samedi, août 15, 2009


Panorama sur l'Underground Québécois en 10 albums

Tout au long du mois de septembre, Patrimoine PQ en collaboration avec Doctorak, Go! vous présenteront un survol de la musique underground québécoise en 10 albums, publiés simultanément sur ces deux blogs.


Oubliez ça, là, Beau Dommage pis Malajube pis Jean-Pierre Ferland, la musique la plus signifiante qui s'est faite au Québec se trouve dans l'underground. Pourquoi signifiante? Parce que nous sommes présentement dans un creux identitaire collectif. Nous ne savons plus qui nous sommes et pour cette raison la transmission de grandes oeuvres rassembleuses du canon culturel est devenue suspecte. Qui autour de vous se tappe encore spontanément une compile de Gilles Vigneault en dehors du temps de la Saint-Jean? Qui pense sincèrement que Coeur de pirate ou Pierre Lapointe traversera les époques? Même les Colocs... Je commence à trouver suspecte l'hagiographie sirupeuse de Dédé Fortin qu'on nous enfonce dans le fond de la gorge depuis quelques mois. Nous avons un besoin urgent en musique de prendre une distance critique, et il semble qu'on peut le faire en plongeant dans un ensemble d'oeuvres musicales dont la seule existence permettrait de prendre du recul par rapport à ce grand récit identitaire québécois qui ne fonctionne plus.


Pour nommer ce courant musical, nous avons choisi de reprendre l'appellation de « musique underground », et paradoxalement, nous sommes incapables d'en apporter une définition formelle, voir définitive.
Nous avons construit ce survol en 10 albums selon des critères intuitifs et, franchement, complètement subjectifs, mais le tout devrait néanmoins animer un débat passionnant. Il devait s'agir d'albums peu ou pas connus mais qui disaient quelque chose sur leur époque, sur la musique, sur la culture en général. On retrouve ces albums en marge des courants de leur époque, mais pas ailleurs cependant: ils les reprennent, les évoquent, les réorganisent ou les critiquent. Parce que la marge est un lieu d'expérimentation, de contact potentiel et de reconfiguration de tous les matériaux culturels disponibles, ils explorent les tensions et les paradoxes de leur époque. Ainsi, à titre d'exemple, Le Troisième Seuil de Agapè (1972) subit à la fois les influences du renouveau liturgique au Québec et de la musique psychédélique américaine; Kaméléon de Kaméléon (1982) cherche à penser les tensions identitaires internes à la révolution du post-humain en musique; Il est venu le temps des claques sa yeule de Khan Gourou (1999) essaie quant à lui de liquider dans un geste suicidaire une culture québécoise devenue stérile.


La musique underground n'est donc pas un genre, ni un courant, elle constitue plutôt un répertoire d'oeuvres négligées à leur époque pour toutes sortes de raisons mais dont nous avons besoin aujourd'hui pour cette même raison, car elles nous permettent de prendre du recul et de poser un regard critique sur les canons culturels majoritaires lorsque ceux-ci ne suffisent plus à nous comprendre nous-mêmes. Par sa situation résolument marginale, la musique underground constitue une sorte de simulacre paradoxal de notre époque, car en parlant de la leur, elles en disent infiniment plus sur la nôtre, rendant leur redécouverte plus importante que leur parution originale, et leur écoute aujourd'hui plus signifiante que le moment de leur enregistrement.


En sélectionnant ces albums-cultes selon nos préférences musicales, nous avons aussi choisi de miser sur le pop appeal d'un tel exercice; exit donc les disques jazz, électro-accoustiques ou d'orchestrations contemporaines qui, pourtant marginalisés dès leur création, se trouvent néanmoins inscrits dans des courants institutionnels qui leur donnent déjà une signification, déjà une histoire. Les prochains articles illustreront d'ailleurs les préférences musicales de chaque blogueurs (on remarquera la fascination de Sébastien de Patrimoine PQ pour la fin des années 60, et celle de Mathieu de Doctorak, Go! pour le pop électronique des années 80 et 90); joignez-vous au débat pour combler les failles ou les titres absents de cet exercice qui, je vous le rappelle, s'attaque à plus de 40 ans de musique underground.

Underground pour qui à part de ça? Ce qui décoiffera un auditeur hollandais ne choquera pas pour autant le mélomane québécois, et vice-versa. Comme pour le kitsch, à la limite du bon goût ou de l'erreur (horreur?) esthétique, ce qui est fascinant pour l'un peut paraître banal pour l'autre. Ce qui persiste par contre c'est le dépaysement, l'inconfort dans la difficile définition de ce qui s'offre à nos oreilles. Malgré des références culturelles évidentes, le disque underground décontenance en se positionnant autant à la croisée des styles qu'en marge de ceux-ci. Parfois, il choisira d'être résolument difficile d'écoute. Un artiste ne fait pas que de la musique pour plaire, vous savez... Pour une fois, faisons fi des étiquettes et revalorisons ces artistes mal aimés, méconnus, ignorés, mais pas oubliés.

Le premier album sera publié ce lundi 31 août.
Bonne écoute!


1 commentaire:

Doctorak, go! a dit...

Oooooh! Ça promet! ; )