonie pour son second album, Mantra ( ou Vol. 33)


Ce concert en compagnie de Louise-Andrée Baril (piano), Annabelle Renzo (harpe), Evan Green (sitar), l'ancien Infoniaque et membre passé du Quatuor du (Nouveau) Jazz libre du Québec Guy Thouin (tablas), Julien Grégoire & Robert Slapcoff (percussions) et Jean-Willy Kunz (orgue) était enrichi d'une orchestration extraordinaire réunissant 333 chanteurs et musiciens invités. Chapeau au organisateurs d'avoir réussi à rassembler plus de 24 choeurs locaux, ensembles vocaux et groupes d'harmonie de Montréal: l'église était pleine à craquer (ou presque)! Des chanteurs éparpillés un peu partout, des musiciens sous les jubés; Boudreau et son ensemble sur la scène faisaient face à Duguay, juché sur une une petite plateforme érigée au centre de l'allée centrale, sous la voute principale. À mesure que la performance évoluait, Boudreau faisait l'aller-retour dans l'allée principale en brandissant une ou plusieurs pancarte(s) indiquant le segment à jouer. Une si grande foule rassemblée dans le seule but d'entretenir une singulière vibration, cette suite nébuleuse de 53 osmoses qu'on en vient immédiatement à qualifier de «mantra»: voilà un rare événement auquel il faisait bon participer. Il y avait des enfants subjugués partout, des grand-mères en transe, des choristes perplexes mais enjoués et au moins une spectatrice dansante: partout où vous posiez les yeux, quelqu'un s'émerveillait... La performance débuta à 3h33 précises (numérologie si chère à Boudreault) et dura près d'une heure. Je ne suis pas ésotérique, mais je me contenterai de dire ceci: en sortant du concert, j'étais encore plus convaincu des qualités thérapeutiques -autant moralement que physiquement- que génèrent certains types de musique.

Une première réinterprétation de l'oeuvre avait eu lieu en 1997 et fut publiée en 2000 sur les disques ATMA (ACD 2 2251). Depuis, l'interprétation originale de 1970 (Mantra) fut incluse à la réédition officielle des premières oeuvres de Terry Riley, Reed Streams, en guise de matériel boni. En suivant ces hyperliens, vous pourrez lire l'histoire complète de cette oeuvre et comprendre les motivations de Boudreau et de ses anciens comparses Infoniaques.