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dimanche, juillet 29, 2012

Les Fanatiques - Là où nous allons / Le jour où tu reviendras (Plaza PL-6008; 1966)

 Les Fanatiques, vers 1965: Claude Côté, Guy-Lomer Couture (Muthy), Jacques Dechamplain & Richard Côté.

En m'inspirant de l'attachement culturel de l'ami Félix B. Desfossés (Vente de Garage) pour les productions de son abitibi natale, j'arpente aussi depuis des années les disquaires de la province à la recherche d'artistes issus de ma terre d'enfance, le Bas St-Laurent. Originaire de Luceville, un tranquille village près de Rimouski, je me surprends d'avoir attentdu si longtemps avant de vous entretenir de cette vague déferlante de groupes qui s'abattait sur l'Est du Québec -comme dans toute autre région d'ailleurs- durant les années 60. S'il est vrai que, même influents, peu d'artistes de Rimouski eurent le privilège de léguer un 45 tours ou un album pour la postérité, je n'avais pas à chercher bien loin pour rendre hommage à la frénésie qui chauffait les salles de danse de l'époque. Mon oncle fut guitariste pour les formations Les Bohèmes puis Les Balnéaires; ma tante tomba sous le charme du chanteur François Ricaud; ma mère sortie avec le chanteur des Vibratones; mon père vendait sa voiture au guitariste des Fanatiques l'an dernier; j'ai collaboré il y a longtemps avec la chanteuse Lyse Poirier en plus d'avoir Denis Grondin et Jean Rabouin des Polytones comme enseignants... Les signes me semblaient évidents; le temps était venu de réapprivoiser et diffuser tous ces artistes rimouskois.Tu peux sortir le gars de l'Est, mais pas l'Est du gars.


 


 

Voici un aperçu plus que sommaire de la scène rimouskoise des années 60. Toutes les photos des artistes proviennent de la collection personnelle du journaliste Hughes Albert et sont tirées de l'édition spéciale de l'hebdomadaire Le Rimouskois à l'occasion de la première édition du festival Rétro Rock 60. Ce happening au succès immédiat réunissait sur scène la plupart des artistes qui avaient fait danser les jeunes de la région 25 ans auparavant. Ces instants privilégiés et rares performances auxquelles j'avais pu assister en mai 1989 semblaient faire vibrer toute la région comme jamais je ne l'avais perçu auparavant. 


Les Polytones, 1959 (coll. personnelle Hughes Albert).

Ils étaient plusieurs à participer à la première vague de rock n roll puis à contribuer à la frénésie yéyé au Bas St-Laurent: Les Riki-Rocks, Les Polytones, Les Garçons du Rythme, Les Idéfix, Les Rit-Miks, Les Majestiks, Ricky et les Dynamiques, Les Satellites, Les Balnéaires, Les Céciliens, Les Vibratones, Les Imprévus, Les Bourgmestres ou Les Nobles. Du lot, quelques-uns se démarquaient aisément sur la scène rimouskoise par leur impressionnant fanclub: Les Fanatiques avec leur charismatique guitar hero; les Bohèmes, dignes représentants du merseybeat ainsi que le soloiste François Ricaud qui pouvait se vanter sans exagérer d'avoir chanté pour tous les groupes de la région. Nous reviendrons sur ces quelques derniers dans de futurs articles. Pour le moment, misons sur Les Fanatiques. J'ai eu le plaisir de m'entretenir à l'été 2011 avec Guy-Lomère Couture, mieux connu sous le nom de Muthy, ancien guitariste du groupe.

En compagnie de Muthy, été 2011.

SD : D'où vous vient le surnom de Muthy?

GLC : Ça vient de ma marraine. J'avais 5 ans, elle me trouvait grassette... comme une motte. Mes frères et mes amis revenaient toujours avec ça et ça ma suivi depuis. 

SD : Comment avez-vous démarré votre carrière musicale?

GLC : J'ai participé à un concours amateur dans un bar à l'angle Rachel / St-Denis à Montréal, vers 1960-61, avec mon cousin et un ami. J'avais 17 ans; on voulait juste tenter notre chance sur une scène. C'est là que j'ai croisé Johanne & the Glazers. Ils venaient de perdre leur guitariste et m'ont demandé de rejoindre leur groupe. Johanne serait plus tard connue sous le nom de Moira. On a joué ensemble tout l'été et on s'est perdu de vue à l'automne.

Les Caravelles ouvrent pour Moira, mai 1964.

Je suis déménagé à Québec pour joindre l'armée de 1962 à 1965. J'écoutais beaucoup de Chet Atkins ou The Ventures et cherchait à émuler leur notes étirées. Je me suis procuré des cordes "light gauge black diamond flat wound" et une 2ème (si) ".016" plain"  pour remplacer la troisième corde et ça fonctionnait. En 1964, je me procure une Gibson ST-45 et un Dynacord (aussi appelé Echocord, un proche parent de l'Echolette): ça sonnait tellement bien! Je rejoint alors un autre groupe entièrement composé de militaires, Les Caravelles. Pierre Gingras était notre chanteur et avec lui, on s'est retrouvé dans un concours d'orchestres au club Le Baron de Montréal... concours que nous avons gagné. Notre prix: un contrat d'une semaine au Baron et un voyage à New York... pour une personne! *rire*

Les Caravelles remportent le coucours d'orchestre au cabaret Le Baron (1964).

De l'automne 64 au printemps 65, je jouais avec un groupe de Loretteville: Les Métronomes. Lorsque j'ai quitté l'armée, je me suis ramassé à Mont-Joli. 

SD : C'est à ce moment que vous avez rencontré les Fanatiques, évoluant alors en trio avec Claude Côté, Jacques Dechamplain & Richard Côté?

GLC : Oui. Je visitais le Jolly Rogers à Mitis. Les pièces qu'ils jouaient, je les connaissais toutes. Je leur ai offert de devenir leur guitariste solo et ça a cliqué instantannément. J'ai quitté mon nouvel emploi à l'hôpital de Mont-Joli et ai ainsi pu vivre de ma musique pendant au moins trois ans.

SD : À propos, vous vous présentiez comme les Fanatics ou les Fanatiques?

GLC : On utilisait les deux versions. On l'avait fait écrire en anglais sur l'étiquette du 45 tours. C'était aussi probablement pour sauver des lettres au moment de l'écrire sur le bassdrum ! *rires* 

SD : Vous performiez à Rimouski?

GLC : Surtout à l'extérieur, au début. Quand on revenait à Rimouski, on était en break. Plus tard, quand on s'est établi à Rimouski pour y jouer à toutes les fins de semaines, la scène avait changé: y'avait maintenant un groupe qui jouait à chaque coin de rue!

SD : De quoi était composé le répertoire des Fanatiques en spectacle?

GLC : Surtout des reprises; on pouvait passer des Beatles à Gilbert Bécaud... On a pas interprété notre 45 tours longtemps sur scène. On jouait aussi les Beach Boys, les Stones, Les Yardbirds et même du Aznaour. On se produisait le plus souvent en programme-double et on misait essentiellement sur la musique de danse. En spectacle au Quai Narcisse à Rivière-du-Loup, on avait ouvert pour les Bel Canto (qu'on connaissait déjà de nos séjours montréalais) et c'est grâce à eux qu'on a pu enregistrer notre 45 tours. Ils ont convaincu le patron du bar de payer pour l'enregistrement une fois notre contrat terminé. On s'est rendu aux studios StereoSound (sur Côte-des-Neiges à Montréal) à l'automne 65. Sur cet enregistrement, on peut entendre notre premier batteur, Jacques Deschamplain, qui serait bientôt remplacé par Denis, Raynald puis plus tard dans les années 70, Claude Côté.

Au printemps 66, nous étions de retour à Montréal pour jouer au Café St-Jacques et à la Casa Loma. Les performances se suivaient, il y avait des danseuses à gogo -parfois en cage!- la musique était en continue, ça s'arrêtait pas. Nous, on restait un mois ou plus, mais les vedettes s'y succédaient à chaque semaine. Lors de nos passages, nous partagions la scène avec The Preachers, un autre groupe signé sur Plaza. On tournait beaucoup; en peu de temps, on a pu se produire dans toute la province.

SD : Quels groupes québécois affectionniez-vous particulièrement.

GLC : J'étais déjà un fan des Ventures, alors j'adorais Les Mégatones. Il y avait aussi Les Mercedes qu'on aimait beaucoup. Lorsque Johnny Farago a quitté le groupe, on les voyait souvent à Rimouski. On avait fait un spectacle au Quai Narcisse avec Les Blue Sisters; elles étaient bonnes... mais de vraies sainte-nitouche!


De gauche à droite: Claude Côté; Richard Côté; Pierre Villeneuve (du groupe Les Bohèmes) chantant pour les Fanatiques ainsi qu'une fan de la première heure, ma mère (collection personnelle; 1968).

SD : Lorsque vous reveniez dans le Bas St-Laurent, quelles salles vous accueillaient?

GLC : Y'en avait beaucoup. À Rimouski, c'était l'Hôtel Normandie, l'Hôtel du Hâvre et la salle des JOC (Jeunesses Ouvrières Catholiques). Il y avait aussi Le Bogey à Pointe-au-Père, Le Manoir St-Laurent et l'Hôtel Lebel à Luceville, l'Hôtel Royal de Price ou le Club des Racketeurs et Ti-Noir à Ste-Blandine. À part les Balnéaires, on croisait rarement les autres groupes de la région: on travaillait tout le temps...


Le Manoir St-Laurent de Luceville et l'Hôtel du Hâvre à Rimouski.

SD : La dissolution des Fanatiques a lieu en 1977. Vous avez fait partie de d'autres groupes par la suite?

GLC : Express en 1979, ensuite Harmonie puis Hélium de 1983 à 1985. À ce moment, on jouait un répertoire plus près des palmarès, avec de maudits bons musiciens. [ Muthy produirait aussi son propre album instrumental dans les années 90, Fingerstyle ]


Après ce survol biographique, revenons sur l'unique 45 tours du groupe. Enregistrées à l'automne 1965, les deux compositions du tandem Guy-Lomère Couture et Claude André n'ont jamais fait l'objet d'une quelconque réédition et ne furent jamais compilées. Elles rejoignent ainsi la plupart des autres titres pressés sur l'étiquette Plaza. Pour une rare fois, c'est la face A, Là où nous allons , qui se déchaîne brusquement. Affichant malgré tout une certaine retenue, cette composition offre quelques aspects juste ce qu'il faut de grinçant avec ses couplets d'accords mineurs en stop-and-go et la guitare de Muthy aux refrains. L'ensemble émule à la fois la rigueur du merseybeat et la personnalité caustique du rock garage naissant. Bref, c'est dans ta face et dans tes hanches; envoye debout pis danse!


Le jour où tu reviendras , au revers, est une ballade up-tempo où les choeurs s'imposent en douceur entre quelques mesures bien fluides de la guitare solo. La structure générale rappelle immédiatement la face A, mais l'optimisme de la mélodie à tôt fait de nous faire oublier ce détail. C'est accrocheur et dansant, avec une certaine naïveté qui n'est pas sans rappeler le son du groupe abitibien Les Titans (piano en moins). Somme toutes, le groupe a légué un simple réussi pour la postérité, totalement représentatif de son époque transitoire. Puisque Les Fanatiques ne l'ont interprétés qu'à de rares occasions depuis, voici donc votre chance de lui donner une seconde écoute chaudement méritée!

Je tiens à remercier chaleureusement Guy-Lomère Muthy Couture pour son accueil, ses anecdotes et coupures de presses. J'aimerais à nouveau souligner le travail de défrichage essentiel qu'à réalisé le journaliste rimouskois Hughes Albert depuis quelques décennies. Son influente démarche à su catalyser à la fin des années 80 une passion pour le rock québécois chez votre humble blogueur. Chapeau bas!  D'autres articles à propos de la scène rimouskoise suivront dans les prochains mois. Les prochains en lice: Les Bohèmes! En attendant, bonne lecture et écoute!

Si vous avez fait partie d'une des nombreuses formations listées plus haut et souhaitez partager avec nous vos anecdotes, photos ou enregistrements, je vous invite à me contacter ici. Votre témoignage m'importe!






mardi, janvier 24, 2012

Baron Phillipe de Notre-Dame - Hier matin / Micro rêve (1967; Disque Monde 866)

Le journaliste et auteur Jean-Claude Trait s'immisce dans l'antre des Zommz. Il est le troisième personnage sur la droite, à gauche du Baron Filip (Le Petit Journal; juin 1969).


*mise à jour*

Quel personnage fascinant que ce self-proclamé Baron! Lorsque j'ai publié en 2008 la première version de cet article, l'identité de ce mystérieux et déjanté chanteur demeurait nébuleuse. Depuis, le neveu et un proche du Baron sont entrés en contact avec moi et ont généreusement accepté de partager quelques anecdotes au sujet de cet artiste quelque peu contreversé.

Document essentiel de la scène artistique québécoise, Québec Underground 1962-1972 (3 volumes).

Né Philippe Gingras, ce poète et véritable électron libre de la scène montréalaise entre 1965 et 1975 s'associa très tôt aux manifestations marginales de la troupe d'avant-garde L'Horloge. Ce groupuscule rassemblait d'autres jeunes iconoclaste tels Claude Péloquin et Jean Sauvageau (tous deux plus tard du duo Péloquin-Sauvageau), Suzanne Verdal (danseuse et future épouse du sculpteur Arman), les musiciens Dominique Macchiagodenna, et Roland Béchard (aussi batteur pour le groupe Vic & the Conchords de Chatham en Ontario) et le peintre Serge Lemoyne.
Étaient-ce ces mêmes musiciens qui accompagnaient le Baron sur son unique simple? Je ne saurais dire...

Biographie du groupe L'Horloge signée par le Baron Filip (Québec Underground 1962-1972; Tome 1, p. 130-131)

Alors que la contre-culture émergeait internationalement, Gingras devint progressivement pour le Québec l'un des représentants les plus colorés de ces jeunes qu'on désignait dorénavant comme hippies. Proche de leurs idéaux communautaires, apolitiques et artisanaux, il colore leur identité à la sauce québécoise: désormais, en ce qui le concerne, on ne parlera plus de hippies, mais bien de Zommz. Ces fous du peuple, comme on les décrivait, souhaitaient s'adresser à tous les jeunes d'esprit en vue d'offrir des fêtes populaires gratuites à n'importe quel temps de l'année et n'importe où. Pas de doute, l'ambiance est au jeu, à la liberté; baba cool comme disent les Français. C'est dans cet état d'esprit que le Baron Filip popularisera à l'époque son slogan: Y'a rien là! Faut dire que ça devait en prendre beaucoup pour le déstabiliser...


Philippe Gingras, le Baron Filip ou Baron Philippe de Notre-Dame.

En partenariat avec le magazine underground Logos, il organisa sur le campus de l'Université McGill en juillet 1969 une grande «kermesse bilingue» où convergergèrent tous les hippies et Zommz de la métropole. Au programme, des mariages hippies nus, divers happenings et la musique psychédélique du groupe Le 25e Régiment! Plus tard, il fondera un organisme d'entraide nommé La Légion Humaine. L'entreprise se définissait comme un mouvement sans but lucratif, non politique et non religieux. Tous peuvent en faire partie; la seule condition c'est d'être jeune (...) On veut recruter des membres dans toutes les classes sociales; ceux qui sont sans le sou pourront réaliser les projets que les plus aisés financeront. Toujours poète, il poursuivra ses associations avec la scène de l'époque, en pleine ébulition, oeuvrant notamment aux côtés de Denis Vanier et d'un certain Pierrot Léger, dit Pierrot le Fou (membre original du trio La Sainte Trinité avec Plume Latraverse et le Docteur Landry).

Un lecteur nous a écrit pour partager ses souvenirs du Baron Filip (merci Guy). Je ne sais pas grand chose sur la carrière artistique du Baron. Je l'ai rencontré à Noel en 1972 à Ste-Hélène de Chester chez Jean Guernon, un collaborateur de Mainmise (et candidat pour le parti Vert aux dernières élections), il revenait alors d'Europe. Il a loué une grange dans le cinquième rang qu'il avait converti en maison. Un vrai shack pas chauffable en hiver, isolé avec du foin, pas d'eau courante ni d'électricité.


Le Baron Filip dans les années 70.

J'y ai passé mes vacances à l'été 73, âgé de 15 ans, j'était encore au secondaire. Ce n'était pas un retour à la terre, Philippe avait besoin d'un endroit ou vivre sa douce folie en paix. Il avait bien un jardin mais il n'a réussi qu'a y faire pousser des mauvaises herbes, malgré les ohm mani padné ohm chantés chaque matin. On discutait de tout, musique, philosophie, politique, art, littérature... Le temps s'écoulait lentement, on ne savait pas quel jour c'était, il n'y avait même pas d'horloge. Ce même été, il a organisé un happening à Victoriaville avec musique improvisée, peinture en direct, poésie et théâtre absurde. Il faisait flipper les bons citoyens avec sa barbe, ses cheveux aux épaules, ses ongles vernis, ses bagues et ses vêtements bizzares. Je l'ai même vu un après-midi rouler à vélo sur la rue principale habillé en roi, portant une couronne et une cape. Il maîtrisait l'art de la provoquation et il ne faut pas oublier que c'était il y a 40 ans. Je suis retourné à Montréal en septembre pour la rentrée des classes au grand soulagement de ma mère. La grange était passée au feu à l'hiver 74, Philippe s'en était sorti avec son vin de pissenlit mais sa bibliothèque et ses archives s'étaient envolées en fumée, une grande perte. Je l'ai perdu de vue un bon bout de temps. Je l'ai revu en 77, je pense qu'il revenait de Vancouver, il habitait avec sa copine un taudis au centre ville près du quartier chinois et vendait des champignons rigolos. Peu de temps après, je suis déménagé dans les Laurentides. J'ai appris sa mort, avec sa copine, dans un accident de la route au Lac-Saint-Jean à l'hiver 79.


Publié sur la microscopique étiquette Disques Monde (Les Différents, Le Spectre, Les Moribonds) l'unique simple du Baron Phillipe de Notre-Dame à de quoi surprendre! Les deux titres (sous la plume d'un certain J. Lalune) s'animent d'une prose surréaliste se défonçant au joual. Gingras ne possède pas une voix de rossignol, mais ce chant nasillard sied admirablement sa prose quasi Ti-Pop. Dans l'ensemble, le résultat se compare à ce que de joyeux marginaux tels Réal Barrette ou Roger Magnan réalisaient déjà à l'époque. La face A, Hier Matin, étonne par son approche grinçante. En effet, ce sale folk jugband rappelera le son de Country Joe & the Fish ou bien les notes burlesques des premiers Zappa: une complainte à se stoner la fraise (pour reprendre Satan Bélanger):

Hier matin, vous m'croirez pas: tout allait ben!
(C'est comme s'il flottait)
Y'avait des fleurs et puis des arbres et des mouches tout l'tour de mon jardin

J'ai bu un café, vous m'croirez pas, mais j'ai mis deux cubes.

(Y'a mis deux cubes de sucre)
Y'avait des tourbillons de lait qui m'disaient: «Embarque donc dans ma tasse!»

Micro rêve, la face B, réserve la plus belle surprise: un rock garage racontant les déboires d'un Baron particulièrement émêché. Ce titre original s'inscrit définitivement dans la lignées des compilations Nuggets ou Pebbles (écoutez ce solo de guitare en deux temps!). Il canalise frustrations et nonchalence aux travers d'un texte qui, bien qu'absent de toute profondeur, captive et vous colle entre les oreilles dès la première écoute.

Un jour tu passais dans mon rêve. Y'avait un micro sur ta chaise.
Et puis tu m'as dit:«M'aimes-tu chéri?». J't'ai répondu: «Ouais, chu ben parti!»
Ma p'tite rose toute noire. Que dois-je faire pour t'avoir?J'casserais tout'; j'défoncerais tout'. J'en peux pu'! J'veux rien savoir!


Je tiens à remercier Guy et Maïté (neveu du Baron) pour leurs témoignages. Maïté cherche à colliger le plus d'informations quant au parcours artistique de son oncle, quelque peu renié depuis par la famille Gingras. Si vous avez des informations supplémentaires, n'hésitez pas à me contacter et je lui transmettrait le tout. Un merci tout spécial aussi à l'auteur d'une page Web dédiée exclusivement aux Zommz qui m'a permis de poursuivre mon enquête.

Unique single release from the mysterious Baron Phillipe de Notre-Dame (song entitled to an unknown J. Lalune) from 1967 (?) on the tiny Disques Monde label (home to garage legends Les Différents). While the A side labours on a stoned Country-Joe-&-the-Fish-styled jugband, the B side is a great garage number in the Nuggets/Pebbles vein. Both songs are sung in a characteristic "joual" accent from Quebec (quite adventurous from it's release date).



jeudi, mars 31, 2011

Les Convix, premier concert à la cabane à sucre en 1965 (Collection personnelle G. Rhéaume).

Le parcours artistique de Guy Rhéaume

Les Convix - Tante Marie chante et raconte Batman

(Élysée / Chance BTM-101 ; décembre 1966)


En octobre 2010, j'ai eu le privilège de m'entretenir quelques heures avec le chanteur/musicien/ingénieur/producteur Guy Rhéaume chez lui, à son studio de Boucherville. Si ce nom ne vous est pas déjà familier, nous tâcherons de vous éclairer à propos de ses nombreuses réalisations entre 1965 et 1972 dans une série de trois articles entièrement dédiée à ses contributions devant et derrière la console. Voilà bien une rencontre que j'appréhendais depuis quelques années!

Au milieu des années 60, Rhéaume entreprit une prolifique carrière musicale. Assistant d'abord pour les enregistrements du producteur André Perry, ce multi-instrumentiste fonda rapidement son premier groupe, Les Convix, avant de poursuivre l'aventure jusqu'à la fin des années 60 au sein du groupe psychédélique montréalais Le Cardan. Deux albums en solo et de nombreuses réalisations lui seraient aussi crédités au tournant de la décennie 70, mais ce n'était encore que les débuts d'un impressionnant parcours professionnel qui l'amènerait à travailler avec Robert Charlebois, Le Grand Cirque Ordinaire, Anne Renée, Ginette Reno, Johanne Blouin et tant d'autres depuis 40 ans. Retour sur les débuts d'une prolifique carrière...

Le trio Les Convix, 1965 (de gauche à droite Johnny, Guy & Gerry). Collection personnelle G. Rhéaume.

Guy Rhéaume: J'ai commencé en faisant du country, on avait Roger Miron et Marcel Martel comme clients, d'ailleurs tout ceux qui étaient chez Rusticana.

Sébastien Desrosiers: Vous étiez déjà ingénieur à l'époque?


G.R. J'étais l'assistant de André Perry, assis à côté de lui un an et demi avant de commencer sérieusement. Un samedi matin, on avait une session prévue pour un album de Monique Gaube et il m'a dit: «Vas-y, ça me tente pas, j'ai mal à la tête». Je suis entré seul au studio, les musicens sont arrivés et j'ai du me débrouiller avec ça.


S.D. C'est jeune pour prendre le studio en charge...


G.R. J'ai commencé à 16 ans.


S.D. C'est plutôt exceptionnel!


G.R. Aujourd'hui, je dirais que oui. J'ai eu moi-même des élèves assistants qui sont venus ici. Ils avaient déjà 25 ans et sortaient de l'École du Showbusiness ou de l'Institut Trebas. Dans mon temps, y'avait pas de tout ça: on apprenait sur le tas.


Les Convix, premier concert à la cabane à sucre en 1965 (Collection personnelle G. Rhéaume)

S.D. Revenons sur les débuts des Convix, votre premier groupe.


G.R. Au départ, vers 1965, nous étions trois: Jean-François (Johnny) Bourtumieux, Gerry Labelle et moi-même. On jouait pour des parties. Le problème, c'est qu'on avait pas de basse. J'ai demandé à Johnny s'il connaissait un gars. Il étudiait à la Polytechnique à Laval et ramena un étudiant qu'il avait connu là-bas, Gilbert Soucy. Johnny proposa qu'il devienne second guitariste afin que Gerry prenne la basse. À quatre, nous avons fondé un nouveau groupe. À ce moment, Gilbert fit entrer Denis (Soucy) dans le groupe.


Rapidement, on trouve une gig pour aller jouer dans un cabane à sucre de Mont-Laurier. On avait pas de nom, mais j'en trainais un depuis longtemps. On adopte le nom des Convix. On l'écrit sur le bass drum. En revenant de la gig, Johnny nous informe que sa famille déménagera bientôt aux États-Unis; nous perdions à nouveau un membre. Denis invita Michel à se joindre au groupe et malgré ces quelques changements, nous
sommes demeurés Les Convix. Pour plusieurs années à venir d'ailleurs...


Les Convix, Hôtel du Lac des Écorces, 1965 (Collection personnelle G. Rhéaume).

G.R. Après la cabane à sucre, je suis aller cogné à la porte de l'Hotel du Lac des Écorces pour un emploi. Finalement, on est devenu le house band de l'hôtel et on a joué là un an et demi. Ensuite vint l'Hôtel de Val Barrette. Apparemment, on avait vidé cet hôtel depuis qu'on jouait au Lac des Écorces. On jouait les Ventures et plein d'autres titres instrumentaux.

S.D. Quelques compositions originales?


G.R. Pas encore. On jouait plutôt Ebb Tide, Harlem Nocturn, Yellow Bird, des cha-chas et des rumbas. On commençait à avoir un following ! Les gars avaient de grosses familles donc ça faisait beaucoup de frères, de soeurs et d'amis qui venaient nous voir jouer. L'hôtel était tout le temps plein. L'hôtellier de Val Barrette nous a finalement approché et voulait nous payer plus cher pour aller jouer à son établissement. C'est comme ça qu'on a pu jouer un an à Val Barrette.


S.D. Ça forge les musiciens!



S.D. J'imagine que c'est comme ça que les Convix en viennent à développer un son, ce qu'on retrouve d'ailleurs sur l'album de Tante Marie chante et raconte Batman. Comment avez-vous été impliqués avec l'étiquette Élysée?

G.R. Ça c'est vraiment nos tout-débuts sur disque. C'est à cause d'André Perry. Il est venu me voir en me disant qu'il cherchait un band pas cher pour faire un album de Batman. Je lui ai dit «J'vas le faire, moi!». Y'a répondu « Ben j'vais vous enregistrer ». Aussi simple que ça. Visiblement, ça devait être à l'origine pour l'étiquette Chance, mais ça ne s'est pas concrétisé. Élysée, c'était une étiquette western.


S.D. Y'avait bien aussi quelques groupes garage comme vous (Les Asteks, Les Loups). Où avez vous enregistré l'album?


G.R. Aux studios d'andré Perry, à Brossard. Ça a pris une couple de jours. Le premier, soir on a fait les basic tracks, le lendemain les voice over et ça a pris une troisième journée pour le mix d'André. J'ai fait les choeurs aussi là-dessus, mais j'ai rien écrit.


Les Convix, salle de l'École Plytechnique de Mont-Laurier, 1965 (Collection personnelle G. Rhéaume).


Les Convix, Outremont (Montréal), École Lajoie, 1965 (Collection personnelle G. Rhéaume).

S.D. On peut entendre le groupe sur quatre chansons. Avez-vous néanmoins composé la musique pour accompagner des paroles rédigées à l'avance?

G.R. Non. On les avait appris en anglais, en premier, avant de les adapter. J'étais allé chez Clairette (Michaud; Tante Marie); son sous-sol était équipé avec une enregistreuse alors on a pu répéter, elle et moi. En rentrant en studio, on a tapé ça live. Je pense qu'on était les trois aux choeurs (avec Diane Michaud).

S.D. Est-ce que les Convix ont déjà interpété sur scène ces chansons de Batman?


G.R. Non et il n'y a eu aucune promotion.


S.D. C'est un pur projet d'exploitation (d'une mode passagère) et si je ne m'abuse, l'album fut publié le 31 décembre 1966. Est-ce que le groupe à persévéré longtemps avant de devenir Le Cardan?


G.R. Oh oui, un bon bout. Un moment donné, tout le groupe est revenu à Montréal pour étudier après avoir joué à Mont Laurier tout l'été. J'habitais alors avec André Perry, mais on avait plus d'endroit pour pratiquer. J'ai téléphoné à un ami d'école, Richard Émond, pour lui demander s'il aimerait jouer dans un band. «Mets-en, en plus j'ai une place dans ma cave pour pratiquer», qu'il dit. Dans le fond, Richard est surtout entré dans le groupe parce qu'il avait un local de pratique! *rires*

Les Convix, 1966 (Collection personnelle G. Rhéaume).

G.R. Je l'ai présenté aux trois autres Convix et il l'ont aimé. Il jouait déjà de la guitare et avait son propre ampli alors il s'est mis à la rythmique. Il connaissait aussi un autre de mes amis d'école, Reynald Beaupré. Il a proposé qu'il devienne notre gérant et je dois dire qu'il a été très efficace. On s'est alors mis à jouer beaucoup à Québec... [ À suivre dans le second volet de cette série, Le Cardan - 1967-1970 ]



Maintenant que les présentations sont faites, concentrons-nous sur l'unique album offrant quelques titres des Convix, Tante Marie chante et raconte Batman. À la manière d'un simple long jeu de contes, celui-ci se démarque d'autres «strictement récités» en proposant quatre adaptations musicales par les Convix en plus de faire appel au groupe pour ponctuer de quelques élans instrumentaux le récit en deux parties de Tante Marie. Les albums de contes pour enfants avaient la cote à l'époque et ceux qui connaissent déjà l'autre aventure de Batman publiée sur étiquette Blanche-Neige seront en terrain connu. Ce dernier n'offrait qu'une mince histoire jouée malhabilement sur les deux faces par des comédiens anonymes de dernier ordre. Ici, le personnage de Tante Marie (Clairette Michaud) fait de son mieux afin d'imager une nouvelle aventure sans queue ni tête opposant le Professeur Milo aux valeureux justiciers, Batman et Robin. Je vous laisse le soin d'analyser ce récit dans la section «Commentaires». Profitez-en pour m'expliquer comment fonctionne selon vous le liquide à projections hypnotiques du méchant...

La pochette offre un impact graphique indéniable et montre la plupart du temps un autocollant au logo des Disques Élysée recouvrant celui de l'étiquette Chance (ma copie ne fait pas exception). À ma connaissance, cette dernière étiquette ne publia qu'une poignée de 45 tours et ne put jamais financer la production d'un album. Le disque fut donc racheté par Élysée. Chance avait néanmoins déjà imaginé un matricule thématique (BTM-101), aussi repris par Élysée qui ne prit pas la peine de corriger les détails publiés au revers de la pochette (Wrigler?) ou d'y altérer le logo de Chance.


Crash! Pow!! Zokk!!! Les Convix explosent sur quatre chansons, toutes signées Lucien Brien, un parolier québécois fort productif durant les années 60 (près de 300 titres portent sa signature!!!). Les chansons originales furent adaptées de l'album américain Children's Treasury of Batman Musical Stories (Tifton; 1966), pour lequel le compositeur Tony Eira avait imaginé divers thèmes notamment pour les truands (Le Pingouin, Le Joker). Le projet de Tante Marie n'opta que pour revisiter le Thème de Batman , Look out for the Batman (En garde! Voici Batman ), The wonderful boy wonder (Le merveilleux compagnon ) et Here comes the Batmobile (Voici la Batmobile ). Totalisant moins de 27 minutes sur disque, ces quelques chansons, tout comme la mode de Batman, ne faisaient que passer... non sans fracas!


Si les traductions de Brien ne s'éloignent que très peu des paroles d'origine, l'énergie et l'urgence qu'insufflent les Convix aux morceaux détonnent habilement tout en demeurant plus fidèles à l'esprit «à go-go» de la populaire série télévisée (1966-1968). Des interprétations originales, le groupe ne retient que les chants, plus lyriques si j'ose dire; le tout contraste joliment avec les rythmes bruts propulsés par les musiciens. Le Thème de Batman (curieusement absent de la version américaine de l'album) démarre en trombe sous un tonerre de drumfills. Contrairement à la version des Hou-Lops, celle-ci est en majeure partie instrumentale; elle permet toutefois à l'écho des guitares de se fracasser à une roucoulante ligne de basse. Décidément, sur scène, ce groupe devait être plutôt intense! En garde! Voici Batman poursuit sur la même lancée, passant en mode mineur afin d'accentuer la menace que représente le mystérieux vengeur masqué. Un pont plus aérien révèle un timide solo de guitare pas piqué des vers. Une version alternative de la piste instrumentale fut aussi insérée en introduction à la seconde partie du récit Batman devient lâche.

Les Hou-Lops obtinrent aussi beaucoup de succès avec leur propre version du Thème de Batman en 1966.

La face B offre un rare hommage à Robin, fidèle comparse prépubère de Batman dans la série de 1966. Le merveilleux compagnon s'impose comme l'adaptation la plus ludique de l'album, plus près des ritournelles auxquelles on s'attendait de la part de Tante Marie. Le groupe, dans un registre près du hillbilly, demeure toutefois solide dans son interprétation. La plus glorieuse des versions que propose le groupe se terre à la toute fin de l'album. Voici la Batmobile: écoutez ce bruit! Y'a pas à dire: ce dernier titre se démarque aisément par sa vrombissante utilisation d'un riff fuzzé (un vrai de vrai fuzz en 1966: étonnant!) qui fait instantannément mouche et s'installe entre vos deux oreilles pour y rester. Rhéaume roule à fond sur les toms pour amplifier le passage de la mythique Lincoln Futura 1965 modifiée. Si la prose n'offre que bien peu de substance (Aucune automobile ne passe devant car on sait que Batman et Robin sont dedans ), le refrain, lui, déménage! Le Professeur Milo n'avait qu'à bien se tenir...



Je tiens à remercier chaleureusement Guy Rhéaume pour son accueil et sa générosité. Son témoignage se pousuivra sous peu dans le second volet de cette série qui cette fois, s'attardera à la seconde incarnation des Convix sous le vocable résolument psychédélique Le Cardan. Un merci tout spécial aux amis Simon M. Leclerc (Psyquébélique) et Satan Bélanger pour leurs précieuses contributions.


J'en profite aussi pour lancer un appel aux autres membres des Convix / Le Cardan. Votre témoignage nous importe! Je vous invite à nous écrire afin que nous publions votre version de l'histoire du groupe. Laissez un commentaire et... bonne écoute!


Téléchargez l'album / Download the complete album:


Les Convix - Tante Marie chante et raconte Batman (Élysée/Chance BTM-101; 1966)

mercredi, juillet 14, 2010




Trois balladodiffusions à télécharger !

Réapprivoisez les trois premières balladodiffusions de Patrimoine PQ, nouvellement éditées à la demande générale sous forme de compilations! Les plus sarcastiques souligneront l'ironie de servir du réchauffé... en pleine canicule. Toutefois, loin de croire que mes commentaires et ceux de mon fidèle coanimateur Gaétan B. étaient dépassés ou devenus superficiels, c'est sous l'impulsion de plusieurs lecteurs que j'ai eu parallèlement envie de donner à ces sélections une seconde vie en misant cette fois-ci essentiellement sur la trame musicale. En tout, c'est plus de deux heures de matériel pour la plupart inédit et rarissime qu'on vous offre. Faites-en la bande originale de vos vacances sur les routes de la province!

Les balladodiffusions demeureront disponible pour l'écoute et vous les retrouverez regroupées sous l'onglet «podcast» (à droite de l'écran). J'en profite pour soliciter à nouveau vos connaissances au sujet de quelques-uns des titres que vous entendrez.

Vous parlez Huron et pouvez traduire les paroles de la «Danse de feu» de Kiowarini? Vous connaissez l'identité de la mystérieuse chanteuse Nadya (voir l'article plus bas)? Vous pouvez décrypter le poétique refrain flangé de «Bonjour John» ? Vous êtes en contact avec Robert LeBlanc ou Alain Lalancette? Vous faisiez partie du duo Jeanne & Madeleine?
Écrivez-nous! Bonne écoute!


Itinéraire 9 vers l'Atlantide - Pop Psyquédélique Québécoise (1966-1972)

01 - Indicatif CJMT (1968)
02 - Rings & Things - Strange things are happening (1968)
03 - Serge Mondor - Il fait noir (1970)

04 - Le District Ouest - Je suis ton copain (1967)

05 - Frederic - Je me souviens (1970)

06 - Valentin - Lumière & Son (1968)
07 - Le Cardan - Jardin d'Ébène (1968)
08 - Jean Lévesque - Comme un brave homme (1970)
09 - Mill Supply - Voyage to Bagdad (1969)
10 - Kiowarini - La danse de Feu Yoskaha (1971)

11 - Kanto - A kind of breakdown (1970)
12 - The Scene - Scenes from another world (1967)
13 - Martin Martin - Imagine (1968)
14 - Jeanne & Madeleine - Pourquoi les enfants (1969)


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Itinéraire 9 vers l'Atlantide -
Pop Psyquédélique Québécoise (1966-1972)


Les Filles d'Aujourd'hui - 40° au dessus du Yéyé (avec titres BONUS)

01 - Indicatif CJAD
02 - Anik de Luk - Les Filles d'Aujourd'hui (1970)

03 - Andrée Cousineau & Michèle Mercure - Kid Sentiment (1967)
04 - Louise Lemire - Emmennes-Moi (1970)
05 - Patsy Gallant - Le lit qui craque (1972)

06 - Guillotine - Hands of Children (1969)
07 - Indicatif CJAD Montréal
08 - Marie-Lou Gauhtier - In the Summertime (1969?)
09 - Eloïse - Je suis Pour (1970)

10 - Lori Zimmerman - 'Cause the world is mine (1971)
11 - Jasmine - Les Millions (1971?)
12 - Anna Bell - Cendrillon (1969)

13 - Marie-Claude - Un peu beaucoup (1968)
14 - Karo - Dans le ventre d'une énorme baleine (1968)
15 - Nadya - Tu es le même (1969)
16 - Myriam Martin - Dansons le Blue Beat
(1966)
17 - BONUS Suzanne Bouchard - La boîte à cadavres (1967)
18 - BONUS Bonnie Dobson - Pendant que (reprise de G. Vigneault, 1969)



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Les Filles d'Aujourd'hui - 40° au dessus du Yéyé

Qui était Nadya, cette mystérieuse chanteuse rescapée? (Télé Radio Monde, janvier 1969)


Mille Soleils au dessus de nous - Pop Orchestrale & Soft-Psychée Québécoise (1967-1976, avec BONUS)

01 - Marthe Fleurant - Publicité «Le Québec sait faire» (1969)
02 - Valjean - Je m'en reviens chez-moi (1968)
03 - Guy Rhéaume - Les yeux de velours (1972)
04 - Serge Blouin - Bonjour John (1967)
05 - Les Alexandrins - Je parle pour parler (1967)
06 - Smokin' Woods - J'ai Péché (1972)
07 - Robert Toupin - La Chine (1974)
08 - Yanick - Laisse-moi donc faire (1972)
09 - Le Blanc & Lalancette - Intro (1971-76)
10 - Le Blanc & Lalancette - Rest with him (1971-76)
11 - Le Blanc & Lalancette - Mister Gun Pt. 1 (1971-76)
12 - Le Blanc & Lalancette - Et nous avons peur / Le soleil au dessus de nous (1971-76)
13 - Karine - La fille du soleil (1974)
14 - Les Maîtres - Une nuit avec toi (1970)
15 - Bruce Huard - Comme le soleil (1970)
16 - Monique Leyrac - Flowers, Perfume, Candy (1967)

17 - BONUS Freedom North - Ordinary Man (1970)

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Mille Soleils au dessus de nous - Pop Orchestrale & Soft-Psychée Québécoise (1967-1976)


For your delight and since you asked for it, our first podcasts can now be enjoyed as compilations! It's the perfect soundtrack for those mad roadtrips ahead. Canned heat for your transistor, dig? Leave a comment as you listen.

lundi, avril 05, 2010








Des gens comme vous et moi -
Des gens comme vous et moi

(1971; Escales Mono ES 37107)


Les pressages privés sont de précieux et parfois anondins témoignages sur vinyl qu'on abordera la plupart du temps de biais, avec une quelconque méfiance. Rarement de front. On s'y intéresse généralement après avoir écumé les noms les plus réputés d'un style, en y comblant les références les plus obscures, essentielles aux oreilles du complétiste. Leur singulière beauté peut aisément être ignorée à la première écoute, mais saura s'installer confortablement dans votre psyché par ses risques stylistiques, ses textes marginaux et ses expérimentations approximatives. Sous le sobriquet des pressages privés, j'ai tendance à regrouper autant les autoproductions indépendantes que celles publiées sur de microscopiques étiquettes de disques, où certaines n'existaient parfois que pour offrir du temps de studio bon marché à des artistes locaux désireux de presser quelques exemplaires d'un disque pour usage personnel. Du lot, retenons-en quelques-unes: les Disques de la Libération pour Au Cochon Borgne , DBR of Canada pour l'obscure duo Régent Desforges & Nicole Kelly , Eden pour le groupe Super 13 , Alopsthimod pour La St-Jean Baba, les éditions Boule de Son pour les différents projets de Sylvie Granger & Daniel Lepage et les autoproductions en 45 tours du Théâtre La Marjolaine. Rappelez-vous aussi de l'album par Les Lost & Les Finissants du Collège Saint-Viateur ou Concept que nous avions abordé il y quelques temps. La liste pourrait s'étirer, croyez-moi... Des enregistrements-maison, en suivant la même logique, je ne retiendrais alors que ceux réalisés dans une optique musicale ou, du moins, créatrice.























Des productions écclectiques peuvent y être découvertes: des manifestations politiques, des comédies musicales, des spectacles amateurs, des contes chantés, des hymnes religieuses marginales, etc. L'audiophile averti y recherchera principalement l'inusité et l'avant-gardisme avant de considérer le talent musical -le plus souvent, fluctuant- des interprètes. De beaux risques, donc... Pour la petite histoire, un des premiers pressages privés élaboré spécifiquement pour des fins de diffusion en serait un dans le registre «protest folk». À mon avis, l'unique album du chanteur René Pronto Laporte pourrait être cité comme précurseur de cette tendance. Ce chansonnier du Haut-Richelieu aurait enregistré et publié à ses frais son rarissime album Chante la paix vers 1966. Était-ce vraiment le premier? Sur 33 tours, peut-être, mais il dut bien exister de nombreux enregistrements de brousse gravés sur 78 tours auparavant. Chose certaine, Pronto ne serait pas le dernier... À ce sujet, comme la plupart des pressages privés de la province n'a toujours pas été répertoriée, j'en profite pour vous inviter à nous acheminer toutes informations et anecdotes à propos des albums mentionnés plus haut. Toute contribution sera la bienvenue et nous rendrons ces informations disponibles ultérieurement sur ce blog.



Des gens comme vous et moi s'inscrit dans cette même lignée. Pressé en quantités infimes, dans une pochette au graphisme timide mais non moins intriguant, le projet semble être le résultat d'un atelier-libre de la «commune artistique» du Groupe d'Animation Pastorale (GAP) de Cap-de-la-Madeleine. Le producteur André Dumont (Disques RM) signe ici plusieurs textes. Il avait déjà collaboré grandement à l'émergence d'une pop litturgique novatrice dès 1967, composant pour nombres d'interprètes notamment sur sa série Pour ce Monde (6 volumes) en plus de s'impliquer dans des essais plus marginaux comme Agapè et leur unique album, Le troisième seuil. Recrutant très tôt son ami René Dupéré, le duo signerait la majorité des titres originaux publiés sur les Disques RM entre 1967 et 1971. La plupart du temps au piano, Dupéré insufflait à des compositions folk simplistes de subtils arrangements aériens, n'hésitant pas à réaliser de véritables productions kitchen-sink rurales. André Dumont composerait aussi trois titres en compagnie de son frère, le guitariste Alain Dumont. Ce dernier s'était auparavant illustré au sein du groupe psychédélique La 5e Dimension qui, vers 1968, publiait son unique simple lysergique sur étiquette Jeunair. André Dumont y signait même l'adaptation d'un hit de Dylan (L'amour revient) en plus de les pistonner pour l'enregistrement de ce 45 tours aux Studios RM. Alors quand on insiste sur le fait que les gens des Disques RM étaient pas mal aventureux pour de pieux chansonniers, on a pas tort...

La 5e Dimension (Alain Dumont est à droite)
Photo tirée de La Merveilleuse Époque... de Léo Roy (Rétro Laser)




La rencontre de nombreuses influences et interprètes indiquerait que nous sommes face à la somme des collaborations de divers membres du GAP plutôt qu'à un groupe musical défini. Une compilation si vous voulez, ou plutôt... une bande son. Dans une entrevue que m'accordait le Père André Dumont en 2009, il mentionnait effectivement que cet album, comme la plupart des projets musicaux du GAP, était réalisé pour accompagner un conte en diaporama lors de rencontres dans les classes de pastorale de la région de Trois-Rivières. Intriguant... Malheureusement, je n'ai toujours pas pu retracer les projections originales, créées spécialement pour de tels projets; estimer que les archives des productions artistiques des Pères Oblats sont difficiles d'accès serait un euphémisme. Néanmoins, la possibilité de retrouver le récit imagé accompagnant l'album d'Agapè -si telle chose existe- a de quoi stimuler mes recherches. Chacun son Saint Graal...

Faut-il considérer Des gens comme vous et moi comme une oeuvre essentiellement religieuse? Pas nécessairement. Ni le culte, ses écrits ou ses personnages-clé ne sont cités comme tels. Il y a une certaine spiritualité qui émane des compositions, mais les thèmes abordés semblent plutôt référer à une quête individuelle au travers de valeurs universelles (la réalisation de soi, l'amour, l'ouverture au monde) qui ne néglige pas pour autant quelques élans de lucidité contestataire (la jeunesse face à la violence, la guerre, l'argent, etc.). On peut y déceler la preuve qu'à l'époque le discours religieux sortait définitivement des églises pour se vautrer dans une dimension plus personnelle et décidément moins régie par le dogme. Les deux versions du titre Le paradis des autres appuient cette mouvance:

Quand on vieillira, on aura bien, oui bien du temps.
Pour bien régler ces problèmes importants.

En atendant je veux perdre mon temps.
Faut vivre sa vie; on ne la vit qu'un temps.
Cesse d'envier le paradis des autres.
Et construit donc ton propre paradis...

Le disque regroupe les efforts de plusieurs musiciens et chanteurs affiliés aux productions pop litturgiques que moussaient les Disques RM à l'époque: André Dumont, Alain Dumont (guitare), René Dupéré (piano, arrangements), Lisette Vallée, Yvon Chartier, Léo Boudreau (auteur-compositeur sur la série Pour ce monde), Gisèle Brodeur et Jean Piché. Au sujet de l'implication ce dernier, j'ai contacté l'artiste d'avant-garde/musicologue/professeur à l'Université de Montréal du même nom, mais suis toujours en attente d'une confirmation de sa part. La réalisation de Marcel Gilbert, à l'image d'une bande-son, colore le récit d'entrefilets tantôt intimistes, parfois fougueusement rythmés ou strictement instrumentaux. Le rock léger de Autrefois, un des titres upbeat des frères Dumont, est interprété par Thérèse Lacroix, anciennement du groupe Les Nocturnes (de Cap-de-la-Madeleine; il y avait trois formations du même nom au Québec). Sans alourdir le texte de références bibliques, les paroles référaient néanmoins à une scène illustrant la vie d'un homme de Galilée... Les sous-titres de chaque chanson renvoient d'ailleurs aux scènes du diaporama qui accompagnait l'album à l'origine (voir le verso de la pochette). Les compositions de Jean Piché adoptent le style protest-folk avec vigueur; sa prose candide -pour ne pas dire «rentre-dedans» - le distingue de ses collègues sur étiquette Escales au même titre que le chansonnier Marc Lebel. Essentiellement élaborées autour de Piché et sa guitare martellée, on y aborde les méandre d'une quête intérieure dans un propos glauque et torturé (Les quatrains du temps) mais aussi l'altermondialisme sur la poignante et plus fignolée Équation Universelle. En plus d'être à l'origine du titre du projet (Des gens comme vous et moi), cet ardent folk contestataire avait le mérite de dénoncer brutalement les injustices des révolutions du tournant des années 60-70. Une fougue pas banale, trop peu souvent reprise à l'époque.

Lointaine Tchécoslovaquie

Tu pleures et tu cries les espoirs de ta liberté

De tes grands maîtres de Russie

Ont décidé que la liberté

C'est celle des tanks et des armées.

Y'a de ça déjà des années

J'achetais des petits Chinois à la poignée

Mais suivant le code de l'éthique

Seigneur Mao et tout sa clique

Se paient des avions pis des bombes atomiques


Le style plus folk-pop de André Dumont transpire ailleurs sur la chaleureuse
Je m'en allais, où il retrouve Léo Boudreau, son collègue des premiers jours chez RM. Son approche gagne du mordant au contact de son frère/guitariste. L'intriguante et langoureuse Au tournant, offre une longue introduction oscillant entre le flamenco et un surf accoustique qui aurait gagné à être électrifiée, mais c'est l'explosive Peu importe qui se chargera d'allumer la mèche. Amateurs de rock garage, prenez-note. Poutant enregistrée en 1971, cette composition a tout les atouts d'un frénétique simple de 1966, totalement dans le style de la côte ouest. On se croirait en première partie de Love! La prestation d'un batteur intrépide, d'Alain Dumont aisé à la guitare solo, de son frère André aux choeurs et de Yvon Chartier, droit et juste assez grave, font de ce titre frénétique une des curiosités les plus foudroyantes du lot. À moins de 2 minutes, y'a pas à dire, cette chanson va droit au but.

De son côté, Dupéré imagine des orchestrations toujours plus fignolées et, comme je les qualifiais plus tôt,
délicieusement brouillonnes. Il ose plus que tout autre en élaborant une suite inventive de mouvements qui à elle seule accapare la moitié des sélections de l'album et, stylistiquement, stabilise l'ecclectisme des autres compositions. La sublime Loin de toi ouvre le bal en accentuant le rythme de la même scène mise en chanson par Les Quatrains du temps. Le tout ne manque pas de piquer instantannément la curiosité, avec des mesures syncopées, une ronde ligne de basse, des cuivres glorieux et une interprète (Lisette Vallée) à la limite de l'exaltation. La mélodie, si singulière, peut devenir un véritable vers d'oreille après quelques écoutes. Il enchaîne avec trois variations du titre Le paradis des autres, dont une instrumentale rebaptisée Musical qui clôt la première face de l'album. Gravitant autour de la touche délicate et céleste de Dupéré au piano, ces interludes offrent au passage une mélodie éthérée parfaitement synchronisée avec la candeur de son propos. Plus loin, Où ça va fait évidemment allusion au Dieu chrétien, même si son interprète se garde de le nommer. On y résume la scène Le futur de l'homme , son salut si vous voulez, dans la foi et l'amour (sur Monde qui vient). Un second titre Musical poursuit sur une même ambiance, reprenant la sobre orchestration de piano et trompette pour revisiter avec vigueur le refrain de Où ça va. Une outro réussie.

À mi-chemin entre les atmosphères gothiques de l'album
Le Troisième Seuil du groupe Agapè et le ton candide du folk rock mordant de Marc Lebel et son disque Un de plus (aussi sur Escales), Des gens comme vous et moi poursuit la quête identitaire de la pop litturgique Québécoise au tournant d'une faste et complexe décennie marquée par les révolutions, les Droits Civils, la contre-culture et le décloisonnement des genres en général. En proposant un discours différent, libre de bondieuseries et mis en scène sur fond de folk engagé et autoproduit, le collectif sortait littéralement les évangiles des églises pour les actualiser, les rendre plus... vivants. Tout ça de la part d'une commune d'artistes spirituels et pour le moins séculaires. Louangeable! Merci au Père Dumont pour le prêt de sa copie personnelle de l'album et à l'ami Michel Alario pour le partage du simple de la 5e Dimension (sa face A, l'Évasion, sera proposée lors d'une prochaine balladodiffusion). Bonne écoute!



Téléchargez l'album complet / Download the complete LP :

Des gens comme vous et moi - Des gens comme vous et moi (1971; Escales ES MONO 37107)