lundi, mai 18, 2009



Modus Vivendi - Des siècles et des siècles / Vie
(1969; VOLT VT-2502)


On me demande souvent si le «PQ» du titre de ce blog réfère au Parti Québécois (non!) et je me contente d'expliquer qu'il s'agit plutôt d'un adjectif de chez-nous, référant à la Province de Québec et utilisé la plupart du temps pour marquer le caratère distinctif de notre culture. Bien que j'évite le plus souvent possible les débats politiques qui ne font que nous déchirer, je préfère d'avantage miser sur les différentes facettes de notre identité culturelle. Ainsi, à l'occasion de la Journée des Patriotes (19 mai 2009), je vous propose un 45 tours témoin d'une époque où la création artistique était intrinsèquement liée à la question politique.

Prenez par exemple l'unique (?) simple de l'obscure groupuscule Modus Vivendi (autrement dit s'accomoder d'une situation ou trouver un compromis) publié sur étiquette Volt. Les cinéphiles avertis reconnaîtront déjà l'auteur des deux titres de ce simple, Yves Trudel. Ce chanteur devenu comédien joua dans plusieurs films du réalisateur Pierre Falardeau (Le Party, 15 février 1839). Vous le replacez? Non? Le sympathique et farfelu personnage de Méo dans la trilogie des Elvis Gratton, c'est lui! Serait-ce le même qui chanterait cet hymne folk n' glauque du Québécois persécuté? Attendons sa confirmation... Avouons que le discours qu'il entretient envers les patrons anglophones le positionnerait bien dans l'entourage d'un jeune Falardeau. Un ouvrier opprimé crache de tout son joual à la gueule des Big Bosses, allant jusqu'à les juger persona non grata au Québec. Extrême le mec. Ce qui étonne, c'est le discours qui se construit sur un ton plutôt pastoral, avec l'orgue, quelques cordes et un accompagnement vocal à-la-Forestier. La laïcisation des moeurs n'était pas terminée qu'il fallait déjà passer à un autre combat. Sans être un clone de Charlebois, ce protest-folk ne manque pourtant pas de venin. La propos est franc, mais la prose moins inspirante...

Des fois, j't'en crisse contre tout'
Pour te dire mon Anglais: sac' ton camp ou parle français.

Parce qu'icitte moé chu chez-nous.

Tu viendras pas me mettre dewors [sic]

Je sais que pour ça, on va m'enfermer.

Je sais que pour ça, on va me mettre à l'ombre.

De vous les Grands Boss, pis Monsieur l'Foreman

Qui me dit que la richesse, c'est péché.

Pour des siècles, et des siècles... Amen.


Loin de souscrire à une telle vision xénophobe, je ne peux m'empêcher de tracer un parallèle avec le triste défilé qui accompagne cette journée. Rassurez-vous, je ne dis pas que les Patriotes sont xénophobes et respecte la plupart de leur idéaux, mais comme chez Trudel, je trouve que le ton de leurs discours sonne déphasé, vieux-jeu. Contemporisez-vous, qu'ils disaient...

La face B, Vie, est éthérée et manque sérieusement de tonus; on est loin de témoigner de la même épiphanie que Trudel. La qualité de la numérisation laisse à désirer, mais dans ce cas, ce qui importe, c'est essentiellement de l'écouter lors de votre... journée de congé. Bonne Journée des Patriotes!




3 commentaires:

tupi a dit...

Excellent article. Je vois que je ne suis pas le seul à avoir une relation ambiguë avec Pierre Falardeau : un mélange d'admiration et d'irritation. Cette chanson est bien à propos. Félicitations.

Gaétan a dit...

Oui, absolument d'accord, la vision "eux contre nous" finit par être lassante et s'applique probablement moins qu'à l'époque ou "Des siècles et des siècles" est sortie. une drôle de chanson. je me demande toujours à quel public c'était destiné. à ceux qui allaient élire le PQ j'imagine, quoique...

S.ébastien a dit...

Bonne question. Alex qualifiait le tout de "persecution folk"... ahaha