samedi, juillet 25, 2009


Les Disques Majaro

La carrière du chanteur/musicien/producteur Tony Roman est parmi l'une des plus fastes et écclectiques de la scène Québécoise, toutes époques confondues. Ayant un flair particulier pour les tubes et reprises populaires, l'homme sera le catalyseur et le promoteur de plusieurs carrières à succès, découvrant au passsage Nanette Workman, Johnny Farago, Nicole Martin et plusieurs autres. À l'image du producteur américain Kim Fowley, Roman avait ce don du showbusiness pour suivre les tendances culturelles internationales en les introduisant avec ou sans fracas sur les palmarès Québécois. L'important, c'était de produire la saveur du jour...

La Famille Canusa (1967?)

S'il rencontrait un certain succès avec des risques calculés pour les Baronets, Stéphane, Patrick Zabé ou le duo Christian & Gétro, il ne négligeait pas de s'associer parallèlement à des artistes plus enclins comme lui à repousser les limites mêmes de notre spectre sonore. À la manière du Dr Jekill, c'est alors que M. Hyde prenait les devants sur Tony... La nuit venue, vous pouviez l'entendre marteler du piano pour Le Cardan, électrifier des sessions pour les Hou-Lops ou La Révolution Française, participer à l'enregistrement des plus-qu'obscures Ouba et Reels Psychadéliques Vol. I-II (avec Pagliaro, Andy Shorter & Denis Lepage), s'associer au producteur Massiera pour enregistrer l'excellent Maledictus Sound (Expérience 9) et j'en passe... Les intentions de Roman étaient imprimées clairement sur ces rares longs-jeu; Freak-Out Total, stipulaient sans équivoque les pochettes de ces éclectiques projets.


Une idée n'attendait pas l'autre chez Roman et répertorier les nombreux projets auxquels il s'associait représente toujours un défi colossal pour les collectionneurs avertis. Pensez à toutes ces étiquettes de disques qu'il fonda entre 1965 et 1970: Canusa, Révolution, A1, R&B, Élite... Penchons-nous aujourd'hui sur une autre, décidément moins connue: les Disques Majaro.







Il pourrait en exister plus, mais pour l'instant tout porte à croire que ce label n'a eu le temps de publier que trois simples; trop peu pour clairement annoncer ses couleurs. Le groupe anglophile Purpose comptait parmi ses rangs Mario Lucchesi (percussions), Vito di Lorio (guitare), Alex Pasut (basse), Gilles Paradis (Hammond B3) & Jean-Claude Béliveau (chant). Leur simple fut enregistré précisément le 7 mai 1971 au studio de Tony Roman (3215 rue Ste-Catherine Est). Ce simple tout comme les autres fut pressé en mono, un fait plutôt rare pour les années 70. Comme dans le cas des enregistrements domestiques (ou pressages privés), Roman était-il conscient du faible potentiel de diffusion de ces oeuvres pour ne pas s'enquiquiner d'un mix stéréo? Possible, même si cela ne l'ait pas empêché d'investir dans la conception d'une affiche promotionnelle pour le groupe...



Les deux titres sont signés par Pasut, di Lorio & Luchezy [sic] et se rapprochent du son de groupes comme le 25e Régiment (période Ecology) ou bien Sex. Can't you see offre une solide performance blues rock qui ne manque pas de mordant: rythmique pesante et solo à forte dose de wha-wha. Béliveau demeure juste mais trop discret face à l'énergie déployée par ses comparses. Search of sound poursuit sur la même lancée, martelant le Hammond et accélérant le tempo pour suivre la cadence funky du bassiste.


Enregistré lors de la même session de mai 1971, l'unique simple de Francine Santerre bénéficie de l'accompagnement de Purpose. Le groupe parvient à insufler un certain dynamisme aux ballades pop-rock de la chanteuse, calquant sur la formule déjà exploitée à l'époque par Nanette ou Claire Lepage & Compagnie.



Je me suis arrêtée, comme son titre l'indique, ralenti sérieusement le tempo: un curieux choix en guise de face A. L'accompagnement Hammond/flûte et les doubles-pistes vocales ne réussissent malheureusement pas dynamiser cette ballade langoureuse. C'était comme si est décidément plus entraînante, même si la tonalité choisie révèle une chanteuse à la voix hautement perchée, beaucoup plus fine. La performance de Santerre est plus près de celle d'une chansonnière, électrifiée et pastorale à la fois.


À lire les matricules, l'auteur-compositeur Roger Magnan aurait signé le premier simple des disques Majaro. Ce chanteur parfois fantaisiste, à l'origine du "classique" quasi-grivois Le Père Noël c't'un Québécois, réaliserait plus tard certains des arrangements pour l'unique album pop disco de Gaston Couturier et co-signerait même toutes les paroles de l'unique disque du groupe progressif Pollen. On reconnait encore dans ce choix une illustration de la double-personnalité de Roman, misant simultannément sur des artistes plus accomplis, au son actuel et d'autres aux moeurs plus légères... Fonceur; tant qu'à faire un faux-pas, il préférait trébucher plutôt qu'hésiter, ce qui est tout à son avantage.

L'arrangeur français Xavier Monnerot-Dumaine assure la production de ce 45 tours aux accents jouals. La face A, La vie courante, est une ballade légèrement déprimante à propos des hauts et des bas du quotidien qui n'est pas sans rappeler le ton piteux que nous réservait récemment Modus Vivendi. Aux antipodes, c'est le folk rural de la face B, Hey Farmer, qui vous décrochera un sourire. Avec la dégaine nonchalente du Baron Phillippe, Magnan tanné des grands villes image son coin de paradis à la campagne.

J'mets mes culottes et pis mes rubber.
J'me gratte la poche, ça m'fait pas peur.



Merci à Lucien & Yvon Bonneville qui sont toujours en contact avec Jean-Claude Béliveau de Purpose (salutations!), qui m'ont mis la puce à l'oreille au sujet de cette étiquette et qui m'ont gentiment numérisé les simples de Purpose et de Francine Santerre. Si vous déteneniez plus d'informations au sujet des productions méconnues de Tony Roman, n'hésitez pas à nous contacter.

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During Quebec's turbulent sixties, Tony Roman acted as both a successful pop n' soul singer and a madcap producer. Between 1965 and 1970, he recorded more singers and bands you could imagine, putting out records on his multiple and diverse labels such as A1, Revolution, Canusa, R&B, Élite... He managed some more "serious" pop acts like Nanette Workman or Johnny Farago but also had a nick for pushing sound boundaries with fellow bands les Hou-Lops & La Revolution Française, even playing and producing some of the most obscure LPs out there, namely Ouba, Reels Psychadelics Vol. I-II and Maledictus Sounds (with JP Massierra).

Majaro was another one of his side-projects: a small label he ran at the beginning of the 70's, using his home-studio. Only 3 singles seem to have been recorded there, mostly in May 1971. The band Pupose offered two solid and original blues-rock numbers then backed the same day a somewhat shy pop singer, Therese Santerre. They try their best at uplifting her folk ballads; the B-side to her only 45 should please fans of Claire Lepage & Compagnie. Last, Roger Magnan (singer & arranger; co-writer of Pollen's only LP) seem to be the first 45 released on Majaro. While the A-side is downer folk-pop wich doesn't quite gel, the b-side depicting a typical day at the farm is funnier and catchier too.

Thanks to Yvon & Lucien Bonneville for the Purpose & Santerre mp3's. If you'd like to share any infos about Tony Roman's obscure projects, leave a comment or write us about it.

lundi, juin 22, 2009








La Minorité -
Vive la liberté
(1966; Disques Monde 65002)

Les Disques Monde, cette étiquette qui fascine les collectionneurs avertis, avait décidément un penchant pour les talents excentriques, les outsiders... Plusieurs fois plebiscité sur Vente de Garage & Patrimoine PQ pour sa vingtaine de simples 45 tours, le label misait sur des artistes fétiches aux oreilles des amateurs de rock garage: Bob & les Damiks, Les Moribonds, Les Standells, Yvon Bonneville, le Baron Philippe et même Nono Deslauriers s'y distinguent par leur son primal et leurs interprétations débridées. On ne s'en lasse pas. On y publia aussi quelques rares albums; au gré de mes recherches, deux seuls furent répertoriés: Les Différents (65001) et La Minorité (65002). D'après messieurs Bonneville, un troisième long jeu existerait, une compilation plus précisément; si vous pouvez confirmer ou non cette supposition, écrivez-nous.

La fête de tous les Québécois, la
Saint-Jean-Baptiste, est à nos portes. En marge des célébrations plutôt rangées de Montréal (celles de Québec se distinguent), plusieurs événements alternatifs ont lieu en province. Le spectacle L'Autre Saint-Jean, qui se déroulera au parc Pellican de Montréal, aurait sûrement apprécié une meilleure publicité. Résumons: le groupe Lake of Stew et l'homme-orchestre rockabilly Bloodshot Bill furent invités à jouer, aux côtés de Malajube, Vincent Vallières et cie. Un promoteur se plaint que ces artistes ne chantaient qu'en anglais et, comme la Fête Nationale impose la langue française, la situation devenait délicate aux yeux des organisateurs. Exit donc Bloodshot et Lake of Stew. Un débat médiatique s'intensifia dans les jours suivants avant que la situation ne soit rapidement corrigée: les deux artistes pourront finalement chanter et ils le feront dans leur langue, l'anglais. Lisez toute l'histoire ici. Il demeure essentiel d'insister sur la prédominance de la langue française au Québec, ça va de soi, mais jamais au détriement d'autres Québécois de souche. La nationalité des Québécois anglophones méritait-elle d'être remise en question? Non. Ils sont pourtant établis en province depuis des siècles et , comme vous et moi, ils ont des droits. Les collets bleus (nos propres redneck) du Québec n'ont-ils rien appris, négligeant de s'unir aux autres minorités de leur propre province pour s'affirmer ultimement comme ce grand peuple dont rêvait Lévesque?

C'est aujourd'hui La Minorité qui nous offre une leçon d'humilité 101... si vous voyez ce que je veux dire. Référons-nous aux notes de Réjean Lizotte, au verso de la pochette.

La France à "Les Double Six", les États-Unis ont "The New Christy Minstrels", le Québec à maintenant "La Minorité". Ce groupe, sans guitare électrique, sans garçons aux cheveux longs, sans filles à gogo est ce qu'il y a de plus nouveau sur le marché Québécois de la chanson.Pleins d'enthousiasme, pleins de ferveur, ils sont 17 garçons et filles, parlant anglais et chantant en français. Ils chantent leur amour, leur mélancolie, leurs fanfaronades avec ardeur. Amoureux, ils le sont dans Mon pays de Gilles Vigneault. Mélancoliques, ils le sont dans La Manic de Georges Dor. Fanfarons, ilos le sont dans Le gtrand six pieds de Claude Gauthier. Ils chantent aussi plusieurs versions françaises de chansons folkloriques américaines.



Le nom du groupe vient de la langue maternelle des chanteurs: ils sont pour la plupart Anglo-Québécois Tous ont en commun leur étiquette Québécoise. Québécois, tous le sont, et de la plus "pure laine". Sept sont des filles: Cheryl Giffin, Barbara Smith, Margaret Delaney, Nancy Embregts, Diane Simard, Florence Levers & Mariette Legault. Sept sont des garçons: Jim Fraser, Andy Cohen, Don Grovestine, Gary Hicks, Bob Kirkwood, Bob White & Bruce Carter. Pour les diriger: Gary Ouellet, accompagné à la guitare et au piano de Penny Skelton et John Embregts. Ils vous offrent maintenant leur premier microsillon en langue française. Mais il faut une oreille bien fine pour remarquer le léger accent "ennemi". Quand vous l'aurez dix fois remis sur le tournedisque, vous n'y entendrez plus que du feu.

Ensemble, les Ouellet et les Fraser, les Simard et les Smith, les Cohen et les Delaney nous prouvent que c'est une bonne alliance, une qui va au-delà des langues. Qui sait, du jour de ce disque, être une minorité sera peut-être un statut qu'on recherchera.

Étonnant! Bon, je vous l'accorde, certaines tournures sont mal choisies (un léger accent ennemi) ou mal formulées ( joindre une minorité à la mode? ). Saluons essentiellement l'audace de ce groupe! Il se distingue déjà des autres artistes signés sur Disque Monde par son approche strictement folk et ses chants plutôt pesants. Sobres, ces interprétations teintent malgré tout d'une couleur singulière notre courtepointe fleurdelysée, tissée serrée.

CONCOURS :

Profitons de la Saint-Jean-Baptiste pour entretenir notre mémoire culturelle au diapason de notre devise: Je me souviens. J'offrirai un (1) exemplaire du plus récent essai de Réal La Rochelle, Le patrimoine sonore du Québec; La Phonothèque Québécoise , parmi ceux qui pourront identifier au moins une reprise (différente des trois nommées plus haut) interprétée par La Minorité et du même coup nommer l'original (titre ou artiste). Je recueillerai vos réponses et divulguerai un(e) gagnant(e) le 1 er juillet 2009. Acheminez votre réponse au kiosquealimonade@yahoo.ca ou laissez un commentaire à la suite de cet article.
Bonne chance!


Bonne Fête à tous les Québécoises & Québécois...sans exception!


The Disque Monde label output has collectors salivating over great under-rated garage numbers from such diverse acts as Yvon Bonneville, Les Moribonds, Bob & les Damiks, Le Spectre and many more (see links in the french version below). They also produced some scarce LPs like Les Différents (65001), La Minorité (65002) and another rumored compilation.

La Minorité (The Minority) is a bunch of (mainly) anglophones from Quebec, 17 musicians total: our own New Christy Minstrels if you like. So, instead of the usual garage-beat record, this label also covered the folk scene. This record has no long-haired musicians, no gogo girls nor electric guitars (as stated in the liner notes) but still offered something quite unique for the era: local english-speaking artists covering french-canadian folk standards (and other US favorites) and singing them in french! Totally in sync with this Saint-Jean Baptiste's (our national holyday) festivities where a couple of "blue necks" objected to the performance of english-speaking artists at a Montreal show and thus forgeting that they're still as Quebecois, no mater what language they speak... Happy Saint-Jean-Baptiste to all Quebecois, no exceptions!


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La Minorité - Vive la liberté (1966; Disque Monde 65002)

lundi, juin 15, 2009

The Medium - The Medium (1969; Gamma GS-503)








Enregistré à Montréal en 1969 et publié simultanément sur Gamma avec l'album de Anthony Green & Barry Stagg, l'unique album du groupe anglophone The Medium pourrait bien être cité comme l'un des premiers au Québec à s'être aventuré sur des mouvances progressives. Le medium, la matière; ce solide sobriquet semble tirer profit du populaire dixit que Marshall McLuhan pondait en 1964: The medium is the message. Il n'y aurait pas eu de mal à l'utiliser comme gimmick publicitaire: ce slogan aurait été tout à leur honneur. Le groupe était composé de Steve Blackwell (percussions), Robert Ellis (voix, harmonica), Pierre Latreille (guitare), Neil Mallot (basse) & James «Jim» Solkin (orgue, piano), qui signe tous les titres de l'album. C'est aussi ce talentueux claviériste qui à la même époque composait en majeure partie la trame sonore du film-culte de Claude Jutra, Wow. Cette bande originale (qui ne fut malheureusement pas publiée sous forme d'album) fera le bonheur des connaiseurs, proposant autant d'extraits de l'album que de titres inédits du groupe! Le film est un témoignage franc et habilement cabotin de la jeunesse Québécoise au tournant des années 60: un visionnement essentiel, gracieuseté de l'ONF. Voyez d'ailleurs une perfomance mimée des comédiens sur un titre inédit à37m00s. Serait-ce aussi le véritable chanteur de groupe? Je ne crois pas. Le générique du film le nomme Dave; son portrait n'apparait pas sur la pochette du disque, mais sa performance, même en lipsync, demeure plutôt convaincante.



Selon l'ouvrage de référence La Merveilleuse Époque... de Léo Roy, le batteur Luc Robert du groupe La 5e Dimension aurait été membre de Médium [sic] suite à la dissolution de son premier groupe. Idem pour le chanteur de Benjamin & les Incas, Laurent «Benjamin» Bégin. Auraient-ils été membres avant ou après l'enregistrement ou bien utilisèrent-ils des pseudonymes? Parlait-on d'un autre groupe nommé similairement Médium? Pour le moment, je ne peux rien vous confirmer, mais j'espère qu'une bouteille-à-la-mer lancée en direction de James Solkin me revienne. À suivre...

Revenons à la musique. Le quintette orbite autour des vibrations émanants du Hammond et d'une panoplie d'orgues combos, suivant la fougueuse cadence imposée par le doigté de Solkin. Pour l'époque, je ne peux avancer d'équivalents Québécois, encore moins francophones; la vague déferlante du rock progressif PQ ne débuterait après tout que plus tard, avec entre autres le VEBB ou l'album Dimension M de Franck Dervieux en 1972. Par ses atmosphères dramatiques révélants au passage des mélodies accrocheuses, quasi circassiennes, l'album se situe bien dans une mouvance jazzée empruntée alors par des artistes psychédéliques américains. Des groupes comme Phluph et Mandrake Memorial, appuyés par des organistes aussi éclatés que minutieux, n'hésitaient pas non plus à mettre les claviers à l'avant-scène pour mieux situer leur fusion du jazz au rock, ambiances baroques et lysergiques en prime. Esthétiquement, un parallèle pourrait être tracé avec l'obscure groupe Aggregation qui publiait en 1969 un album d'étranges chansons atmosphériques... quasi circassiennes, justement, où une récente série de spectacles en résidence à Disneyland inspira un croisement entre leur trame sonore pour le pavillon Tomorrowland et l'expérience lysergique. Quel trip! 

Les influences jazzées sont plus présentes chez The Medium, le chant étant relégué au second plan derrière les prouesses de l'organiste et les envolées en contrepoint de Latreille, aussi corrosives que méticuleuses. Le jeu de ce dernier insufle d'ailleurs une saveur westcoast à l'ensemble. Les breaks instrumentaux prolongés sont de rigueur, mais developpent des ambiances à la fois dramatiques et ludiques sans pour autant produire de longueurs.



Dans son livre, le collectif américain Acid Archive ventait l'inventivité du groupe et l'aspect non-linéaire des structures musicales, mais critiquait parallèlement les prouesses vocales de Ellis. S'il est vrai que le chanteur n'hésite pas à théatraliser sa performance par moments, son chant est loin d'être aussi faux qu'on lui reproche. Il y a certes quelques écarts sur In Between, mais ultimement son jeu rejoint le délire qu'impose la mélodie. 

New Thing, un titre à propos pour cette pièce instrumentale, annonce déjà en introduction de grandes choses: un habile batteur jazz, un jeu d'orgue pesant, une guitare solo incisive. Du plomb dans les dents! La mélancolique My lady lies forever apaise la cadence et révèle un Ellis juste assez lyrique. À mon avis, c'est cet aspect de son chant qu'il faut retenir; sans gonfler son interpétation jusqu'à en personifier le Roi Lézard, Ellis navigue avec une certaine retenue, conscient de ses limites vocales. Plus loin, le groupe adoptera une approche encore plus intimiste sur la fragile Two by two (voix, piano, maracas), où le chanteur, plus désinvolte, marque une courte pause avec le style plus éclaté qu'il offre sur le reste de l'album. Give me a peace démarre aussi en douceur avant d'évoluer en une suite baroque'n roll, carabinée et fuzzée à souhaits. On ressent toute l'énergie d'une performance enregistrée live. Alors que The mouse ou Melon semblent tergiverser sans vraiment développer de structures solides ou de mélodies mémorables, le groupe se resaisit pour I love everyone at last. La chanson s'élabore sur différents styles qu'auraient appréciés Roy Wood (The Move) ou Keith Ermerson (The Nice), passant d'une valse baroque à des élans plus fougueux et saccadés. Couplé avec My lady lies forever, ce titre avait du potentiel et aurait pu être publié en 45 tours, mais Gamma choisit de miser uniquement sur le LP; aucun simple, à ma connaissance, ne fut extrait du long jeu. In Between par ses mélodies inquiétantes et son interprétation cabotine intensifie l'effet circassien décrit précédemment. Faites entrer les saltimbanques! Stars conclue le tout sur une note plutôt joyeuse; une composition laborieuse et agitée, entrecoupée d'un air charmante au mélodica (ou est-ce un accordéon?) et ponctuée de chants en soubresauts. Cette chanson rappelera la performance mimée du film de Jutra. Wow, effectivement.

Par ses ambiances psyquédélique, ses structures atypiques et son jeu de clavier à la limite des démonstrations hypertrophiées qu'imposerait bientôt le rock progressif, l'unique legs du groupe The Medium pavait déjà la voie qu'emprunteraient bientôt nombre d'artistes Québécois. En constatant toute l'inventivité de ce quintette, il est plus que tentant d'imaginer une suite à ce long-jeu. Le groupe avait tant de potentiel; il aurait pu évoluer et s'imposer sans trop de peine dans la décennie suivante. Dommage que l'aventure n'ait été de si courte durée... Solkin réaliserait bien quelques années plus tard la trame sonore du documentaire animalier La volée des neiges (1976; ONF) et co-fonderait à la même époque le Café Santropol (Montréal), mais qu'est-il advenu depuis des autres membres talentueux de ce groupe? Messieurs du Medium, la parole est maintenant à vous... Merci à mon ami Gaétan B. qui m'a gentiment prêté cet album convoité. 

Produced in 1969 in Montreal, the sole album from The Medium (not to be confused with the UK band of the same name, of 'Edward never lies' fame) is a rare treat of early prog rock in Quebec, fusing jazz, rock with some pretty intense organ playing. The band was composed of Steve Blackwell (percussions), Robert Ellis (vocals, harmonica), Pierre Latreille (guitar), Neil Mallot (bass) & James "Jim" Solkin (organ, piano), who composed all titles on their eponymous LP. According to Leo Roys' reference book La Merveilleuse Époque... , the drummer from Quebec's psychedelic combo La 5e Dimension joined The Medium after his own band collapsed in 1968. Same thing for Laurent "Bejamin" Bégin of the obscure garage band Benjamin & Les Incas. Did they joined before or after the LP was recorded? Were they using pseudonyms? I've contacted M. Solkin, let's hope he answers back and rectifies some of these mysteries.

Solkin produced at the same time the original score for Claude Jutra's cult-movie Wow, about Quebec's young generation at the turn of the sixties. A fascinating and essential viewing. You'll also hear many new and unreleased tracks performed by The Medium as well as a mimic performance by the comedians at 37m00s. Read an article for their sole LP in the Acid Archive. While I find it accurate on many aspects of this LP, I thought like many, that the bad review for Ellis's vocals were a bit tough. His voici isn't as strong as the other instruments involved here and the emphasis is mainly put on the organist; still he manages to pull some chops and dramatize to some degree his singing to match the intense play between complex organ melodies and guitar solos. A bit amateurish but devoted: give the guy some credit! The sound of the band is reminescent of those of Phluph, Aggregation or even Mandrake Memorial but with a disctinct flavor. Solkin's melodies mixes jazz, baroque and rock with a bold and fresh attitude: no oversized prog moments here but great and extanded solos nevertheless. Leave a comment as you download and, as english speaking fans, write me what you really think of this one. Thanks!
 

Téléchargez l'album complet / Download the complete album:
The Medium - The Medium (1969; Gamma GS-503)

jeudi, juin 04, 2009

Patrimoine PQ reçoit...

Misérablement Vôtre est un groupe de discussion où convergent collectionneurs et autres archéologues musicaux pour partager leur passion et connaissances des groupes rock, garage, psychédéliques -alternatifs, quoi!- des années 60 au Québec. Sous l'oeil futé de Michel Alario (Les Macchabées), c'est l'endroit idéal pour rejoindre des férus de notre histoire musicale. Inscrivez-vous ici.

Ainsi, le récent congé qu'apportait la Journée des Patriotes semblait tout désigné pour réunir une trollée de blogueurs musicaux qui y contribuent, la crème des phonoblogueurs, et d'audiophiles en tous genres. Patrimoine PQ reçoit...




Saurez-vous tous les reconnaître? Merci à Otis (The Bran Flakes) & Mireille (À la Carte), Félix (Vente de Garage), Isabelle & Simon (Psyquébélique), la charmante Véronique, l'ami et collectionneur émérite Gaétan (Samsara; Rainfall) ainsi que Michel (Misérablement Vôtre) pour cette charmante soirée platine & becue.

lundi, mai 25, 2009

Pax Hominis : Nouvelles informations!

Sally Courtney de Pax Hominis, nous écrit. Elle confirme qu'elle chantait en duo avec Pierre Lamothe, épaulés sur disque par 4 musiciens qui n'ont toujours pas pu être identifiés. Reuben Reece, qui signe la musique du simple Martin Luther King, était aussi leur gérant. Ce simple, dont nous discutions dans un article de 2008, aurait d'ailleurs été traduit et acheminé (sans être enregistré) à la veuve de King. Celle-ci devait ultimement répondre par écrit au duo, lui témoignant sa joie de constater que les canadiens pouvaient soutenir le message de paix et de tolérance que clamait le défunt pasteur.

Depuis, un second courriel nous confirme que l'étiquette Astra (anc. Astro-Pop) était bien Montréalaise. Le simple Astra aurait d'ailleurs fait quelques vagues sur les trentièmes échelons des palmarès d'ici tout en faisant bonne figure entre Québec, Chicoutimi & Trois-Rivières. Lisez tous les détails plus bas, dans la version originale anglophone de ces correspondances.

Tiens, pendant qu'on revient sur ce 45 plutôt pacifiste, profitons-en pour souligner un anniversaire culturel, celui d'une prise de position légendaire ayant eu lieu à Montréal en 1969... Rappelez-vous.

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Robert Arcand - Fais l'amour et non la guerre / Rotation
(1969; Avril A4-113)


Le second simple de Robert Arcand pour l'étiquette Avril résonne à propos aujourd'hui, alors que les Montréalais célèbrent le 40e anniversaire du Bed-In de John Lennon & Yoko Ono tenu dans la suite 1742 de l'Hôtel Reine-Élizabeth. Véritable happening pour la paix aux dimensions internationales, c'est vers le lit du couple que convergeait à l'époque une horde de journalistes, chanteurs (Petula Clark, le Rabbin Abraham Feinberg) et gourous de tout acabit (Timothy Leary). Give Peace a chance, hymne par excellence pour la paix avant que Lennon pousse l'audace en signant l'indémodable Imagine en 1970, fut enregistré dans leur chambre pour rejoindre ensuite le monde entier... Arcand devait inévitablement en capter les vibrations.





La guitare de l'introduction annonce de grandes choses, mais elle s'efface quelque peu derrière le refrain, Fais l'amour et non la guerre, répété comme un mantra. Le tout introduit un chanteur en pleine confidence, émerveillé devant la figure d'un être envers qui la haine est impuissante, un messager de paix et d'amour à l'image de Jésus, Gandhi ou Martin Luther King. Arcand aurait-il trouvé son maître à penser en la personne de John Lennon? Si tel était le cas, il serait ironique que ce soit finalement sur l'air de Hey Jude (un titre de Paul) que s'articule son ode à la paix... La face B, Rotation, est d'un tout autre registre, définitivement smooth jazz avec des accents de bossa nova. Fan de library music, prenez note. Instrumentale, la mélodie séduit tout en contrastant avec la face A et plaira particulièrement aux fidèles lecteurs de Psyquébélique. Cet autre titre signé Yves Vincent pourrait n'avoir fait appel qu'aux musiciens de studio présents pour l'enregistrement, question de produire rapidement tout en profitant de la frénésie autour de l'événement généré par John & Yoko. Ce ne sont que des spéculations, mais si vous lisez ceci M. Arcand, faites nous signe, les doigts en V, qu'on en jase.




Sally Courtney, member of the duo Pax Hominis (wich we covered in a 2008 post) wrote back and helped shed some light on their recordings for the Astro-Pop / Astra label. She also provided the official band photo you see below and we thank her for these "new" facts!

(Courtney) It has been so many years. I have located some of my old friends but unfortunately non of the old group yet. We're trying to locate Pierre Lamothe (Willy) we used to say he was the nephew of Willy Lamothe for jokes. We had 4 back-up musicians.The group split end 70 due to personal reasons. When we started, Reuben Reece was our manager. Maurice Baril our teacher our producer our everything. Very talented man. He was at that time also training Julie Arel. The song Martin Luther King: after it was recorded, we had an english translation done (not recorded) and sent off to Mrs. Martin Luther King who had written back and was very happy that we canadians new and understood her husband. This letter was kept by our then manager. It is our original recording, done in Montreal. If my memory serves me correct in early 70'. I remember this record did very well outside of Montreal, Quebec City, Trois Rivieres, Chicoutimi, etc. but it never took off in Montreal charts (low 30's).

Since it's also the 40th anniversary of John & Yoko's Montreal Bed-In, I thought you might also enjoy a similar hymn for peace, courtesy of Robert Arcand. Mostly known for his great first single "Crac!", this second helping offers a more laid-back song about a newcomer, who cannot be destroyed by hate and who speaks of peace...and love. Fais l'amour et non la guerre (Make love not war) starts with great guitar work but shift to a mantra-like chorus repeating the title until a whispering Arcand begins to talk about a man he admires...without ever mentioning his name although you get the idea it's about Lennon. Oddly enough, the song moves foward a ripoff of the Hey Jude (Paul's song) chorus line. The B-side is another ball park: instrumental, soft jazz with some bossa nova moves. It was surely a fast move using only Yves Vincent's backing musicians for this title, released in a rush to capitalise on the Bed-In success. Leave a comment as you listen. Peace.

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mardi, mai 19, 2009


Que faisiez-vous samedi soir...le 28 janvier 1967 ?

Moi, je n'étais pas encore conçu... Je prends toutefois plaisir à lire les actualités d'antant, parcourir les vieilles éditions de journaux dans les marchés aux puces et laisser défiler les microfiches de la Grande Bibliothèque, les yeux grands ouverts. Qu'il s'agisse des années soixante comme d'aujourd'hui, la scène montréalaise demeure l'une des plus foisonnante au Québec; les spectacles sont nombreux, les styles innombraux et faute de salles adéquates, on improvise (de la Casa Espanola à la Sala Rossa). En 1967, l'effervescence yéyé & garage était à son zénith; on en pinçait pour les groupes et la frénésie qui s'en suivait sur la piste de danse! À lire le Photo-Vedettes de février 1967, c'est toute une sélection -et un choix des plus déchirants!- qui s'adressait aux fervants de rock garage les samedis soir. Au programme: Les Sultans, les Merseys, les Canceliers, les 409 (!), les Mykels, les Hou-Lops, les Bel-Air, Les Sinners, Les Loups (!!), Les Atomes, les Trixies, les Doomed (!!!), les Talmud XIII et les Impôt-Cibles. C'est déjà étourdissant, non? Retenez ceci: la plupart était engagée pour une double-représentation ou un set en continue de 4 heures! Toute une soirée...avec les Sinners. On mentionne aussi les Napoléons et Eric (sans les Gamins) dans un encadré signé Claude Charron; serait-ce le même qui chantait sur étiquette Carrousel ou peut-être le politicien-en-devenir? Qui peut nous le confirmer? Félix & Mélo de Vente de Garage se réjouieront du lancement du fan-club officiel de Pierre Perpall, annoncé dans cette édition. Il vous en coûtera 50 sous...

On parlait des Impôt-Cibles... Lisez ce rare topo où ils nous promettaient deux nouveaux simples bilingues ainsi qu'un album en français d'ici Noël 1967; seul leur second 45 tours de 1967 sur Plaza se concrétisera.


Et comme on en a jamais assez des Dabsters, voici un dernier article tiré de l'édition du 7 janvier du Photo-Vedettes. Ils se disent admirateurs de Myles Clarke & The Imaginations; je ne connais pas ce groupe rythm n' blues, quelqu'un aurait plus d'informations? Bonne lecture!



lundi, mai 18, 2009



Modus Vivendi - Des siècles et des siècles / Vie
(1969; VOLT VT-2502)


On me demande souvent si le «PQ» du titre de ce blog réfère au Parti Québécois (non!) et je me contente d'expliquer qu'il s'agit plutôt d'un adjectif de chez-nous, référant à la Province de Québec et utilisé la plupart du temps pour marquer le caratère distinctif de notre culture. Bien que j'évite le plus souvent possible les débats politiques qui ne font que nous déchirer, je préfère d'avantage miser sur les différentes facettes de notre identité culturelle. Ainsi, à l'occasion de la Journée des Patriotes (19 mai 2009), je vous propose un 45 tours témoin d'une époque où la création artistique était intrinsèquement liée à la question politique.

Prenez par exemple l'unique (?) simple de l'obscure groupuscule Modus Vivendi (autrement dit s'accomoder d'une situation ou trouver un compromis) publié sur étiquette Volt. Les cinéphiles avertis reconnaîtront déjà l'auteur des deux titres de ce simple, Yves Trudel. Ce chanteur devenu comédien joua dans plusieurs films du réalisateur Pierre Falardeau (Le Party, 15 février 1839). Vous le replacez? Non? Le sympathique et farfelu personnage de Méo dans la trilogie des Elvis Gratton, c'est lui! Serait-ce le même qui chanterait cet hymne folk n' glauque du Québécois persécuté? Attendons sa confirmation... Avouons que le discours qu'il entretient envers les patrons anglophones le positionnerait bien dans l'entourage d'un jeune Falardeau. Un ouvrier opprimé crache de tout son joual à la gueule des Big Bosses, allant jusqu'à les juger persona non grata au Québec. Extrême le mec. Ce qui étonne, c'est le discours qui se construit sur un ton plutôt pastoral, avec l'orgue, quelques cordes et un accompagnement vocal à-la-Forestier. La laïcisation des moeurs n'était pas terminée qu'il fallait déjà passer à un autre combat. Sans être un clone de Charlebois, ce protest-folk ne manque pourtant pas de venin. La propos est franc, mais la prose moins inspirante...

Des fois, j't'en crisse contre tout'
Pour te dire mon Anglais: sac' ton camp ou parle français.

Parce qu'icitte moé chu chez-nous.

Tu viendras pas me mettre dewors [sic]

Je sais que pour ça, on va m'enfermer.

Je sais que pour ça, on va me mettre à l'ombre.

De vous les Grands Boss, pis Monsieur l'Foreman

Qui me dit que la richesse, c'est péché.

Pour des siècles, et des siècles... Amen.


Loin de souscrire à une telle vision xénophobe, je ne peux m'empêcher de tracer un parallèle avec le triste défilé qui accompagne cette journée. Rassurez-vous, je ne dis pas que les Patriotes sont xénophobes et respecte la plupart de leur idéaux, mais comme chez Trudel, je trouve que le ton de leurs discours sonne déphasé, vieux-jeu. Contemporisez-vous, qu'ils disaient...

La face B, Vie, est éthérée et manque sérieusement de tonus; on est loin de témoigner de la même épiphanie que Trudel. La qualité de la numérisation laisse à désirer, mais dans ce cas, ce qui importe, c'est essentiellement de l'écouter lors de votre... journée de congé. Bonne Journée des Patriotes!




samedi, mai 16, 2009






The Melody Makers - The Melody Makers

(1963; Plaza PL-3301)


Le parcours de ce jeune trio montréalais est tout à fait fascinant. Dès 1958, le groupe prend forme autour des frères Roberto et Danny Orsini (guitares & voix) et de Robert Perron (batterie); les trois sont respectivement âgés de 8, 9 et 12 ans! Malgré leur jeune âge, le groupe effectue ses débuts sur scène au Orsini Hall (propriété de leur oncle) et au Lion's Club avant de capter l'attention du promoteur Ed Supple. Il les inscrira au programme de son éclectique Revue Métropolitaine à la fin des années 50 où ils se tailleront une place parmi des danseurs, magiciens, contorsionistes et autres ventriloques. Le groupe effectuera ainsi une tournée effreinée des salles de danse, réunions de Chevaliers de Colomb, cliniques de dons sanguins au profit de la Croix Rouge, clubs de vétérans, hôpitaux (certains psychiatriques) et prisons de la région montréalaise.

Après leur première télédiffusion à Sherbrooke (Paul Lemire Show; CHLT), ils furent invités à se produire aux États-Unis. Les Melody Makers se produisirent à Burlington (Vermont) au Mike Stevens Show (WCAX), à Plattsburg (New York) au Lazy L Ranch (WPTL) et finalement au parc thématique western Frontier Town de North Hudson (New York). Ils auraient ainsi cumulés près de 400 spectacles à leurs 5 premières années! Incroyable! Leur tenacité serait ultimement récompensée en 1963 alors que le producteur Tony Choma les remarquerait. Il dépistait déjà de nouveaux talents afin de lancer son propre label, Plaza, et c'est à ces jeunes gens qu'il confierait sur le champs, le rôle d'ouvrir le bal. Choma semblait convaincu, non? Vous le serez aussi. Si vous possédez une copie du disque, les chances sont qu'ils fut acheté à l'un de leurs spectacles; bien que 5000 copies furent vendues en tout, l'album demeure aujourd'hui difficile à retracer.




Sans être un album live proprement dit, le jeu frénétique des musiciens jumelé de l'absence d'un bassiste couplé d'une production franchement minimale laisse place à plusieurs petits écarts ça et là, mais il en faudrait plus pour ralentir les Melody Makers. Tous les éléments d'un spectacle du groupe sont réunis. Le ruban tourne et on canne les titres en vitesse, sans regarder en arrière question de ne pas nuire à la spontanétié. Si vous recherchiez le son teenbeat, cru et sans réserve des meilleurs planchers de danse en 63, vous ne pouviez trouver mieux! Les studios Stereo Sound (sur Côte-de-Liesse) ont toutefois produit des albums au son plus riche, mais audiblement ce qui importe ici, c'est l'énergie débridée du trio pendant leur unique séance d'enregistrement de 8 heures. Des 10 titres enregistrés, 4 sont des compositions originales des frères Orsini; du lot, seuls deux titres sont chantés (Five Foot Two & Mama's Twist). Aucun 45 tours ne fut extrait du microsillon - étonnant! Le répertoire du groupe s'oriente vers les boogies instrumentaux pimentés de rockabilly comme en témoignent la reprise saccadée des Ventures (Walk, Don't Run) et les versions slow rock de hits calypso tels Yellow Bird de Norman Luboff ou My Shawl de Cugat. De ces titres instrumentaux, on retiendra surtout les compositions originales du groupe comme l'approximative Leo's Twist, titrée en l'honneur d'un ex-prisonnier enthousiaste qui avait assisté au spectacle du groupe alors qu'il séjournait au centre correctionnel Saint-Vincent-de-Paul. Hell Boogie démarre en douceur avant de sérieusement accentuer la cadence vers 0m50s. Tassez-vous d'là! Après une face A entièrement dédiée à des instrumentaux disons «de rigueur» pour un tel groupe, Hell Boogie (quel titre!) introduit un segment plus déglingué en face B. Ça déménage!

Les deux titres chantés se distinguent du reste de l'album. Les voix prébubères des frères Orsini sont perchées hautes, très hautes, et leur rendu en lpeine poussée hormonale ne montre aucun signe de ralentissement alors que chaque musicien fait de son mieux pour ratrapper le reste du groupe. Bien qu'elle sonne tout à fait contemporaine sur cet album, l'indémodable chanson Five Foot Two avait déjà été un hit pour de nombreux artistes depuis que Ray Henderson l'avait composé en...1925! Souvent interpété au yukulele, ce titre nouvellement énergisé casse la barraque après un lente introduction. Vous vous surprendrez à siffler l'air des jours durant... Mama's Twist pousse plus loin l'audace. Tassez les meubles avant d'entamer cette pièce qui n'a rien d'un twist, le fruit d'un jam improvisé! Un véritable concentré de tout ce qui charme chez ce groupe: le jeu est lousse et frénétique, les paroles sont minces mais ô-combien rock n' roll (les woo-hoos chahutés par Perron n'ont rien à envier au hit des 5-6-7-8), les aiguilles sont dans le rouge!


Malgré le départ de Robert Perron en 1964 et une succession de remplaçants (Lou Peddy, Bobby Martino), Les Melody Makers continuèrent leur série de spectacles jusqu'en 1967, misant progressivement sur des performances dans des nightclubs jazz de la métropole, sans néliger un gig dans un mariage ou une allée de bowling au passage. Alex Taylor publia il y a quelques temps un article témoignant de sa rencontre avec Danny et Roberto Orsini; cette critique se réfère d'ailleurs à de nombreux passages issus de cette rencontre privilégiée et je tiens à souligner l'excellente recherche de Alex. Lisez son article ici. Je tiens aussi à remercier Mimi la Twisteuse du blog À la Carte qui avait présenté récemment d'inspirantes trouvailles teenbeat ou kiddie-rock. Laissez votre commentaire après écoute.





Téléchargez l'album complet / Download the complete LP:

The Melody Makers - The Melody Makers (1963; PLAZA PL-3301)

samedi, mai 02, 2009


Il était une fois...les Boîtes à Chansons

J'ai assisté le 16 avril dernier à l'une des rares représentations que donneront simultanément les chansonniers Claude Gauthier, Pierre Létourneau, Pierre Calvé & Jean-Guy Moreau. Robert Charlebois, lui-même souvent accusé d'avoir enterré l'époque des Boîtes à Chanson, eut l'idée de réunir ces quatre auteurs-compositeurs pour rendre hommage à la scène folk intimiste Québécoise au tournant des années 50. Il ne chanterait pas, mais superviserait la mise en scène du spectacle et confierait à ses fils la première partie (Jérôme Charlebois; timide, charmant et bref) et le buffet qui précédait la soirée (son autre fils est traîteur). À ce sujet, la formule souper-spectacle, bien que conforme à certains cabarets des années 60, révélait malgré tout la clientèle-cible de cette production; ma copine et moi étions parmi les rares spectateurs de moins de 60 ans. Qu'à cela ne tienne! Nous découvririons bientôt que nos chansonniers et leurs oeuvres vieillisent tous à merveille. 4 Grands Crus!


Sur scène, des artéfacts rappelaient l'ambiance à-la-va-comme-j'te-pousse des cabarets improvisés de la Boîte à Clémence jusqu'à la Butte à Mathieu, ceux-là mêmes qu'animaient les Bozos et les nombreux enfants illégitimes de Félix. Après quelques imitations de rigueur de Moreau, un Gauthier percutant d'émotion entrepris son tour de chant valsant entre les premiers titres écrits et de nouvelles compositions. Suivant: Calvé, solide et grave, qui sait rapidement s'imposer par le ton plus fidèle à l'époque concernée. Je dois confesser que des 4 performeurs, c'est celui que je connaissais le moins. Le reste du public, lui, n'avait pas oublié ses hits. Les gens semblaient d'ailleurs stoïcs et comblés à la fois lorsqu'il raconta la genèse d'un titre qui serait repris par Charlebois en 1973, Vivre en ce pays.



J'attendais particulièrement l'arrivée de Létourneau, ayant une préférence pour ses hits depuis mon enfance. Lui qui possédait un riche catalogue déjà dans les années 60, je me demandais s'il puiserait essentiellement dans ses premiers albums. Mais, non... Il en fit bien un en rappel de son premier spectacle en...1961. Toutefois, il choisit de bifurquer assez tôt sur ses chansons à succès (Maurice Richard, Tous les jours de la semaine). Je ne m'en plains pas (le CH était encore dans les séries, alors l'hymne au Rocket était indiqué) et bien que sa performance fut honnête et délicate, on s'écartait à mon avis de l'essence des Boîtes à Chansons. Ils y étaient pourtant tous nés sur scène, on ne ressentait pas nécessairement un retour aux sources... Après tout, rien ne spécifiait d'avance qu'on se concentrerait sur la première époque des Boîtes à Chansons. Ironiquement, c'est lors des tours de chants en groupe que le thème était plus respecté. On salua pourtant avec raison l'apport des chansonnières (Desrochers, Julien, Forestier, Leyrac) et le contexte socio-historique dans lequel naquit la scène folk Québécoise; les personnages habituels mais imités avec brio par Moreau, Drapeau et Angélil particulièrement, ponctuaient les hommages aux différents confrères (Ferland, Félix, Vignault, même Brassens). Ainsi, plutôt que d'offrir un portrait historiquement fidèle à l'époque qui l'inspirait, le spectacle misa sur la rencontre sans prétention, sincère et émouvante de quatre auteurs-compositeurs heureux de retrouver leur public. Encore une fois, la question se pose: devant des spectateurs qui murmuraient toutes les paroles des tubes qui s'enchaînaient devant eux pour cette rare occasion, qu'en est-il de la reconnaissance de l'industrie aux travers des timides rééditions officielles de leurs nombreux lègues? En l'occurence, les mélomanes n'ont pas encore oubliés l'âge d'or des chansonniers... Et moi qui pensait entendre Moreau entonner la Chanson des Bums (thème de Terre des Bums; 1967), j'aurai néanmois eu droit à une charmante et mémorable soirée.

Aux rockers maintenant d'avoir leur tour de chant! Je regarde dans ta direction François Guy... Que dirais-tu de célébrer sur scène les 40 ans de Vox Populi avec tes comparses des Sinners? C'est la saison morte pour Charles P. Linton; téléphonez-vous! ; )




We witnessed on April 16th a rare glimpse of Quebec's early 60's folk scene as Robert Charlebois put together a show in honnor of this golden era of our Chanson. Backed by 2 talented musicians, Claude Gauthier, Pierre Calvé, Pierre Létourneau and fellow folkster/humorist Jean-Guy Moreau offered solid solo perrformances as well as looser efforts as a group. Minus the cigarettes smoke and a real treat of period pieces, the show neverthelss went back in time to capture the essence of Les Boîtes à Chansons (our own Night Owl or Café Wha? styled improvised folk spots). The voices of Gauthier (70) and Létourneau (71) show no sign of aging, always charming and intense. Calvé was dramatic and spot on as he sang «Vivre en ce pays» (To live in this country), a song he wrote for Charlebois in 1973. Moreau kept it funny between sets and did a pretty good Georges Brassens. That show gave a real intimist look at this period, everybody kept shut when Gauthier sang or cheered when Létourneau sang his hit «Maurice Richard» (the Habs were still afterall in the NHL series). All in all, a great night... that could have focused a bit more on the early titles (1958-1966) of these incredible songwriters.

Convention des collectionneurs et disquaires

Samedi le 25 avril dernier avait lieu au sous-sol de l'église Saint-Stanislas (Montréal) la plus récente des conventions bi-annuelles organisées par DreamBeat. L'événement réunissait des centaines de collectionneurs se disputant joyeusement les meilleurs aubaines, les disques les plus rares et les dérivés culturels les plus farfelus (une bouteille du Cabernet-Sauvignon Kiss This, quelqu'un?). En compagnie de mon ami et collectionneur émérite Gaétan B., j'ai profité de cette occasion pour enclencher mon ménage du printemps et vendre ce qui débordait de ma discothèque. Nous tenons d'ailleurs à remercier les amis-blogueurs et tous ceux qui sont passés nous dire bonjour à notre humble tablée. À propos, j'ai rencontré un charmant couple (?) d'animateurs-radio de CISM que j'aimerais bien retracer; si vous lisez ceci, écrivez-moi et rappelez-moi le titre de votre programme! Je tiens à vous écouter!




Cette convention donna aussi lieu à une rare rencontre alors que Lucien & Yvon Bonneville, aussi collectionneurs de rock 'n roll Québécois, passaient par là. La journée avait déjà bien démarrée avec des trouvailles de gros calibre (je tiens à remercier chaleureusement Michel Alario, Marc Lambert et Satan Bélanger pour leurs sélections littéralement extraordinaires), mais cette visite était la cerise sur mon sundae. Merci les gars!





Here's a quick walk through the latest Dreambeat Records Convention held in Montreal, April the 25th 2009. Twice a year, hundreds of collectors, records sellers and freaks of nature head for the event, again held in Saint-Stanislas's church basement on Plateau Mont-Royal. After diggin' and findin' some incredible deals throughout the matinee, we also had the pleasure of meeting tons of friendly people, specially Lucien & Yvon Bonneville (of Monsieur Jean fame; pictured above). Thanks to everyone who stopped by for a sweet deal!