
Les Disques Majaro
S'il rencontrait un certain succès avec des risques calculés pour les Baronets, Stéphane, Patrick Zabé ou le duo Christian & Gétro, il ne négligeait pas de s'associer parallèlement à des artistes plus enclins comme lui à repousser les limites mêmes de notre spectre sonore. À la manière du Dr Jekill, c'est alors que M. Hyde prenait les devants sur Tony... La nuit venue, vous pouviez l'entendre marteler du piano pour Le Cardan, électrifier des sessions pour les Hou-Lops ou La Révolution Française, participer à l'enregistrement des plus-qu'obscures Ouba et Reels Psychadéliques Vol. I-II (avec Pagliaro, Andy Shorter & Denis Lepage), s'associer au producteur Massiera pour enregistrer l'excellent Maledictus Sound (Expérience 9) et j'en passe... Les intentions de Roman étaient imprimées clairement sur ces rares longs-jeu; Freak-Out Total, stipulaient sans équivoque les pochettes de ces éclectiques projets.

Une idée n'attendait pas l'autre chez Roman et répertorier les nombreux projets auxquels il s'associait représente toujours un défi colossal pour les collectionneurs avertis. Pensez à toutes ces étiquettes de disques qu'il fonda entre 1965 et 1970: Canusa, Révolution, A1, R&B, Élite... Penchons-nous aujourd'hui sur une autre, décidément moins connue: les Disques Majaro.
Il pourrait en exister plus, mais pour l'instant tout porte à croire que ce label n'a eu le temps de publier que trois simples; trop peu pour clairement annoncer ses couleurs. Le groupe anglophile Purpose comptait parmi ses rangs Mario Lucchesi (percussions), Vito di Lorio (guitare), Alex Pasut (basse), Gilles Paradis (Hammond B3) & Jean-Claude Béliveau (chant). Leur simple fut enregistré précisément le 7 mai 1971 au studio de Tony Roman (3215 rue Ste-Catherine Est). Ce simple tout comme les autres fut pressé en mono, un fait plutôt rare pour les années 70. Comme dans le cas des enregistrements domestiques (ou pressages privés), Roman était-il conscient du faible potentiel de diffusion de ces oeuvres pour ne pas s'enquiquiner d'un mix stéréo? Possible, même si cela ne l'ait pas empêché d'investir dans la conception d'une affiche promotionnelle pour le groupe...
Les deux titres sont signés par Pasut, di Lorio & Luchezy [sic] et se rapprochent du son de groupes comme le 25e Régiment (période Ecology) ou bien Sex. Can't you see offre une solide performance blues rock qui ne manque pas de mordant: rythmique pesante et solo à forte dose de wha-wha. Béliveau demeure juste mais trop discret face à l'énergie déployée par ses comparses. Search of sound poursuit sur la même lancée, martelant le Hammond et accélérant le tempo pour suivre la cadence funky du bassiste.
Enregistré lors de la même session de mai 1971, l'unique simple de Francine Santerre bénéficie de l'accompagnement de Purpose. Le groupe parvient à insufler un certain dynamisme aux ballades pop-rock de la chanteuse, calquant sur la formule déjà exploitée à l'époque par Nanette ou Claire Lepage & Compagnie.
Je me suis arrêtée, comme son titre l'indique, ralenti sérieusement le tempo: un curieux choix en guise de face A. L'accompagnement Hammond/flûte et les doubles-pistes vocales ne réussissent malheureusement pas dynamiser cette ballade langoureuse. C'était comme si est décidément plus entraînante, même si la tonalité choisie révèle une chanteuse à la voix hautement perchée, beaucoup plus fine. La performance de Santerre est plus près de celle d'une chansonnière, électrifiée et pastorale à la fois.

À lire les matricules, l'auteur-compositeur Roger Magnan aurait signé le premier simple des disques Majaro. Ce chanteur parfois fantaisiste, à l'origine du "classique" quasi-grivois Le Père Noël c't'un Québécois, réaliserait plus tard certains des arrangements pour l'unique album pop disco de Gaston Couturier et co-signerait même toutes les paroles de l'unique disque du groupe progressif Pollen. On reconnait encore dans ce choix une illustration de la double-personnalité de Roman, misant simultannément sur des artistes plus accomplis, au son actuel et d'autres aux moeurs plus légères... Fonceur; tant qu'à faire un faux-pas, il préférait trébucher plutôt qu'hésiter, ce qui est tout à son avantage.
L'arrangeur français Xavier Monnerot-Dumaine assure la production de ce 45 tours aux accents jouals. La face A, La vie courante, est une ballade légèrement déprimante à propos des hauts et des bas du quotidien qui n'est pas sans rappeler le ton piteux que nous réservait récemment Modus Vivendi. Aux antipodes, c'est le folk rural de la face B, Hey Farmer, qui vous décrochera un sourire. Avec la dégaine nonchalente du Baron Phillippe, Magnan tanné des grands villes image son coin de paradis à la campagne.
J'mets mes culottes et pis mes rubber.
J'me gratte la poche, ça m'fait pas peur.
Merci à Lucien & Yvon Bonneville qui sont toujours en contact avec Jean-Claude Béliveau de Purpose (salutations!), qui m'ont mis la puce à l'oreille au sujet de cette étiquette et qui m'ont gentiment numérisé les simples de Purpose et de Francine Santerre. Si vous déteneniez plus d'informations au sujet des productions méconnues de Tony Roman, n'hésitez pas à nous contacter.
Majaro was another one of his side-projects: a small label he ran at the beginning of the 70's, using his home-studio. Only 3 singles seem to have been recorded there, mostly in May 1971. The band Pupose offered two solid and original blues-rock numbers then backed the same day a somewhat shy pop singer, Therese Santerre. They try their best at uplifting her folk ballads; the B-side to her only 45 should please fans of Claire Lepage & Compagnie. Last, Roger Magnan (singer & arranger; co-writer of Pollen's only LP) seem to be the first 45 released on Majaro. While the A-side is downer folk-pop wich doesn't quite gel, the b-side depicting a typical day at the farm is funnier and catchier too.
Thanks to Yvon & Lucien Bonneville for the Purpose & Santerre mp3's. If you'd like to share any infos about Tony Roman's obscure projects, leave a comment or write us about it.














