Aucun message portant le libellé instrumental. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé instrumental. Afficher tous les messages

mercredi, décembre 11, 2013

Le Nouvel Ensemble Folklorique du Québec - Reels psychadéliques Volumes 1 & 2 (Révolution; 1969)


Le Temps des Fêtes semble toujours propice pour raviver notre intérêt envers les breakdown, les set callés ainsi que les violonneux et autres musiciens traditionnels qui ont forgé notre identité musicale. Province de tous les reels, le Québec a publié sa part de chants folkloriques depuis le début du XXe siècle et à ce sujet, je ne saurais trop vous recommander une visite par le blogue Tradotronik réalisé par le spécialiste Marc Bolduc, aussi animateur de l’émission Tradosphère sur les ondes de CIBL 101,5 FM. Les amateurs du genre seront comblés! Avec les années 60, le genre trad aura tendance à se métisser d’avantage, incorporant notamment des éléments du rock dans son jeu, avec l’arrivée de nouveaux talents tels Philippe Gagnon ou Dominique Tremblay. Toujours prêt à relever un défi et à explorer de nouvelles tendances, le producteur/chanteur Tony Roman imaginera deux albums qui, à ce jour, demeurent parmi les plus singuliers de cette décennie. Rares et convoités, les collectionneurs les connaissent d’avantage par réputation; aujourd’hui, tendons l’oreille…

En 1968, la carrière de Roman est déjà bien établie. Ayant fait ses débuts 5 ans plus tôt, il avait déjà fait partie de 3 groupes (Tony Roman 4, Tony Roman 5, Les Dauphins), obtenu un succès fou en solo avec sa reprise de Do Wha Diddy (150 000 copies vendues!), découvert Nanette Workman, produit une foule d’artistes, fondé ses propres étiquettes de disques (Canusa et plus tard Révolution, A1, R&B, Majaro), animé une saison télévisée de Fleurs d'amour, Fleurs d'amitié... Ayant toujours un pied dans les palmarès et l’autre dans l’underground, l’imprévisible maverick pouvait parfois être critiqué pour ses choix douteux et son impulsivité, mais sa fougue demandait néanmoins le respect.

 
Pagliaro, Lepage & Shorter.
Suivant son association avec le producteur français Jean-Pierre Massiera avec lequel il « co-réaliserait » le cultissime long jeu Maledictus Sounds (rebaptisé plus tard Expérience 9 par Roman lui-même et réédité chez Mucho Gusto), on assiste à la publication d’une infâme trilogie d’albums expérimentaux, pour la plupart avec la candide mention Freak-Out Total au revers de la pochette. Du marketing pour les hippies! Pour cette série, Roman s’entoure d’amis musiciens chevronés tels le multi-instrumentiste Denis Lepage (The Stringers, The Persuaders), le batteur Andy Shorter et le guitariste Michel Pagliaro (Les Chanceliers). Il imagine d’enregistrer live, sans retouche, les résultats de quelques séances nocturnes d’improvisations, aussi expérimentales qu’approximatives. Rien que du vrai pis tout croche aussi.

Si l’album Ouba (réédité en 2001 chez GearFab) avait tout d’un long jam rock simplement scindé en deux faces, les Reels Psychadéliques offrent quelque chose d’un peu plus complexe, mais tout aussi lousse. Les deux volumes sont séquencés en divers reels où parfois plusieurs moments distincts se confondent dans une seule et même chanson. Clairement audibles sur la plupart des pièces, des spectateurs et/ou des musiciens additionnels appuient le jeu des comparses de Roman avec des bribes de conversations anodines et d’indispensables envolées au violon. On se demande d'ailleurs qui peut bien être ce violonneux invité... Un simple combinant des extraits des deux Volumes est parallèlement publié en décembre 1969 avec les pièces Le Reel du Pharmacien de Ste-Anne / La ballade de Rose & Alfie (intense et disjoncté). Contrairement aux albums qui sont avares de détails, ce rarissime 45 tours crédite les musiciens comme le Nouvel Ensemble Folklorique du Québec, un qualificatif plutôt audacieux pour le groupe de Roman. En comparaison avec Les Super Reels du Québec (album essentiellement trad publié sur Révolution), il faut quand même avouer que ce que on nous offrait maintenant, eh bien... c'était carrément dans une classe à part! Autre fait à noter: ce simple offre ce qui pourrait bien être le titre le plus court pressé en 45 tours au Québec. Le reel du pharmacien de Ste-Anne ne s'étire effectivement que sur un maigre... 35 secondes!

Publiés sur étiquette Révolution, l’ensemble est une suite logique à Ouba (pressé simultannément sur A1) avec plus de titres distincts et une saveur folklorique en prime. Deux volumes à considérer comme une seule et même oeuvre. Avant de savourer votre verre, soyez prévenus : y’a probablement quelque chose de pas catholique dans le lait d’poule… Prenons le Volume 1 (pochette blanche). D'entrée de jeu, le Reel de la grosse Jeanne ainsi que Reel pour Dédé offrent quelque chose de convenu sans être psychadélique (sic), rythmé sans plus. Lorsqu'une Ballade des bibittes à feu embrase l'atmosphère du studio, on comprend mieux l'objectif du groupe tentant d'atteindre cet équilibre précaire entre un rock lousse et tonitruant et le jeu du frénétique violonneux. Trop poli, le résultat aurait probablement été anodin; ici, l'ambiance live, les quelques cris et une improvisation investie aident à partager efficacement le trip. Quelques reels plus loin, La modiste de Bertha poursuit l'expérimentation et offre un premier freak-out total. Ça décoiffe cette histoire de chapelière!  On est plus près de la valse à vrai dire, mais après une introduction solonelle (orgue, violon, piano), on coupe sec pour mieux laisser la cacophonie s'installer! Quelques secondes de feedback plus tard, Le Reel du Saumon poursuit sur cette lancée rock avec un Roman criard et un lourd riff qui sera aussi recyclé ailleurs plus loin dans... La drave sur le second Volume. Le reel de l’oncle Fred est d’avantage ludique et fait efficacement le pont avec la dernière pièce de Volume 1, Le reel de Frontenac, qui s’aglomère à un passage entendu précédemment dans La modiste de Bertha. Pour un album aussi court (29m02s), avouez que c’est plutôt touffu tout ça!
 

Le Volume 2 (pochette noire) poursuit là où le premier Volume s’est arrêté et ne déstabilisera pas l’auditeur averti. Il y a moins de titres, mais l'album gagne en momentum, comme quoi on peut sembler plus focus tout en sonnant toujours aussi lousse... Avec son blues plus concis qui laisse néanmoins de l'air à Shorter et au jeu désaxé du violoniste, Du foin pour Ti-Guy ouvre efficacement le disque. On renoue ensuite avec quelques mesures de valse alors La chose à tôt fait de nous rappeller qu'on a toujours affaire à la gang de Ouba lorsqu'elle s'anime follement autour d'un scat primal (vers 2m00s) de 5 minutes! Ayoye! La nuit de noce s'insère idéalement ainsi après la démence, dévoilant un clavecin jusqu'alors inédit dans ces sessions d'enregistrement. L'approche est plus délicate avec ses clochettes et bien qu'une crécelle vienne par moments nous surprendre, on se plait à penser qu'on aura droit à un numéro de pop baroque... Plutôt, on déconstruit la mélodie, on improvise allègrement, on crée une toile sonore, on crie à s'en plaindre: rude nuitée pour nos musiciens! Un cadeau de Michel accentue l’aspect brouillon de la réalisation. On arrête le tape, on avance puis on reprend, on alterne entre moult segments pour terminer avec un dernier reel: décidément, nous sommes toujours en salle de montage avec le groupe! Tony semblait bien pressé de conclure le mix pour vous laisser deux albums-cadeau sous le sapin en décembre 1969...


Si quelques longs jeux populaires furent pressés sur étiquettes Révolution ou A1 (Nicole & Frédéric, La Révolution Française, Donald Seward, Christian & Gétro ), on y retrouve néanmoins bon nombre d’albums grivois et folkloriques (Ti-Poil la carotte, Eille! Ça c’est cochon, As-tu envoyé ton 2$? ). C’est bien connu : Roman n’avait pas froid aux yeux et l’idée de financer des projets plus risqués par la vente de disques fantaisistes semble logique. Le tirage apparemment limité de la série « Freak-Out Total » laisse toutefois quelques questions en suspens. Est-ce que le thème était jugé trop marginal pour générer plus de copies ou bien cherchait-on combler quelques lacunes budgétaires aux catalogues Révolution et A1? Un tel phénomène – qualifié de tax scam aux États-Unis- fut longtemps utilisés pour boucler les budgets. On réalisait des albums en vitesse, le plus souvent avec des pochettes génériques ou un design minimal, distribués -ou non!- avec peu de promotion. L’album faisait le plus souvent un bide, mais réussissait néanmoins à justifier certains frais opérationnels de la compagnie. Était-ce le cas ici? On jase, là… Ça pouvait être aussi tout simplement un beau risque : deux albums nés aussi rapidement qu'un jam impromptu... juste pour le fun. Il ne faudrait pas sur-analyser deux albums de «reels psychotroniques» après tout.

Récemment, Étienne soumettait cette intéressante théorie: Est-ce que le violonneux serais un membre de la famille Marineau que Tony a sortie sur Révolution RE 8001, juste avant Reel Psychadéliques RE 8002 et RE 8003 ? J'ai décidé de consulter un spécialiste du genre, Marc Bolduc,  animateur de Tradosphère sur les ondes de CIBL 101,5 FM et blogueur émérite sur Tradotronik. Voici ses conclusions: Le peu que je connaisse de la Famille Marineau, à part quelque prénoms, il me semble surprenant qu’ils aient pu faire partie d’un tel projet, mais: qui sait? Parmi les noms que j’ai pu retrouver (je n’ai pu identifier le paternel…) il y avait dans le groupe: Adrien, Aube-Alma (Obalma?),Gérald, Irène, Jeanne, René Marineau et Yvette Marineau et de Fernand Pellerin. Je serais surpris qu'il s'agisse des même, me semble que ça fitte pas, surtout que les Marineau étaient assez "folkloriques", peut-être trop pour aller dans cette direction. Ceci dit, ce pourrait être des gens de la famille élargie... En espérant que cela puisse contribuer à tes recherches. On peut donc toujours spéculer... Merci messieurs!

Avec 1969, c'est un nouveau Tony Roman qui s'offrait médiatiquement. De son propre aveux, il délaissait les chanteurs populaires qui avaient fait beaucoup chez Canusa (Les Baronets, Patrick Zabé, Johnny Farago) pour se concentrer sur de nouveaux talents, plus rock ou marginaux (Georges Thurston, La Révolution Française, Les Hou-Lops, Madeleine Chartrand), tout en publiant ses nouvelles compositions toujours aussi hétéroclites. Il clamait avoir vaincu les démons de la drogue, mais était-ce bien le cas? Chose certaine, pour Noël 69, il était allumé et généreux, publiait notamment l'album Le Réveillon de la Famille Canusa et s'offrait même une mini-campagne publicitaire en placardant ses voeux à quelques pas de ceux de... John & Yoko. Sacré Tony! Finalement... je goûterai bien à son lait d'poule! Bonne écoute & Joyeuses Fêtes!

La marde ça pue, mais la guerre encore plus!  Roman pastiche Lennon pour vous offrir ses meilleurs voeux des Fêtes en 1969 (Photo Vedettes, janvier 1970).
 

mardi, juillet 31, 2012

Emilhenco Pop - Québec 2000 / Olympiques 76 (Magali MAG 7025; 1976)


En 1976, Montréal ouvrait de nouveau ses portes au monde entier en organisant les Jeux des 21e Olympiades modernes. Sur le plan musical, plusieurs artistes se sentirent interpelés et tentèrent leur chance en composant un hymne aussi épique que le plus récent rêve urbaniste du maire Drapeau. Pour un temps, la chance souriait au jeune prodige René Simard. Son simple Bienvenue à Montréal, co-écrit avec Vic Vogel et Claude Lacombe, reçu une promotion exemplaire de son gérant, Guy Cloutier. La plupart des stations radiophoniques boycottèrent néanmoins ce sous-produit de la pop, le jugeant trop naïf. Leur objection encouraga le comité olympique à rapidement corriger le tir en proposant un nouveau concours pour dénicher l'hymne des hymnes. Le jury serait alors présidé par nul autre que Stéphane Venne, celui-là même qui avait composé le célèbre Un jour, un jour pour l'Expo 67. Au final, seule la chanson Je t'aime interprétée par Estelle Ste-Croix serait officiellement retenue. Bons joueurs, tous les autres concurants - François Dompierre, Charles Linton, Germain Gauthier, Pierre & Yannic Létourneau pour ne nommer que ceux-ci- seraient néanmoins inclus sur l'album 10 chansons finalistes du concours de la chanson d'adieu. Parallèlement, on publiait l'ultime coffret encapsulant l'ambiance musicale des jeux de Montréal intitulé Musique des cérémonies officielles. Avis aux complétistes, quelques perles jazzées se terrent au travers des ballets et cantates proposées.


Emilhenco.
En marge des podiums et des palmarès, l'artiste français Emilhenco proposera aussi d'orchestrer le rythme effreiné des compétitions par le simple le plus explosif publié à l'occasion des jeux. Que pouvait bien faire ce twisteur méconnu de la première époque dans la Belle Province? En 1976, il avait déjà publié une douzaine de simples et EP, tous pour la plupart bien rangés et innofensifs. Rien ne pouvait donc préparer l'audiophile averti à cette exclusivité québécoise publiée sur l'étiquette Magali. Les deux compositions sont attribuées à Emilhenco Pop et son signées J. Raiteux et Emilhenco. Comme il s'agit de deux pièces instrumentales, j'étais tenté de croire qu'il s'agissait des musiciens attitrés de l'artiste. Est-ce que la carrière du chanteur avait pris un similaire tournant funky au cours des années 70? Pas vraiment. Jouait-il avec eux? Je ne saurais le dire. Le nom de son collègue nous donnait par contre une piste fort pertinente...

J. Raiteux est un artiste prisé par les amateurs de library music, ce créneau musical réservé à l'origine exclusivement aux télédiffuseurs et publicistes de tout acabit. Il s'agissait le plus souvent de bandes sonores fictives ou de musique incidentielle pouvant être utilisées en trame de fond dans des reportages, en guise d'ambiance sonore dans les publicités... bref, de la musique d'ameublement comme disait Erik Satie. Ces albums n'étaient pas disponibles pour la vente aurprès du public et leur découverte depuis quelques décennies a mis à jour une tendance méconnue et pourtant si répandue, au bonheur des ciné-audiophiles et autres DJs en quête d'échantillonages inédits. Sous son véribale nom, Jean-Bernard Raiteux a participé à plusieurs de ces enregistrements en France, mais son magnum opus demeure ce premier album qu'il signa pour son groupe, Harlem Pop Trotters. Emilhenco + Harlem Pop Trotters = Emilhenco Pop! Oh! On tient peut-être quelque chose... À la fois funky, psychédélique et jazzé, cet amalgamme de 1972 inititulé « Musique pour l'image No 39 » offrait, comme son titre l'indique, des oeuvres spécialement conçues et enregistrées pour l'illustration sonore d'émissions télévisuelles, radiophoniques ou cinématographiques. On retrouvait déjà sur No 39 quelques indicatifs instrumentaux titrés de références sportives comme Rage de ski, Judo K, Galop pour un 100 mètres ou Voile en la mineur.


La comparaison ne s'arrête pas là puisque le simple du Emilhenco Pop émet la même singulière vibration que les pièces les plus inspirées du premier album des Harlem Pop Trotters. On est en terrain connu et à notre grand bonheur, le groupe est toujours tissé aussi serré! Un titre clairvoyant, Québec 2000, s'impose dès les premières notes fuzzées de son guitariste avant qu'il n'enflamme la stratosphère par un solo aux dimensions épiques! Plus haut, plus loin, plus FORT! Imaginez un montage vidéo au super-ralenti d'athlètes de tous sports se défonçant comme jamais avec cette bande sonore pour les cadencer. Des visages qui se tordent, des muscles qui se contractent... Pas de doute, ces musiciens avaient une approche cinématographique sur disque et carburaient probablement à même la flamme olympique!



En face B, Olympiques 76 fait appel à quelques cuivres et ralenti le rythme pour un temps avant de céder la place à un groove tenace pimenté d'un charmant solo de flute picollo. Un jive pour la victoire, en quelque sorte! Drôlement efficace comme bande sonore, ... mais une question demeure: fut-elle utilisée dans un reportage ou un documentaire à l'occasion des Jeux Olympiques de Montréal? Est-ce que ces deux titres étaient ultimement destinés aux retransmissions de la délégation française? Allez savoir... On sait qu'à l'époque, l'étiquette Magali miserait de nouveau sur la fièvre sportive en publiant quelques jours plus tard un simple thématique pour Serge Laprade, Vive les jeux olympiques (MAG 7060). Peut-être cherchait-on à se spécialiser?


Si vous avez des informations quant aux escapades québécoises de Jean-Bernard Raiteux et Emilhenco et leurs autres collaborations ou avez identifié les thèmes de leur 45 tours dans un documentaire de l'époque, contactez-nous! Savourez entre temps ces deux exclusivités, inédites et non-compilées depuis leur publication originale. Bonne écoute!

Rare Quebec-only 1976 single by Emilhenco Pop, an obscure collaboration between Jean-Bernard Raiteux's Harlem Pop Trotters and french singer Emilhenco. Released during the Montreal Olympics, it could have been used as a soundtrack for a documentary or some random shots of the games. Who knows? It's aggod and as funky and as heavy as the songs on Harlem Pop Trotters first album. To the best of my knowledge, these have never been comped or sampled. If you have informations about these obscure «librairy music» recordings, please email us about it. Enjoy!

dimanche, mai 30, 2010

The Echo Men - Elephant Rage (1963; PLAZA PL-3307)











Il y a de ces critères qui peuvent instinctivement guider vos doigts lorsque vous vous épuisez à passer en revue tous les caissons d'un disquaire. En dehors de la préférence musicale, de la rareté ou de l'obscurantisme d'un album, ce qui interpèle le collectionneur aventureux dépasse bien souvent les références quantitatives. Il en vient rapidement à développer son propre corpus, certains misant sur les productions de tel arrangeur voire ingénieur de son (coupable!), d'autres sur les graphistes responsables des pochettes ou tout simplement sur des artistes issus de sa propre région natale. Chacun son bag! Pour ma part, j'ai développé plusieurs réflexes, mais j'avoue que j'ai un faible pour les témoignages de montréalité, ceux qui me situe à un moment et un carrefour précis de la métropole. J'accroche immédiatement sur des prestations live méconnues ou le design d'une pochette illustrant une rue, une attraction (Willie Dickson & the Playboys), une sculpture (Les Silouhettes), une salle disparue (Les Beau-Marks au Cabaret Le Coq D'Or; Au Cochon Borgne) ou une vue privilégiée de la ville (Nick Ayoub Quintet The Montreal Scene). Je ne sais trop; il y a toujours quelque chose qui me dit que ça bourdonnera -comme la ville!- à l'écoute...






En plus de confirmer la provenance d'un obscure artiste ou de laisser un témoignage d'un happening éphémère, cette topographie sonore alimente et colore la représentation que nous nous faisons de telle époque alors que nous scrutons les moindres détails d'une pochette. Prenez celle de... Elephant Rage. Cette photo devant le pont Jacques-Cartier, c'est tout ce qu'on a comme trace visuelle des Echo Men, ce mystérieux quintette majoritairement instrumental de la région montréalaise. Est-ce une vue de Saint-Lambert sur Montréal ou une prise de Hochelaga en direction de la rive sud? Ça, je vous laisse en débattre...



Le groupe prend forme au début des années 60 lorsqu'un jeune guitariste du nom de Pierre Dubé, nouvellement établi dans le quartier Saint-Henri, fait la connaissance de René Lepage, lui aussi musicien. Dubé avait fait auparavant partie d'un tandem comique, jouant de la guitare aux côté de André Herbert, alors qu'il n'était âgé que... de 14 ans! Avec Lepage, ils entretenirent une passion commune pour les instruments, créant de toutes pièces certaines de leurs propres guitares et basses. L'achat d'une console de réverbération Echolette inspira le nom de leur groupe: The Echo Men. On eut tôt fait de recruter d'autres membres, aux tâches et présences fluctuantes. En effet, Lepage ou Dubé pouvait alterner entre les rôles de guitaristes, bassistes, batteur ou organiste dans la brève incarnation du groupe. À preuve, la pochette de Elephant Rage montre Dubé à la basse, René Lepage à la batterie et Claude Landry comme guitariste. Les saxophonistes demeurent, pour l'instant, inconnus... 


Le quintet signerait bientôt un contrat avec Champagne Records et publierait ainsi un premier simple avec le chanteur Pierre Latour sur étiquette Idéal, une division des disques Plaza. Le 45 tours regroupait une composition de Latour (Petit Michel ) et une adaptation de la chanson de Clarence «Frogman» Henry (I don't know why I love you but I do) rebaptisée Je ne sais pas en face B. Cette production n'est pas des plus réussie, mais propose néanmoins un dynamique couplage de saxophone et de trompette. Petit Michel est un slow primitif avec passage parlé obligé. Le pressage original semble avoir scellé le sort de cette face A; en effet, le résultat est plus qu'ondulatoire (warped comme on dit). On est loin de l'effervescence pour laquelle le groupe était reconnu...



Le groupe enregistrerait ensuite à la hâte son unique album pour Plaza. Leur frat rock rudimentaire ne devrait répondre qu'à une seule question: est-ce que ça déménage? La réponse est oui, bien entendu, et à un maigrelet 22m30s, les disques Plaza tout comme les Echo-Men démontraient parallèlement qu'ils n'avaient pas de temps à perdre... Il entreprendrait alors une tournée intensive des cabarets de la région montréalaise et mériterait bientôt un passage à la cultissime émission Jeunesse d'Aujourd'hui.

Le frat rock meuble alors les ambiances des maltshops de la Rive Sud, des salles de danses de Saint-Hyancinthe et des cabarets de la rue Crescent, sans se limiter aux campus étudiants. Le style se situe à la croisée du surf, du rock n' roll, du twist et du r&b pur et dur, le plus souvent livré à coups de saxophones tonitruants et de détours obligatoires (on ne compte plus les adaptations de Wipe Out ou de Raunchy). Il y a aussi un élément impudique voire lascif qui émane de la présence régulière de saxophones; ainsi jumelés à un groupe généralement plus tight, ils nous réservent normalement de vibrants solos qui ajoutent à l'ambiance débridée d'une perfomance live. Le style n'invite-t'il essentiellement pas au party après tout? Sur 33 tours, des groupes Québécois comme The Corvets (Dance Party; Rusticana RMM628), The Cruisers (Pour danser; Carnaval C459), The Rockets (Going to a dance party; ABC A3) ou The Midgets (Rhythm and motion; Plaza PL3306) offrent aussi de solides performances et bénéficient généralement de meilleures productions pour la même époque. Recommandés... même si les Midgets sont un peu straights, avouons-le.

The Echo-Men font comme leur compères et optent majoritairement pour des reprises de groupes américains et anglais, évoluant aux travers du registre des Champs (
El Rancho Rock ), The Shadows (l'effreinée I feel so good ), The Surfaris (Wipe Out ), Duane Eddy (l'indispensable Rebel Rouser ) ou Bill Doggett (Honky Tonk ). Du lot, seuls deux titres furent composés par le groupe-même: un slow rock suave, Reina, et la chanson donnant son titre à l'album, Elephant Rage. Ces deux titres originaux furent d'ailleurs compilés en 2003 sur l'exaustive série bootleg Original Early Canadian Rockers de l'étiquette des Pays-Bas Collectors Records. Elephant Rage ouvre avec fracas sur les barrissements du saxophone, mimant celui du pachyderme prêt à vous défier! On en prendrait plus de ces folies guturales, mais le rythme nerveux et un bon lead vous font rapidement oublier ce détail et déjà, vous caressez l'envie de danser... Twist her, originellement du Bill Black Combo, offre à nouveau un bon solo et une présence plus affirmée des saxophones. C'est aussi le seul titre à bénéficier d'un accompagnement au piano. L'ambiance se réchauffe d'un cran grâce à leur version de Wipe Out. Notez le tabouret du batteur qui craque à chaque mesure qui déferle sur les toms. Si I feel so good crinque le volume, l'effet à tôt fait d'être complété par l'énergique Hot Pastrami & Mashed Potatoes qui, avec l'originale Reina, se distinguent en étant les seuls titres avec pistes vocales. On aurait bien pris un troisième assiettée de ce plat maison. Plus loin, Honky Tonk laisse entrevoir un guitariste par moments entremêlé dans ses solos et plus j'y réfléchissais, plus je me rappelais ce qui m'avait charmé en découvrant le rock garage il y a plusieurs années. Le frat rock n'avait pas encore épuisé ses ressources qu'en donnant naissance à la vague garage de 1964-1968, il lui insufflerait bien quelques notions de base:

1) Ça ne doit pas être trop propre, ni poli.

2) Sacrifie la seconde prise au profit de l'énergie brute de la l'unique première.

3) Tout le talent du monde ne remplacera pas l'honêteté que tu démontrera sur scène.

4) Si tes parents détestent ce que tu fais, continue, t'es sur la bonne voie...


Par delà The Echo Men...

Les Gitans, 1964 (Pierre Dubé est dans le coin inférieur gauche).

Dubé développerait parallèlement de multiples talents en tant que sessionman pour les studios StéréoSounds et RCA en plus de jouer et chanter sur les enregistrements d'autres artistes représentés par Champagne. Il cumula aussi les postes au sein de ces entreprises, passant notamment de graphiste de pochette à celui d'ingénieur de son (une passion dont il ne se lasserait jamais). Une rencontre avec l'animateur de CJMS, chanteur et futur arrangeur Gilles Brown en 1965 l'amènera à quitter son groupe pour en rejoindre un autre: Les Gitans. Ce quatuor était composé du frère de Gilles, Robert Brown à la batterie, de Dubé à la basse et de deux autres musiciens que je tarde toujours à identifier. On ne répertorie qu'un unique simple sur Laniel, Ne t'en vas pas / À quoi bon pleurer, deux reprises respectivement de Sonny & Cher et Aaron Neville. Une entrevue avec Janice Dubé (épouse du guitariste) souligne que Les Gitans auraient pressé trois simples en tout, avec des compositions originales, mais cette révélation n'a toujours pu être confirmée... À quoi bon pleurer est entre temps disponible sur le Volume 16 de la série Les Introuvables, publiée chez les Disques Mérite.
 



Ce nouveau groupe remporterait assez de succès pour être remarqué par des promoteurs américains qui les invitèrent à rejoindre une tournée des États-Unis et du Canada en compagnie d'une pléiade de jeunes talents: Joey Dee (Peppermint Twist ), The Rivieras (California Sun ), The Rebels et surtout Bobby Day, alors connu pour son tube Rockin' Robin. On jugea rapidement que le nom du groupe ne passerait pas auprès du public anglophone et on prit la décision de rebaptiser Les Gitans sous le sobriquet The Chads. Le groupe de Bobby Day déclara soudainement forfait et on proposa in extremis à The Chads d'accompagner le chanteur. Alors que la tournée prenait fin, cette collaboration passagère devait néanmoins se poursuivre: The Chads signerait un contrat avec RCA et accompagnerait dorénavant le chanteur sous le nom de Bobby Day & the Midnighters. Une partie du groupe assista même aux sessions d'enregistrement voisines de James Brown et Dubé, à la demande du bassiste du groupe, se joignit même aux musiciens le temps d'un jam! On leur commanda bientôt un album sur lequel ils planchèrent six mois avant que le tout n'avorte. Malgré une chimie évidente sur scène, le public demeura apparemment timide devant les performances d'un groupe de quatre jeunes blancs-becs dirigé par un chanteur Noir. Curieusement, un spectacle dans «le nord du Québec» (Abitibi-Témiscamingue?) aurait même été annulé lorsque le groupe se serait présenté sur place, devants des promoteurs stoics à l'idée d'embaucher un groupe «mixte». Bien avant que ne soient populaires les groupes Love, Jimi Hendrix Experience ou Taj Mahal, l'idée d'un groupe mixte semblait trop avantgardiste. Autres temps, autres moeurs... Ce manque d'engouement incita malheurement les membres du groupe (sauf Dubé) à retourner au Québec; ainsi, leur album, tragiquement, ne fut jamais complété.
Bobby Day & the Midnighters (Dubé est en haut, à droite)

Après quelques temps passés à New York en compagnie de Day, Dubé revint au pays. Il
dirigerait bientôt l'orchestre de Ginette Reno, en plus d'embaucher Claude Landry, ex-Echo Men, en tant que guitariste. Il rejoindrait ensuite momentannément le trio country Les Cavaliers de l'Est, avant de déclarer forfait. Il quitta le Québec en 1969 pour s'établir à Williams Lake en Colombie-Britannique où il entreprit une nouvelle carrière de peintre industriel en plus de jouer sporadiquement dans le cover band Mathias. Landry roulerait sa bosse professionnellement jusqu'aux années 80, enregistrant même au passage le hit Erreur Érotique avec son groupe New Wave Le Fric. Fans de Kaméléon, prenez note!

Je tiens à remercier Robert Thérien ainsi que Guillaume Éthier (Plaza Musique) pour leurs contributions des plus éclairantes. L'entrevue de 2001 avec Janice Dubé (veuve de Pierre Dubé) explique bon nombre de détails quant à la carrière des Echo Men et de Pierre Dubé, mais comporte aussi son lot d'incongruités. Elle demeure fascinante, toutefois il faut savoir en prendre et parfois en laisser... Le texte intégral peut être lu sur le site du défunt webzine Cosmic Debris. Un second article sur Spectro Pop à propos de la rencontre entre Bobby Day et The Chads / Les Gitans est aussi d'intérêt.
Bonne écoute et danse!





Rare instrumental album from this Montreal-based frat rock quintet. Mixed with standard covers of the era (Wipe Out, Twist Her, Rebel Rouser ), you also find a few originals on their sole LP. Those two instrumentals were also comped on an extensive bootleg serie titled Original Early Canadian Rockers (on the Dutch Collector Records label ). Slow rock Reina may be too mellow for your taste, but the opening title, Elephant Rage, is definetly a keeper. They squeal, they rock! The fascinating story of EchoMen founder, Pierre Dubé, was the subject of an interview for the defunct Cosmic Debris magazine. The Echo Men was just the tip of the iceberg for this multi-talented musician. Leave a comment as you listen!



mercredi, mars 10, 2010









Artistes Variés - Bande Originale du film Finalement...
(1971; Spectrum SP 107)


On a souvent souligné le tournant identitaire des musiciens Québécois au début des années 70, les moeurs se libérant et notre personnalité artistique se stabilisant autour d'une modernité sans bornes faisant fie (ou exploitant, c'est selon) des tabous. Alors que plusieurs chanteurs s'émancipaient comme jamais sur disques, un phénomène similaire était observé au grand écran. Pour ne cibler que cet aspect, la tangente érotique de notre cinéma (aussi connue sous le sobriquet anglophone de maple syrup porn ) illustre bien les mutations de cette faste époque. Dès 1968, de nombreux longs métrages «osés» furent produits, le plus souvent accompagnés de bande originales audacieuses. Du lot, retenons des titres comme Valérie, l'Initiation, Après Ski, 7 fois par jour, Deux femmes en or, Viens mon amour, Les Chats Bottés, Y'a plus de trou à Percé, La pomme, la queue, les pépins et j'en passe.

À ce sujet, je ne saurais trop vous recommander les récents articles de mes amis des blogs Psyquébélique et Vente de Garage qui ont chacun publiés de somptueux billets retraçant la création des bandes originales des films Valérie et Après-Ski. On vous y offre des primeurs musicales, des informations privilégiées, de rares images et tout un survol de ces deux films. Deux lectures essentielles. Le cas Valérie a pris tout le monde par surprise en étant ensuite analysé dans La Presse, puis dimanche le 7 mars sur les ondes de RDI. L'intérêt est définitivement public. La bande sonore officieuse de Valérie fait événement et ce blog, en plus d'y avoir participé, cautionne et encourage de telles initiatives.


Bien que le ton diffère légèrement des productions érotico-pop comme L'Initiation (Denis Héroux, 1970) ou Après-Ski (Roger Cardinal, 1971), Finalement... en calque néanmoins quelques formules gagnantes, à commencer par le casting d'un couple d'acteurs déjà bien connu du public. Le film de Richard Martin raconte les tribulations d'un photographe Français égocentrique joué par Jacques Riberolles (L'Amour Humain) s'amourachant d'une serveuse de snack-bar (Chantal Renaud) en vue de la révéler au monde comme la nouvelle mannequin, la it-girl. Les deux acteurs s'étaient rencontrés et fait connaître l'année précédente sous les projecteurs du plateau de l'Initiation... avant de tomber amoureux. Des acteurs complices, voilà qui attisait déjà les cinéphiles... La distribution Franco-Québécoise incluait aussi Andrée Boucher (La corde au cou), Monique Mercure (Deux femmes en or; Viens mon amour), Jacques Desrosiers (Après-Ski), Jacques Normand (YUL 871) et Jacques Famery (Les Chats bottés; Parlez-nous d'amour).












Si le film eut un succès plutôt limité, sa sortie fut néanmoins accompagnée d'une bande originale afin de profiter de la vague maple-syrup. Contrairement à celles déjà publiées sur l'étiquette GAP, vous n'y retrouverez pas de longs instrumentaux soul ou funky adaptés au scénario et peu d'orchestrations complexes et déjantées. Pour son premier long métrage, le producteur Denis S. Pantis (Disques Mérite), flairant toujours une bonne affaire, eut plutôt l'idée de puiser au travers des meilleurs prospects de son écurie. En confiant l'orchestration à l'arrangeur chevronné Jerry De Villiers, Pantis opterait parallèlement pour des chanteurs qui avaient déjà la cote auprès du public et ceux qui n'attendaient qu'un coup de pouce de sa part pour gravir de nouveau les palmarès de la province. Il produirait le film et superviserait la bande originale en compagnie de George Lagios, futur producteur de Michel Pagliaro et Walter Rossi notamment. C'est aussi Lagios qui composera avec l'auteur-compositeur William Finkelberg (le hit Some sing some dance de Pagliaro l'année suivante, c'est lui) le thème du film, avant que la chanteuse Renée Martel n'en rédige les paroles. Cette dernière serait rejointe par d'autres protégés de Pantis, tels Bruce Huard (ex-Les Sultans), Michel Pagliaro et le chanteur folk Éric.

Denis S. Pantis (Disques Mérite)

L'ensemble des compositions reflète bien l'ambiance chaude et émancipée qui teintait déjà les productions de ce tournant de la décennie 60-70. De nouveaux soloistes comme Huard ou Pagliaro participent à cette émancipation, eux qui avait déjà quittés leurs groupes yéyés quelques années auparavant pour emprunter une tangente pop orchestrale plus.. sophistiquée. Des thèmes marginaux se démocratisent de plus en plus notamment sur l'envoutante composition de Éric, Marie Boucane. En un sens, Finalement se développe simultannément aux bandes sonores de l'étiquette GAP en animant des situations similaires, mais dégage de loin le plus de retenu. Une scène d'orgie, une dans un bar psychédélique et une autre plutôt enfumée ne réussiraitent pourtant pas à dévergonder cette production, somme toute, soft-pop. Rassurez-vous: ce n'est pas une perte, loin de là.

Des titres toujours inédits.

La plupart des titres ici réunis furent individuellement pressés entre 1969 et 1971 pour chaque artiste, sur de multiples étiquettes administrées par Pantis lui-même (Spectrum, DSP, Pax). Du lot, sept titres sur dix n'ont toujours pas été officiellement rééditiés depuis leur parution originale. Et on ne parle pas de petites pointures... Michel Pagliaro offre L'amour est là, sa reprise électrifiée de Step inside love, un titre que Paul McCartney avait offfert à Cilla Black en 1968. Le tube s'était aussi avéré être un hit mineur pour son interprète à la sortie de son second album éponyme (1970; Spectrum SP103), mais reflétait du même coup un côté légèrement fleur bleue qui serait judiceusement évacué quelques mois plus tard avec la sortie de J'entends frapper. Avant d'écrire son hit définitif, Pag ponderait un rock emblématique (quoiqu'il en dise) de la fierté nationale qui soulevait le Québec d'alors: J'ai marché pour une nation. Le vent tourne et Pag ouvrait la marche à coups de
guitares incisives sur fond de Hammond.





Ce qui surprendra les fans du rockeur, c'est l'inclusion d'un titre inédit à la bande originale: Arrête Lucie. Proposé à l'origine sur le blog de l'Ex-Exorbité, ce fougueux boogie ne semble pas avoir été publié ailleurs précédement. Absent de la discographie officielle du chanteur, cette chanson aurait même échappée aux biographes de Pagliaro qui l'omettent de leur liste, pourtant déjà exaustive. On comprend qu'il s'agit d'une commande spécifique au projet lorsqu'on sait que le personnage interprété par Chantal Renaud s'appelle... Lucie. Si l'air vous rappelait un autre titre de Pag, vous auriez raison. Arrête Lucie est une adaptation minimale de la chanson Arrête Annie, publiée en 1970 sur son second album éponyme. Une chouette curiosité, soulignée avec justesse par Martin de l'Ex-Exorbité. Restons dans les thèmes. Quelques mois auparavant, Pagliaro s'était associé à George Lagios pour composer un autre indicatif musical pour un obscure film à petit budget, L'Île (1970). Le Thème de l'Île impressionne par son dynamisme, son air de samba et l'orchestration touffue qui le vitamine. Composé par Pagliaro, la chanson a été doublement publiée en 1970: créditée au groupe "Le Studio" sur étiquette Citation puis à "Le Beau-Frère" sur la face B d'un simple de Pagliaro sur Pax. Le thème ne fait pas partie comme tel de la bande originale de Finalement, mais l'implication de ses musiciens dans celle-ci en fait une curiosité digne de mention et définitivement dans le ton... Vous possédez plus d'informations à propos du film (ou documentaire?) L'île de 1970? Écrivez-nous!



On confia le thème chanté de Finalement à Renée Martel. La chanteuse qui préparait alors son cinquième album (Mon roman d'amour, Spectrum SP108), opta aussi pour une reprise d'un titre de Barry Gibbs, ici rebaptisé Je suis la Terre. Un hymne pop doté d'un mélodie épique; le ton est léger, mais Martel demeure convaincante. Pour sa part, le thème de Finalement emprunte à nouveau quelques aspects de la bande originale de l'Initiation en tentant de répéter la formule de la ballade qui avait si bien fonctionné l'année précédente pour Diane Dufresne (Un jour il viendra mon amour) et le film. Bien que différentes, on ressent malgré tout dans ces deux ballades une même vocation: la ballade fleur bleue d'un long métrage à sensations, soulignant les leçons tirées de l'Amour... Compilé sur les nombreuses rééditions de Renée Martel chez les Disques Mérite, le thème offre des arrangements étoffés et aériens ainsi que de multiples progressions qui en font un petit bijou de chanson pop. Une somptueuse eccentricité à son catalogue!

Bruce Huard

Par de complexes arrangements et l'originalité des morceaux retenus, une singulière vibration soft-pop se dégage du lot. À la fois naive, ambitieuse et assumée. Les chansons de Bruce Huard en sont les meilleurs exemples. Vous m'avez bien lu. Comme le soleil, une composition originale, coupera le souffle aux amateurs de soft-psych et convainquera les puristes des intentions post-Sultans du chanteur. Avec ses cuivres scintillants rappelant le son du Bosstown, son refrain aussi explosif qu'accrocheur et son (trop) court break instrumental en conclusion, ce simple de juillet 1970 en imposait. Un second titre, Toi et moi, est cosigné Bruce Huard et Denis Forcier. Depuis la dissolution de son groupe, l'ancien guitariste des Sultans qui avait aussi biffurqué par le Coeur d'une génération avait développé une oreille pour des arrangements audacieux et des mélodies baroque-pop. Son influence déteint inévitablement sur Toi et moi , insufflant à des paroles plutôt mièvres un environnement sonore raffiné de cordes et de cuivres. Du bonbon. Ces deux titres furent aussi réinterprétés en anglais par Huard, mais jamais pressés à l'époque. Curieusement, ce sont ces versions qui, finalement, figurent sur ses grands succès L'amour, l'Amour, l'Amour (Mérite), Fly me to the sky (Toi et moi) & Just like the sun (Comme le soleil).

Eric (St-Pierre)

Depuis ses débuts au sein du groupe garage Les Gamins, Eric St-Pierre avait roulé sa bosse en solo afin de paufiner son approche plus folk-pop. Révélation Masculine au Gala Méritas de 1967, il enregistrerait deux albums pour Pantis et une série de simples indédits à ces derniers. Avec un meilleur second album et son simple Marie Boucane pour l'étiquette Pax, Eric jouait le tout pour le tout afin de prouver qu'il n'était pas si sage qu'on le prétendait. Je ne peux confirmer que ce titre fut utilisée pour une des scènes plus frivoles du film (je ne l'ai pas vu dans son entiereté), toutefois son propos est on ne peut plus clair. Cette ode à peine subtile à la mari utilisent plusieurs allusions et consonnances pour vanter les mérites du tabac d'orchestre. Ou était-ce à propos de sa nouvelle flamme? Tongue in cheek, diraient nos cousins du sud. Inhallez...

Je suis si bien quand Mari(e) s'en vient.
Quand Mari(e) est là, ça sent bon.

Mari(e), le souffle de vie que je sens en moi.

Une douce harmonie, un nuage de joie...



Jerry De Villiers

... et expirez. Habillant la cinématographie, Jerry De Villiers apporte une touche de modernité à l'ensemble en proposant deux instrumentaux captivants. Sa reprise orchestrée du succès planétaire de Marc Hamilton, Comme j'ai toujours envie d'aimer, acquiert un charme cabotin au son et effets électroniques du Moog. Ludique. L'ambiance se modifie et le rythme ralenti sur la reprise instrumentale du thème de Finalement, plus mélancolique et langoureuse que sa version chantée. Alors que la mélodie progresse, le compositeur complexifie son arrangement, accentuant même les cordes d'un effet de phasing. On aurait souhaité plus de mesures comme ces dernières... mais l'arrangeur est demeuré prudent sur cette bande originale.




Certains de ces hymnes pop orchestraux ont tous les ingrédients pour se loger au creux de l'oreille de l'audiophile averti. Les rocks se chargeront d'animer le reste de vos sens. Ils ont partiellement inspiré notre prochaine balladodiffusion, 1000 Soleils au dessus de nous, cette fois-ci entièrement dédiée à une niche bien précise du spectre musical, le soft-psych (ou psychédélisme léger). À suivre...

Finalement, affiche originale (Éléphant)

Entre temps, bonne écoute! Si vous avez vu le film Finalement... et souhaitiez partager des extraits ou votre critique personnelle,
écrivez-nous.


Téléchargez la Bande Originale / Download the original soundtrack:

Artistes Variés - Bande Originale du film Finalement (1971; Spectrum SP107)


jeudi, octobre 29, 2009

Raôul Duguay, 1969.

Panorama sur la musique Underground Québécoise -
Quelques Conclusions


Je ne suis pas particulièrement friand des listes, des Top 10. Depuis 1999, avouez que nous avons été inondés d'essais similaires dans la plupart des magazines musicaux, chacun tentant de définir voire réécrire l'évolution des courants artistiques du dernier siècle. Qu'on ne critique pas alors les récentes et effervescentes récupérations des genres par de jeunes talents, on nous a gavé à la nostalgie depuis une décennie! On les craint comme on les dévore ces listes; on apréhende ses conclusions en se préparant à les discréditer. Qui est au numéro 1? Ils ont osé omettre tel disque, impardonnable! Ils ont inclu un titre méconnu en espérant m'impressionner, navrant! On a tous eu ces moments. Comme si un mode d'expression aussi sensible devait se quantifier entre nos deux oreilles... Après tout, avec ces listes à la manière de ce premier panorama de l'underground, on sait d'avance qu'elles ne seront jamais définitives... enfin, tant qu'on n'y aura préalablement mis son propre grain de sel. ; )

Quelques mesures d'une performance d'Halloween 1969 (Manifeste de l'Infonie ).

En guise de conclusion notre exercice, j'ai longuement considéré d'analyser le premier disque de L'infonie, Volume 3 (aka André Perry présente... ; Polydor 542.507; 1969). Qui ne serait pas d'accord avec cet ajout? Bon, je vous l'accorde, le groupe a eu dès le départ sa franche part médiatique. Dès leurs premières performances à Terre des Homme en 1967, ils avaient déjà tout l'attirail pour vous faire freaker et vous enchanter. Pour un groupe d'une trentetroizaine d'artistes multidisciplinaires, leur démarche orchestrale était résolument contemporaine, leurs costumes saillants, leurs cheveux longs et leur ivresse poétique des plus contagieuses.



Raôul Duguay (chant, trompette) résuma efficacement leurs aspirations:
créer un monde parallèle à celui de la culture commerciale (...) plonger dans l'universalité des formes d'expression, les fusionner et les revitaliser dans un happening de folie créatrice. Et comme toutt est dans toutt, on sent que c'est sous leur impulsion que l'underground put émerger, rejoindre et être absorbé par la culture populaire. Freak-out cacophonique, exotica débridée, poésie phonétique, groove électronique (J'ai perdu 15 cents dans le nez froid d'un ange bronzé ), touchants et cabotins passages orchestraux (sublime reprise de She's Leaving Home des Beatles), bossa nova «corrigée» (Desafinado ) ainsi qu'un improbable et incroyable tube (Viens danser le Ok Là, aussi un simple chez Polydor ): pour le fun, pour emmerder les straights et pour aller au bouttt de touttt.



Malgré ces preuves éloquentes de leur talent sur disque, c'est sur scène que l'expérience totale proposée par le groupe trouve sa manifestation la plus complète. Lorsque j'ai eu la chance d'assister à la performance de Walter Boudreault, Raôul Duguay, Guy Thouin (aussi un ex-Quatuor de Jazz Libre) et compagnie en février dernier, j'ai vite compris ce qui catalysait les performances de l'Infonie: la synergie qui habitait autant les performeurs que leur public, le plus souvent impliqué activement dans la performance comme telle, était au boutt du boutt. Sans vouloir mystifier l'affaire, je n'avais jamais ressentie une telle vibration. C'était crissement palpable! Devant le charisme des Infonistes, on a inévitablement envie de participer à la folie collective qu'ils plebiscitent, tout souriant. La prose phonétique et jovialiste de Duguay aide à transcender la poésie, même chez les esprits les plus rangés. On a envie de se faire aller le gorgotton comme lui. Entre rigueur et improvisations, une forte impression de bonheur découle de ce happening sonore imprévisible. Pourtant sceptique, votre auteur avait même perçu une dimension thérapeutique suite à leur performance de Volume 33. Hypocondriaques face à la nuée pandémique, prenez-note! Confortablement niché, L'Infonie rallie et secoue encore aujourd'hui les puristes des genres, de l'amateur de musique concrète au rockeur moribond.





Afin de parfaire vos connaissances Infôniqaques, je vous invite à lire l'excellente bio que propose le site Québec Info Musique ou à retracer le manifeste du groupe, aujourd'hui retitré Le boutt de toutt (toujours disponible). Notez aussi que le label Mucho Gusto a pris grands soin de rééditer Volume 3 & Volume 333 avec quelques titres inédits. Indispensables.

Un album essentiel... mais on ne pouvait s'arrêter à ce seul titre pour conclure notre exercice. Ainsi, au gré de nos écoutes répétées, plusieurs artistes furent inévitablement écartés de ce premier panorama. Cerner 10 albums sur une quarantaine d'années de productions underground, vous en conviendrez, n'était déjà pas chose facile; nous avons du prioriser certains titres. Il n'est pas exclu qu'ils soient ultérieurement analysés sur ce blog. Parmi les albums les plus pertinents, retenons:


Ouba, Reels Psychadéliques I & II (1968): Ces jams de la série Freak-Out Total initiée par Tony Roman méritaient d'être considérés. Audiblement le résultat de séances tardives et enfumées, ces rares productions étaient inévitablement vouées à être sans lendemain. Roman n'allouerait que très peu de promotion pour ces séances avant-gardistes, mais force est d'admettre qu'elles sont intrinsèques à la personnalité du jeune réalisateur, tiraillé entre la pop commerciale et la quête d'un son moderne pour un Québec en ébulition. Toutefois, après une écoute difficile et parfois lassante, l'auditeur averti concluera comme nous que leur impact demeure négligeable. Un collectionneur complétiste pourrait devenir un mélomane légèrement déçu... Mais, même si j'en saisi toute l'ironie, qu'est-ce que je les recherche ceux-là! Ajoutez à cela les plus fignolés Maledictus Sound / Expérience 9 et vous gagnez le gros lot! C'est d'même avec Tony...

Boule de Son - Just'en passant (1975): Production minimale, diffusion quasi inexistante pour ce charmant groupe de folk rural aux légers accents rock. Le genre de trésor qui ne quitterait pas le rang où il fut enregistré, produit et emballé dans une pochette générique. Seul leur batteur referait surface dans le non-moins méconnu groupe progressif Opus 5. Une belle rareté (l'album vous coutera 300$ et plus) définitivement dans les cordes de votre auteur, mais rien de vraiment fracassant. Faites-vous une idée de l'album ici.

Aut'Chose - Prends une chance avec moé; Une nuit comme une autre; Le cauchemard américain (1974-1976): Un flot déferlant de riff hardrock et la personnalité scénique hyperbolée de Lucien Francoeur imagent déjà à eux seuls l'essence du rock Québécois. Offenbach avait déjà sa niche que Aut'Chose arrivait avec plus de couilles, plus de poils, un claviériste débridé et une prose morrisonesque électrifiée. Leur retentissement fut immédiat, mais leur aura s'est progressivement obscurci après 1977, obnubilé par les extravagences discutables de Francoeur et par et une réédition de leur catalogue complet qui se fait toujours, et toujours attendre... Pas underground, mais trop peu souvent cités!



Les Sinners - Vox Populi (1968): Je considérais cet album comme underground dans la courte et florissante carrière d'un groupe prêt à se métamorphoser partiellement en Révolution Française. L'arrivée d'Arthur Cossette coincidait avec le groupe qui affichait une approche parmi les plus cutting-edge à l'époque, proche des Who sur Sell Out. Étrangement, l'album semble être perçu comme trop moderne, déglingué et touffu pour la jeunesse; elle court toujours les happenings du groupe, mais les ventes de Vox Populi déçoivent. Une version anglophone fut développée pour en améliorer la diffusion au sud du pays, mais suite au départ de François Guy, elle accumulerait la poussière jusqu'en... 1992. Malgré la participation en chansons et celle de deux membres au film de l'ONF Kid Sentiment en 1967, aucun simple ne réussit à se démarquer. Une véritable perte, cette production moderne de Pierre Nolès avait tant à offrir. Je vous l'accorde, le groupe était archi-connu, mais cet album-là est passé dans le beurre il y a 41 ans...




Les Champignons - Première Capsule (1972): Un groupe prog-psychédélique qui ne vendrait son album autoproduit qu'à ses rares specacles... voilà bien un projet hippie qui s'annonçait underground dès le départ. On a bien droit à quelques moments lysergiques, mais dans le genre, je leur ai toujours préféré le groupe Sloche et comme on trempe déjà dans les moeurs progressives du Québec des années 70, ce n'est pas tout à fait underground. Rare, certainement, mais loin d'être essentiel.

Moonstone - Moonstone (1972): Un projet anglophone sur étiquette Kot'ai (Infonie), incluant Tony Roman à la console sur quelques titres. Leur acid-folk nordique se démarque de celui de la scène alors florissante au Québec, plus près de celui de ses compères US (Alzo, Jan & Lorraine) ou UK (Comus, Trader Horne). Ils jouaient loussement -peut-être trop pour certains- et semblaient posséder ce je-ne-sais-quoi dans leurs chants qui aurait dû leur permettre de percer, du moins sur la scène montréalaise. Serait-ce le simple écart linguistique ou la pauvre diffusion qui nous aurait fait jusqu'à ce jour négliger cet album?




Trop Féross - Résürrection (1986): Le groupe Satan Jokers (France) crachait déjà son métal hurlant en français depuis le début des années 80, mais ces Québécois se démarquaient par la présence vampirique de sa fascinante et blonde chanteuse. Pour l'analyse complète, je cèderai la place aux fins connaisseurs de métal qui voudront bien se prêter au jeu. J'ignore s'il existe une réédition, mais entre temps, faites-vous une idée de l'album en le téléchargeant sur le blog Cosmic Hearse. Heavy, très... et bon!

Brégent - Poussière des regrets (1972): Je suis persuadé qu'il devait y figurer, mais comme je ne l'ai jamais entendu, j'ai dû passer... Quelqu'un en a un exemplaire à me vendre ou à partager (mp3)? Écrivez-nous.



Franck Dervieux - Dimension M (1972): Tout comme pour The Medium (1968), cet album mérite d'être cité pour avoir initié les mouvances progressives du rock Québécois. N'étant pas un spécialiste du genre, j'ai parfois du mal à bien cerner les influences que Dervieux absorbe pour réaliser son chant du cygne. Toutefois, je ne peux que m'incliner devant ces ténébreux titres instrumentaux menés d'une main de maître par Dervieux (claviers) et le groupe Contraction. Avant-gardistes et hautement influents, ils montraient alors à tant de groupes naissants la voie à suivre. La mort précipitée de Dervieux quelques semaines après le lancement de l'album en scellerait justement le destin, mais la vague qu'il avait généré était déjà déferlante. Underground, oui et non.

Péloquin Sauvageau: - Laissez-nous vous embrasser là où vous avez mal (1972): Je vous l'ai écrit, je n'aime pas les Top 10, trop souvent réducteurs et prévisibles. Pour m'en démarquer, je vous avouerai avoir intentionnellement écarté quelques titres trop évidents. Péloquin-Sauvageau étaient du lot. Je suis vendu à cet album, Monsieur l'Indien me secoue toujours autant et demeure un classique hors-norme. Que voulez-vous, nous avions votre bonheur à coeur et cherchions à vous proposer quelques surprises...

Normand Gélinas -
Le chat de l'Arc-en-ciel (1971): Une révélation lysergique inspire à Gélinas un conte psychédélique à la structure des plus slaques. Un projet marginal comme on les aime. Denis Pantis prit sa jeune star en pitié et lui occtroya un pressage limité de 500 copies le temps qu'il le sorte de sa tête. Rapidement enregistré puis oublié, ce conte trouva néanmoins écho chez son auteur qui, encore aujourd'hui, rédige des histoires pour les tout-petits.


Comment? Pas de précurseurs du new wave, du funk, du punk, du métal ou du hip-hop?!! Dites-vous que c'est ici que vous intervenez: proposez-nous un album que vous jugez underground et qui mérite d'être publié en annexe à ce panorama. Je sais que vous en avez déjà un en tête alors n'hésitez pas à justifier votre choix en quelques phrases. Vous l'aurez probalement remarqué, nous n'avons pu survoler une période de la scène Québécoise parmi ses plus fastes, 1972-1981. Vous saurez où creuser...

J'en profite pour remercier chaudement mon ami Mathieu Arsenault du blog Doktorak Go! qui a su combler les décennies plus récentes. Ses textes témoignaient d'une singulière, intense et passionnante analyse musicale. Son blog propose une farandole de miscellanées hyper-recherchées et ô-combien d'actualité: à lire!