vendredi, avril 09, 2010



Finalement... - Nouveaux Extraits Vidéos


Grâce aux efforts d'un audiophile averti et dévoué - Merci Stéphane! - nous vous proposons aujourd'hui quelques-uns des meilleurs extraits du long métrage Finalement... (1971). Patrimoine PQ, c'est aussi un travail d'équipe et je tiens à remercier tous ceux qui contribuent à ce blog en partageant des extraits, de rares photos ou leurs anecdotes personnelles!

Jacques Normand et Jacques Desrosiers interprètent d'importants et farfelus distributeurs.


Je me régale en effet depuis quelques jours en réécoutant ce premier film du producteur Denis S. Pantis, mieux connu aujourd'hui pour ses réalisations sur disques depuis les années 60. Pas tant parce que le film est d'une qualité extraordinaire, mais plutôt parce qu'il recèle une foule de caméos cocasses, de rares performances live de Renée Martel ainsi que de Michel Pagliaro et son groupe et que la plupart des scènes sont tournées dans une optique musicale­. Le tout vient en quelques sortes combler les lacunes du scénario. Surfant la vague maple-syrup et s'inspirant aussi très certainement de Blow Up (1966) de Michelangelo Antonioni, le film illustre la rencontre improbable d'une serveuse de snack-bar à la mèche courte (Renaud) et d'un photographe de mode Français (Riberolles). L'intriguante et cabotine nouvelle venue dans son studio l'incitera bientôt à annuler tous ses contrats pour le magazine Nous les Femmes, de quitter sa copine/éditorialiste (la sulfureuse Monique Mercure) et de miser uniquement sur le potentiel caché de sa plus récente découverte qu'il surnomme affectueusement Finalement...

Monique Mercure

On comprend rapidement que Pantis devait avant tout rechercher un véhicule pour ses nombreux poulains sur étiquettes DSP, PAX et Trans Canada (Pag, Céline Lomez, Marc Hamilton, Eric, Renée Martel). Toutes les pièces de la bande sonore sont principalement utilisées pour de longues scènes sans dialogues. Elles meublent des ballades au zoo de Québec (sur le thème de Finalement par De Villiers), une séance photo au centre-ville de Montréal (Comme le soleil de Bruce Huard), une tranquille ballade en décapotable (Arrête Lucie de Pagliaro), la course des amoureux dans un champ (Thème de Finalement par Renée Martel) ou une journée à l'hypodrôme Blue Bonnet et au Parc Belmont (sur Toi et moi de Bruce Huard). Faute d'espace, la bande sonore sur disque omettait aussi plusieurs artistes complémentaires. Ainsi, la film propose au moins deux titres de Marc Hamilton, Viens (pour une scène de tendre sensualité) et J'ai fait le tour d'la Gaspésie, pour une dangereuse virée en dune buggy à travers les rues et trottoirs de Montréal. En plus d'une musique incidentielle et sporadique de Jerry De Villiers, on retrouve aussi au générique Bête comme ça, un excellent titre power-pop avec Moog que Céline Lomez publiait à la même époque. Vous entendrez aussi une autre chanson inédite à la B.O., émanant de la radio dans une scène au snack-bar vers 29m55s. N'étant pas familier avec cet air, je vous invite à identifier ledit morceau... lorsque nous choisirons de rendre disponible le film au complet sur ce blog.









Les deux scènes musicales les plus réussies et décidément captivantes mettent en scène les interprétations de Michel Pagliaro (J'ai marché pour une nation) et René Martel. Dans un cabaret aux allures de dongeon, (il s'agit de la discothèque Le Cercle) cette dernière mime avec intensité les paroles de sa plus récente reprise, Je suis la Terre (I am the World des Bee Gees). Sur une scène intimiste illuminée par un impressionnant dispositif coloré, la belle chanteuse est accompagnée de Pagliaro et son groupe: Denis Lepage à l'orgue, Andy Shorter à la batterie et un mystérieux bassiste (Serge Blouin?). Le personnage de Chantal Renaud semble avoir la tête ailleurs, mais cet auditeur demeure scotché à son écran. Qui saurait identifier ce cabaret montréalais où fut tournée cette scène?










L'époque le demande: il fallait bien un peu de nudité dans ce long métrage! Lorsque le personnage de Lucie se remémore sa vie avant d'être mannequin, elle fait brièvement référence à cette scène d'orgie enfummée où son fade copain d'alors avait tenté, sans succès, de la convaincre d'y participer. Débauche, bigamie, narcotiques! Le moment était bien choisi pour faire entendre la planante Marie Boucane du chanteur Éric. À l'arrivée de Lucie, un long plan séquence nous entraîne aux travers des participants, tous nus et affairés. À ce jour, je n'ai pu y confirmer qu'un seul caméo, mais mon petit doigt me dit qu'il y en a plus. En effet, le second personnage rencontré, celui qui à la vue de Lucie s'exclame «Ça doit être beau à poil, ça!», ne serait nul autre qu'Éric St-Pierre, coiffé d'une perruque! Wow! Je soliciterai de nouveau votre aide pour identifier les autres; j'ai l'impression que plusieurs pourraient être des musiciens ou des proches du producteur. Ce premier échangiste qui ajoute «Hmmm la belle blonde!» me dit tellement quelque chose...












L'une des scènes les plus cocasses survient au moment où Lucie se pomponne et visite de nouveau le photographe dans l'espoir d'être à la hauteur du métier de mannequin. Loin de plaire immédiatement, elle sait se faire entendre et n'hésitera pas à mordre l'assistant-photographe (Jacques Famery) et à s'attaquer à la véritable mannequin, aussi présente pour une séance. Une violente querelle (pour ne pas dire catfight) s'ensuit où Lucie griffe, giffle et domine son adversaire: 'R'viens icitte ma grande guidoune; j'ai pas fini avec toi, ma grande giraffe! Lucie remportera la bataille, bousillant la carrière de l'autre mannequin au passage et s'imposant aux yeux du photographe qui, du même coup, gagne son pari.







En plus de Denise Filliatrault qui apparaît brièvement comme maître d'hôte dans un chic restaurant, (probablement le sien, Época) le plus savoureux des caméos revient au producteur Denis S. Pantis. À la manière de Hitchcock, ce dernier participe à une courte scène où, au volant d'une rutillante décapotable (la même que conduit Riberolles dans une autre scène), il passe à un cheveu de frapper le personnage de Lucie, si amoureuse et lunatique qu'elle ne s'en rendra même pas compte. La réplique exaspérée de Pantis vaut son pesant d'or: Une autre vedette... Truculent!




Nous avions déjà abordé cette incroyable scène mettant en vedette Pag et son groupe devant une foule hip et conquise qui s'emporte sur le rock de J'ai marché pour une nation. Revenant sur l'identité de ce bassiste qui prête aussi sa voix aux choeurs, sa prestation est à tout casser. On sent la complicitié avec Pagliaro. Le mec est un feu roulant de notes et de groove. Avant de passer au solo final (à 2m35s de l'extrait), ce dernier profitera même d'un break pour mouiller ses doigts avant de repartir de plus belle. Je vous le dit: il est en feu!


Chantal Renaud interprète Lucie, une serveuse et aspirante mannequin.

Enregistré il y a plusieurs années au Canal D (du temps où D renvoyait à «Découvertes») et diffusé plus récemment sur Cinépop, le long métrage n'a jamais fait l'objet d'une quelconque réédition sur VHS ou DVD. Entre vous et moi, il y plusieurs films du tournant des années 60-70 qui mériteraient d'être de nouveau disponibles avant celui-ci; pensons notamment à Viens mon amour, l'Amour Humain, La Pomme, la queue, les pépins ou Y'a plus de trou à Percé... N'empêche, l'unique production cinématographique de Pantis offrait bien quelques rares témoignages habilement tournés de cette scène plus que foisonnante. Bonne écoute!



lundi, avril 05, 2010








Des gens comme vous et moi -
Des gens comme vous et moi

(1971; Escales Mono ES 37107)


Les pressages privés sont de précieux et parfois anondins témoignages sur vinyl qu'on abordera la plupart du temps de biais, avec une quelconque méfiance. Rarement de front. On s'y intéresse généralement après avoir écumé les noms les plus réputés d'un style, en y comblant les références les plus obscures, essentielles aux oreilles du complétiste. Leur singulière beauté peut aisément être ignorée à la première écoute, mais saura s'installer confortablement dans votre psyché par ses risques stylistiques, ses textes marginaux et ses expérimentations approximatives. Sous le sobriquet des pressages privés, j'ai tendance à regrouper autant les autoproductions indépendantes que celles publiées sur de microscopiques étiquettes de disques, où certaines n'existaient parfois que pour offrir du temps de studio bon marché à des artistes locaux désireux de presser quelques exemplaires d'un disque pour usage personnel. Du lot, retenons-en quelques-unes: les Disques de la Libération pour Au Cochon Borgne , DBR of Canada pour l'obscure duo Régent Desforges & Nicole Kelly , Eden pour le groupe Super 13 , Alopsthimod pour La St-Jean Baba, les éditions Boule de Son pour les différents projets de Sylvie Granger & Daniel Lepage et les autoproductions en 45 tours du Théâtre La Marjolaine. Rappelez-vous aussi de l'album par Les Lost & Les Finissants du Collège Saint-Viateur ou Concept que nous avions abordé il y quelques temps. La liste pourrait s'étirer, croyez-moi... Des enregistrements-maison, en suivant la même logique, je ne retiendrais alors que ceux réalisés dans une optique musicale ou, du moins, créatrice.























Des productions écclectiques peuvent y être découvertes: des manifestations politiques, des comédies musicales, des spectacles amateurs, des contes chantés, des hymnes religieuses marginales, etc. L'audiophile averti y recherchera principalement l'inusité et l'avant-gardisme avant de considérer le talent musical -le plus souvent, fluctuant- des interprètes. De beaux risques, donc... Pour la petite histoire, un des premiers pressages privés élaboré spécifiquement pour des fins de diffusion en serait un dans le registre «protest folk». À mon avis, l'unique album du chanteur René Pronto Laporte pourrait être cité comme précurseur de cette tendance. Ce chansonnier du Haut-Richelieu aurait enregistré et publié à ses frais son rarissime album Chante la paix vers 1966. Était-ce vraiment le premier? Sur 33 tours, peut-être, mais il dut bien exister de nombreux enregistrements de brousse gravés sur 78 tours auparavant. Chose certaine, Pronto ne serait pas le dernier... À ce sujet, comme la plupart des pressages privés de la province n'a toujours pas été répertoriée, j'en profite pour vous inviter à nous acheminer toutes informations et anecdotes à propos des albums mentionnés plus haut. Toute contribution sera la bienvenue et nous rendrons ces informations disponibles ultérieurement sur ce blog.



Des gens comme vous et moi s'inscrit dans cette même lignée. Pressé en quantités infimes, dans une pochette au graphisme timide mais non moins intriguant, le projet semble être le résultat d'un atelier-libre de la «commune artistique» du Groupe d'Animation Pastorale (GAP) de Cap-de-la-Madeleine. Le producteur André Dumont (Disques RM) signe ici plusieurs textes. Il avait déjà collaboré grandement à l'émergence d'une pop litturgique novatrice dès 1967, composant pour nombres d'interprètes notamment sur sa série Pour ce Monde (6 volumes) en plus de s'impliquer dans des essais plus marginaux comme Agapè et leur unique album, Le troisième seuil. Recrutant très tôt son ami René Dupéré, le duo signerait la majorité des titres originaux publiés sur les Disques RM entre 1967 et 1971. La plupart du temps au piano, Dupéré insufflait à des compositions folk simplistes de subtils arrangements aériens, n'hésitant pas à réaliser de véritables productions kitchen-sink rurales. André Dumont composerait aussi trois titres en compagnie de son frère, le guitariste Alain Dumont. Ce dernier s'était auparavant illustré au sein du groupe psychédélique La 5e Dimension qui, vers 1968, publiait son unique simple lysergique sur étiquette Jeunair. André Dumont y signait même l'adaptation d'un hit de Dylan (L'amour revient) en plus de les pistonner pour l'enregistrement de ce 45 tours aux Studios RM. Alors quand on insiste sur le fait que les gens des Disques RM étaient pas mal aventureux pour de pieux chansonniers, on a pas tort...

La 5e Dimension (Alain Dumont est à droite)
Photo tirée de La Merveilleuse Époque... de Léo Roy (Rétro Laser)




La rencontre de nombreuses influences et interprètes indiquerait que nous sommes face à la somme des collaborations de divers membres du GAP plutôt qu'à un groupe musical défini. Une compilation si vous voulez, ou plutôt... une bande son. Dans une entrevue que m'accordait le Père André Dumont en 2009, il mentionnait effectivement que cet album, comme la plupart des projets musicaux du GAP, était réalisé pour accompagner un conte en diaporama lors de rencontres dans les classes de pastorale de la région de Trois-Rivières. Intriguant... Malheureusement, je n'ai toujours pas pu retracer les projections originales, créées spécialement pour de tels projets; estimer que les archives des productions artistiques des Pères Oblats sont difficiles d'accès serait un euphémisme. Néanmoins, la possibilité de retrouver le récit imagé accompagnant l'album d'Agapè -si telle chose existe- a de quoi stimuler mes recherches. Chacun son Saint Graal...

Faut-il considérer Des gens comme vous et moi comme une oeuvre essentiellement religieuse? Pas nécessairement. Ni le culte, ses écrits ou ses personnages-clé ne sont cités comme tels. Il y a une certaine spiritualité qui émane des compositions, mais les thèmes abordés semblent plutôt référer à une quête individuelle au travers de valeurs universelles (la réalisation de soi, l'amour, l'ouverture au monde) qui ne néglige pas pour autant quelques élans de lucidité contestataire (la jeunesse face à la violence, la guerre, l'argent, etc.). On peut y déceler la preuve qu'à l'époque le discours religieux sortait définitivement des églises pour se vautrer dans une dimension plus personnelle et décidément moins régie par le dogme. Les deux versions du titre Le paradis des autres appuient cette mouvance:

Quand on vieillira, on aura bien, oui bien du temps.
Pour bien régler ces problèmes importants.

En atendant je veux perdre mon temps.
Faut vivre sa vie; on ne la vit qu'un temps.
Cesse d'envier le paradis des autres.
Et construit donc ton propre paradis...

Le disque regroupe les efforts de plusieurs musiciens et chanteurs affiliés aux productions pop litturgiques que moussaient les Disques RM à l'époque: André Dumont, Alain Dumont (guitare), René Dupéré (piano, arrangements), Lisette Vallée, Yvon Chartier, Léo Boudreau (auteur-compositeur sur la série Pour ce monde), Gisèle Brodeur et Jean Piché. Au sujet de l'implication ce dernier, j'ai contacté l'artiste d'avant-garde/musicologue/professeur à l'Université de Montréal du même nom, mais suis toujours en attente d'une confirmation de sa part. La réalisation de Marcel Gilbert, à l'image d'une bande-son, colore le récit d'entrefilets tantôt intimistes, parfois fougueusement rythmés ou strictement instrumentaux. Le rock léger de Autrefois, un des titres upbeat des frères Dumont, est interprété par Thérèse Lacroix, anciennement du groupe Les Nocturnes (de Cap-de-la-Madeleine; il y avait trois formations du même nom au Québec). Sans alourdir le texte de références bibliques, les paroles référaient néanmoins à une scène illustrant la vie d'un homme de Galilée... Les sous-titres de chaque chanson renvoient d'ailleurs aux scènes du diaporama qui accompagnait l'album à l'origine (voir le verso de la pochette). Les compositions de Jean Piché adoptent le style protest-folk avec vigueur; sa prose candide -pour ne pas dire «rentre-dedans» - le distingue de ses collègues sur étiquette Escales au même titre que le chansonnier Marc Lebel. Essentiellement élaborées autour de Piché et sa guitare martellée, on y aborde les méandre d'une quête intérieure dans un propos glauque et torturé (Les quatrains du temps) mais aussi l'altermondialisme sur la poignante et plus fignolée Équation Universelle. En plus d'être à l'origine du titre du projet (Des gens comme vous et moi), cet ardent folk contestataire avait le mérite de dénoncer brutalement les injustices des révolutions du tournant des années 60-70. Une fougue pas banale, trop peu souvent reprise à l'époque.

Lointaine Tchécoslovaquie

Tu pleures et tu cries les espoirs de ta liberté

De tes grands maîtres de Russie

Ont décidé que la liberté

C'est celle des tanks et des armées.

Y'a de ça déjà des années

J'achetais des petits Chinois à la poignée

Mais suivant le code de l'éthique

Seigneur Mao et tout sa clique

Se paient des avions pis des bombes atomiques


Le style plus folk-pop de André Dumont transpire ailleurs sur la chaleureuse
Je m'en allais, où il retrouve Léo Boudreau, son collègue des premiers jours chez RM. Son approche gagne du mordant au contact de son frère/guitariste. L'intriguante et langoureuse Au tournant, offre une longue introduction oscillant entre le flamenco et un surf accoustique qui aurait gagné à être électrifiée, mais c'est l'explosive Peu importe qui se chargera d'allumer la mèche. Amateurs de rock garage, prenez-note. Poutant enregistrée en 1971, cette composition a tout les atouts d'un frénétique simple de 1966, totalement dans le style de la côte ouest. On se croirait en première partie de Love! La prestation d'un batteur intrépide, d'Alain Dumont aisé à la guitare solo, de son frère André aux choeurs et de Yvon Chartier, droit et juste assez grave, font de ce titre frénétique une des curiosités les plus foudroyantes du lot. À moins de 2 minutes, y'a pas à dire, cette chanson va droit au but.

De son côté, Dupéré imagine des orchestrations toujours plus fignolées et, comme je les qualifiais plus tôt,
délicieusement brouillonnes. Il ose plus que tout autre en élaborant une suite inventive de mouvements qui à elle seule accapare la moitié des sélections de l'album et, stylistiquement, stabilise l'ecclectisme des autres compositions. La sublime Loin de toi ouvre le bal en accentuant le rythme de la même scène mise en chanson par Les Quatrains du temps. Le tout ne manque pas de piquer instantannément la curiosité, avec des mesures syncopées, une ronde ligne de basse, des cuivres glorieux et une interprète (Lisette Vallée) à la limite de l'exaltation. La mélodie, si singulière, peut devenir un véritable vers d'oreille après quelques écoutes. Il enchaîne avec trois variations du titre Le paradis des autres, dont une instrumentale rebaptisée Musical qui clôt la première face de l'album. Gravitant autour de la touche délicate et céleste de Dupéré au piano, ces interludes offrent au passage une mélodie éthérée parfaitement synchronisée avec la candeur de son propos. Plus loin, Où ça va fait évidemment allusion au Dieu chrétien, même si son interprète se garde de le nommer. On y résume la scène Le futur de l'homme , son salut si vous voulez, dans la foi et l'amour (sur Monde qui vient). Un second titre Musical poursuit sur une même ambiance, reprenant la sobre orchestration de piano et trompette pour revisiter avec vigueur le refrain de Où ça va. Une outro réussie.

À mi-chemin entre les atmosphères gothiques de l'album
Le Troisième Seuil du groupe Agapè et le ton candide du folk rock mordant de Marc Lebel et son disque Un de plus (aussi sur Escales), Des gens comme vous et moi poursuit la quête identitaire de la pop litturgique Québécoise au tournant d'une faste et complexe décennie marquée par les révolutions, les Droits Civils, la contre-culture et le décloisonnement des genres en général. En proposant un discours différent, libre de bondieuseries et mis en scène sur fond de folk engagé et autoproduit, le collectif sortait littéralement les évangiles des églises pour les actualiser, les rendre plus... vivants. Tout ça de la part d'une commune d'artistes spirituels et pour le moins séculaires. Louangeable! Merci au Père Dumont pour le prêt de sa copie personnelle de l'album et à l'ami Michel Alario pour le partage du simple de la 5e Dimension (sa face A, l'Évasion, sera proposée lors d'une prochaine balladodiffusion). Bonne écoute!



Téléchargez l'album complet / Download the complete LP :

Des gens comme vous et moi - Des gens comme vous et moi (1971; Escales ES MONO 37107)


dimanche, avril 04, 2010


Retour sur la compilation Résurrection!

Lorsque j'ai initié le projet Résurrection! il y a deux ans déjà, je caressais en secret l'idée de présenter la compilation à quelques labels Québécois n'ayant pas froid aux yeux, ni aux oreilles. Ces perles rares de la pop litturgique, par leur côté avant-gardiste et sans réserve, n'avaient jusque-là jamais fait l'objet d'une réédition officielle et ce seul aspect m'encourageait à plébisciter d'avantage le genre musical. Ce qui n'était au départ qu'une accumulation de curiosités folks dans ma discothèque personnelle, s'est depuis transformée en un genre d'intérêt, une riche tendance pop qui méritait d'être analysée de nouveau. Toute une conversion stylistique...

La compilation eut tôt fait de capter l'attention de Jean Garand, audiophile averti de l'étiquette montréalaise Mucho Gusto. Sous l'impulsion de ce dernier, la compilation fut présentée avec étonnement au reste des compileurs du label qui décidèrent de publier officiellement ces titres inédits. Un rêve de collectionneur allait se réaliser.
La Pâques, mes amis, ça vous génère de ces miracles...

Avril 2010. Nous sommes présentement à la dernière étape de la publication officielle de Résurrection! Seuls quelques détails légaux restent à clarifier et je m'avancerai -primeur!- en annonçant la publication de la compilation pour cette année. Nous aurions souhaité vous proposer le fruit de nos recherches pour Pâques, mais que voulez-vous, la réalité du domaine de la réédition, avec ces moults aléas administratifs, nous a rattrapé... Ce n'est plus qu'une question de semaines. Vous serez très bientôt informés du lancement via diverses plateformes (blog, page Facebook, site Web) alors que nous partagerons avec vous de nombreuses photos et extraits nouvellement masterisés.
Ça va rocker en Christ!

L'orgue du Sanctuaire du Cap-de-la-Madeleine. Entendu sur Le Troisième Seuil de Agapè.


J'ai tant appris dans les récents mois, en visitant de nombreux lieux historiques (le Sanctuaire de Cap-de-la-Madeleine, les défunts studios RM) et en interviewant tout ces artistes influents du rock chrétien Québécois. Je tiens d'ailleurs à remercier le Père André Dumont (
Disques RM), Bernard Tremblay (Les Alléluias, Les Nouveaux Alléluias), Roland Tremblay (Les Alléluias), Yvon Hubert, Gilles Boisvert, le Père Pierre Racet, Marc Lebel, René Dupéré, Steve Normandin, tous mes amis blogueurs et mes nouveaux collègues chez Mucho Gusto pour leur ouverture et leur générosité. Entre vous et moi, ma copine Véronique mérite aussi quelques applaudissements pour sa patience et son flair; elle a su m'appuyer dans de nombreuses démarches et visites impromptues chez le clergé, tout ça en cours de vacances...











Les Studios RM, aujourd'hui transformés en chapelle. La régie et la vocal booth sont devenus des placards.

Aujourd'hui, c'est Pâques. Pour vous aider à patienter jusqu'à sa publication officielle, le moment était plus qu'opportun pour vous proposer quelques titres écartés de la sélection originale de 2007 de Résurrection. Il fallait bien choisir... Vous aurez droit à une reprise (meilleure que l'original) de Jesus Christo tirée du second album de la chanteuse Catherine Blanche, un somptueux folk-rock gracieuseté des Soeurs Richard et leur troupe acadienne, une rarissime version anglophone de
Qui me délivrera de l'album Return to Joy de Yvon Hubert, la version du 45 tours de l'hymne au Frère André par le producteur-chanteur André Fontaine (ex-Les Disques Soleil), un funk salace de Virginia Vee (chanteuse américaine établie en France, album publié au Québec sur Select) et un Alléluia! de l'obscure duo Nicole Kelly & Régent Desforges. Bonne écoute! Une 'tite shot d'eau de Pâques, on est parti.

Quelqu'un peut-il nous éclairer à propos de cet obscure duo?
Nicole Kelly & Régent Desforges, J'ai quitté ma maison (197?)



lundi, mars 22, 2010

Patrimoine PQ présente sa troisième balladodiffusion:

Mille soleils au dessus de nous - Pop Orchestrale et Soft-Psychée Québécoise (1967-1976)


Une heure de pop orchestrale feutrée, de mélodies marginales aux parfums d'automne et aux arrangements sophistiqués. À mesure que le collectionneur averti écume les méandres de la musique psychédélique Québécoise, son oreille tend le plus souvent à développer un penchant pour les productions étoffés des chanteurs pop qui ont raté de justesse les palmarès. Et pour cause! Les croisements entre la sphère pop et le milieu underground abondent et ces glorieux oubliés que sont Valjean, Yanick, Les Maîtres ou Le Blanc & Lalancette méritent aujourd'hui qu'on leur offre une seconde chance. Une tangente musicale aussi subjective que le soft-psych (ou psychédélisme léger ) peut référer à bons nombres d'enregistrements. Intuitivement, nous avons privilégié des titres pour la plupart non compilés et des artistes s'y distinguant, malgré leur infortune. Réunis, ils prouvent qu'une pop mature et assumée résidait en dehors des consensus mercantiles. Sous les palmarès, la plage.

Je tiens à remercier mon ami Gaétan Bricault pour sa collaboration et son flair musical. Les prochaines balladodiffusions seront d'ailleurs animées en sa compagnie. Bonne écoute!

Mises au point


- Nous avons délibérément choisi de tracer un lien entre le chanteur Yanick et le fils du chanteur Pierre Létourneau, Yannic Létourneau. En l'absence de confirmation, la véritable identité du mystérieux chanteur Yanick demeure pure spéculation. Vous ne nous en voudrez pas d'avoir tout de même essayé de tirer une conclusion plausible lorsque nos recherches n'aboutissaient à aucun résultat tangible. Advenant une information privilégiée à ce sujet, nous rectifierons le tir et utiliserons un portrait différent pour l'affiche (
Yannic Létourneau est au centre). Il nous semblait néanmoins plus pertinent de soulever la question au passage. Qui es-tu Yanick?

- La série 70 000 de Capitol a aussi été évidemment initiée sous l'impulsion du groupe Les Cailloux. Comment les oublier?


- Oui, le son fait défaut lors de nos quelques interventions. Nous corrigerons le tout.

Au Programme

publicité - Le Québec sait faire (1969)
Valjean - Je m'en reviens chez-moi (1968)
intervention
Guy Rhéaume - Les yeux de velours (1972)
Serge Blouin - Bonjour John (1967)
Les Alexandrins - Je parle pour parler (1967)
intervention
Smokin' Woods - J'ai Péché (1972)
Robert Toupin - La Chine (1974)
Yanick - Laisse-moi donc faire (1972)
intervention
Le Blanc & Lalancette - Intro
Le Blanc & Lalancette - Rest with him
Le Blanc & Lalancette - Mister Gun Pt. 1
Le Blanc & Lalancette - Et nous avons peur (Mister Gun pt. 2)
Le Blanc & Lalancette - Le soleil au dessus de nous
intervention
Karine - La fille du soleil (1974)
Les Maîtres - Une nuit avec toi (1970)
Bruce Huard - Comme le soleil (1970)
intervention
**surprise** - Candy, Flowers, Perfume (1967)





Patrimoine PQ presents it's third podcast: Mille soleils au dessus de nous - Quebec's Soft-Psych & Orchestrated Pop (1967-1976). A full hour of uncomped gems and rare 45, all in the soft-psych vein (think of the Fading Yellow serie). Get your automn almanach's worth..in March! Enjoy! Leave a comment as you listen! Got some rare snapshots of Le Blanc & Lalancette? You actualy knew the guys in Montreal's band Smokin' Woods? Write us about it.

dimanche, mars 21, 2010


Érotique PQ - Spectacle du 4 mars 2010


J'ai eu le privilège d'assister pour une seconde fois au spectacle Érotique PQ, un hommage drôlement bien fiscellé aux cultissimes bandes sonores du cinéma érotique Québécois du tournant des années 60-70. Comme lors de leur première représentation à Québec à l'été 2009, le groupe réunissait sur scène une foule de musiciens invités stygmatisés autour de la présence sonore du duo Call me Poupée et des cuivres et percussions du groupe ska Les Skapitones. Pour cette nouvelle version du spectacle, le groupe avait été réduit à une dizaine de musiciens, mais le rendu semblait déjà plus solide qu'à leurs spectacles précédents. Appuyés par un guitariste échevellé et délicieusement possédé, le supergroupe catalysait des compositions qui n'avait jusque-là jamais été interprétées en dehors de leurs studios d'origine! 40 ans plus tard, ces titres funk débridés ne manquaient toujours pas de faire trémousser une foule composée de connaisseurs et de néophytes. Quand c'est bon, c'est bon. Ceux qui n'avaient jamais entendu parlé auparavant de Viens mon amour ou de Y'a plus de trou à Percé n'étaient pas pour autant pus difficiles à convaincre...

Malgré quelques problèmes sonores, notamment avec les transitions spoken-word entre les morceaux, le spectacle dégageait une singulière vibration. On se sentait privilégié d'entendre des musiciens chevronnés miser sur ce répertoire des plus fastes et toujours largement méconnu. On souhaiterait maintenant que les programmeurs du Festival de Jazz tendent l'oreille et invitent ce projet des plus originaux à se produire sur une scène à la mesure de leurs ambitions. Cancellez Frédéric de Grandpré et rectifiez le tir...

Voici un brève vidéo du spectacle où le groupe interprète Valérie se rebelle, le thème du film Valérie (1969). Une dédicace au compositeur Michel Paje qui avait généreusement donné son accord pour publier la bande sonore officieuse du film, récemment sur le blog Psyquébélique. 40 ans plus tard, vos compositions ne seront plus confinées à de vagues souvenirs: ça se vit sur scène, maintenant!



mercredi, mars 17, 2010


Lancement d'une nouvelle étiquette : Les Disques Pluton.

Plusieurs audiophiles y rêvent en secret (moi le premier), alors que certains foncent déjà! Après quelques années à rechercher la crème du garage, du rockabilly, du surf et du soul Québecois, les auteurs de l'excellent blog Vente de Garage, Félix B. Desfossés & Mélodie Rheault, lanceront officiellement ce vendredi 19 mars leur nouveau projet: Les Disques Pluton. Des titres jadis créés au Québec et pressés de nouveau Québec. ll y a de la vie dans ce lointain orbite, croyez-moi... et sur vinyl à part de ça! Tu parles d'une initiative pertinente!

Pluton annonce déjà la publication d'un premier 45 tours regroupant quelques grooves rares de l'organiste Donald Seward, anciennement de César et les Romains. Le tout sera aussi remasterisé et est déjà offert en téléchargement. On ne peut que saliver en attendant la suite!


Pour le moment, l'heure est à la célébration! Le lancement officiel se déroulera au bar Le Divan Orange, à Montréal, ce vendredi 19 mars dès 21h00. En plus d'accueillir Donald Seward, un public averti aura droits aux performances des Revenants, Buddy McNeil & the Magic Mirrors ainsi que les fascinants The Sound of Sea Animals, le tout sous la supervision sonore des DJs Mimi la Twisteuse & Otis Fodder. Tout un programme! Enfilez votre groove!

If you're in Montreal for the week-end, be sure to check out this friday night at Le Divan Orange the launch of a new label: Les Disques Pluton. Fellow bloggers Felix B. Desfossés & Mélodie Rheault from Vente de Garage initiated the project and plan to release rare Quebec grooves on vinyl, starting with early funker Donald Seward (of Cesar & les Romains fame). Downloads are also available on their website. One must applaude such initiative! The party starts at nine with killer bands The Revenants, Buddy McNeil & the Magic Mirrors, The Sound of Sea Animals and DJs Mimi la Twisteuse & Otis Fodder. Be there, square!



dimanche, mars 14, 2010

Finalement (1971) - Extraits Vidéos

À notre connaissance, le long métrage Finalement... n'a jamais fait l'objet d'une réédition officielle sur VHS ou DVD. Considérez le film pour la qualité de son intrigue, l'exécution de ses personnages ou l'originalité de son scénario et vous comprendrez pourquoi on ne s'empresse pas à le rendre de nouveau disponible. Est-ce à dire que le film est sans intérêt? Loin de là! Vous y retrouvez de rares performances chantées par Renée Martel ainsi que Pagliaro et son nouveau band (Denis Lepage, Andy Shorter et un excellent bassiste non-identifié), mais aussi plusieurs scènes technicolorées qui nous replongent frénétiquement dans le Montréal de la fin des années 60. Far out! C'est d'ailleurs l'aspect qui me séduit le plus dans ce cinéma d'exploitation: ces films offrent un regard différent -voire complémentaire- sur une époque éclatée que nous avons trop souvent résumé sous les thèmes populistes du yéyé, d'Expo 67 ou de Jeunesse d'Aujourd'hui. Amenez-en de la contre-culture et de la série B!


Pour faire suite à notre dernier article, l'audiophile Stéphane B. a pris littéralement les devants et nous a généreusement numérisé une scène à la hauteur de nos attentes: une conversation entre Renaud et Riberolles dans un bar psychédélique, à quelques pas d'une scène où Pagliaro chante son hymne J'ai marché pour une nation ! Quel cadeau! Merci Stéphane!



Sacrée performance! Nous vous offrirons très bientôt ld'autres extraits ainsi que la possibilité de télécharger le long métrage dans son entiereté. Espérons que cette initiative suscitera un intérêt public pour la réédition officielle de cette rare production... Bon visionnement!

mercredi, mars 10, 2010









Artistes Variés - Bande Originale du film Finalement...
(1971; Spectrum SP 107)


On a souvent souligné le tournant identitaire des musiciens Québécois au début des années 70, les moeurs se libérant et notre personnalité artistique se stabilisant autour d'une modernité sans bornes faisant fie (ou exploitant, c'est selon) des tabous. Alors que plusieurs chanteurs s'émancipaient comme jamais sur disques, un phénomène similaire était observé au grand écran. Pour ne cibler que cet aspect, la tangente érotique de notre cinéma (aussi connue sous le sobriquet anglophone de maple syrup porn ) illustre bien les mutations de cette faste époque. Dès 1968, de nombreux longs métrages «osés» furent produits, le plus souvent accompagnés de bande originales audacieuses. Du lot, retenons des titres comme Valérie, l'Initiation, Après Ski, 7 fois par jour, Deux femmes en or, Viens mon amour, Les Chats Bottés, Y'a plus de trou à Percé, La pomme, la queue, les pépins et j'en passe.

À ce sujet, je ne saurais trop vous recommander les récents articles de mes amis des blogs Psyquébélique et Vente de Garage qui ont chacun publiés de somptueux billets retraçant la création des bandes originales des films Valérie et Après-Ski. On vous y offre des primeurs musicales, des informations privilégiées, de rares images et tout un survol de ces deux films. Deux lectures essentielles. Le cas Valérie a pris tout le monde par surprise en étant ensuite analysé dans La Presse, puis dimanche le 7 mars sur les ondes de RDI. L'intérêt est définitivement public. La bande sonore officieuse de Valérie fait événement et ce blog, en plus d'y avoir participé, cautionne et encourage de telles initiatives.


Bien que le ton diffère légèrement des productions érotico-pop comme L'Initiation (Denis Héroux, 1970) ou Après-Ski (Roger Cardinal, 1971), Finalement... en calque néanmoins quelques formules gagnantes, à commencer par le casting d'un couple d'acteurs déjà bien connu du public. Le film de Richard Martin raconte les tribulations d'un photographe Français égocentrique joué par Jacques Riberolles (L'Amour Humain) s'amourachant d'une serveuse de snack-bar (Chantal Renaud) en vue de la révéler au monde comme la nouvelle mannequin, la it-girl. Les deux acteurs s'étaient rencontrés et fait connaître l'année précédente sous les projecteurs du plateau de l'Initiation... avant de tomber amoureux. Des acteurs complices, voilà qui attisait déjà les cinéphiles... La distribution Franco-Québécoise incluait aussi Andrée Boucher (La corde au cou), Monique Mercure (Deux femmes en or; Viens mon amour), Jacques Desrosiers (Après-Ski), Jacques Normand (YUL 871) et Jacques Famery (Les Chats bottés; Parlez-nous d'amour).












Si le film eut un succès plutôt limité, sa sortie fut néanmoins accompagnée d'une bande originale afin de profiter de la vague maple-syrup. Contrairement à celles déjà publiées sur l'étiquette GAP, vous n'y retrouverez pas de longs instrumentaux soul ou funky adaptés au scénario et peu d'orchestrations complexes et déjantées. Pour son premier long métrage, le producteur Denis S. Pantis (Disques Mérite), flairant toujours une bonne affaire, eut plutôt l'idée de puiser au travers des meilleurs prospects de son écurie. En confiant l'orchestration à l'arrangeur chevronné Jerry De Villiers, Pantis opterait parallèlement pour des chanteurs qui avaient déjà la cote auprès du public et ceux qui n'attendaient qu'un coup de pouce de sa part pour gravir de nouveau les palmarès de la province. Il produirait le film et superviserait la bande originale en compagnie de George Lagios, futur producteur de Michel Pagliaro et Walter Rossi notamment. C'est aussi Lagios qui composera avec l'auteur-compositeur William Finkelberg (le hit Some sing some dance de Pagliaro l'année suivante, c'est lui) le thème du film, avant que la chanteuse Renée Martel n'en rédige les paroles. Cette dernière serait rejointe par d'autres protégés de Pantis, tels Bruce Huard (ex-Les Sultans), Michel Pagliaro et le chanteur folk Éric.

Denis S. Pantis (Disques Mérite)

L'ensemble des compositions reflète bien l'ambiance chaude et émancipée qui teintait déjà les productions de ce tournant de la décennie 60-70. De nouveaux soloistes comme Huard ou Pagliaro participent à cette émancipation, eux qui avait déjà quittés leurs groupes yéyés quelques années auparavant pour emprunter une tangente pop orchestrale plus.. sophistiquée. Des thèmes marginaux se démocratisent de plus en plus notamment sur l'envoutante composition de Éric, Marie Boucane. En un sens, Finalement se développe simultannément aux bandes sonores de l'étiquette GAP en animant des situations similaires, mais dégage de loin le plus de retenu. Une scène d'orgie, une dans un bar psychédélique et une autre plutôt enfumée ne réussiraitent pourtant pas à dévergonder cette production, somme toute, soft-pop. Rassurez-vous: ce n'est pas une perte, loin de là.

Des titres toujours inédits.

La plupart des titres ici réunis furent individuellement pressés entre 1969 et 1971 pour chaque artiste, sur de multiples étiquettes administrées par Pantis lui-même (Spectrum, DSP, Pax). Du lot, sept titres sur dix n'ont toujours pas été officiellement rééditiés depuis leur parution originale. Et on ne parle pas de petites pointures... Michel Pagliaro offre L'amour est là, sa reprise électrifiée de Step inside love, un titre que Paul McCartney avait offfert à Cilla Black en 1968. Le tube s'était aussi avéré être un hit mineur pour son interprète à la sortie de son second album éponyme (1970; Spectrum SP103), mais reflétait du même coup un côté légèrement fleur bleue qui serait judiceusement évacué quelques mois plus tard avec la sortie de J'entends frapper. Avant d'écrire son hit définitif, Pag ponderait un rock emblématique (quoiqu'il en dise) de la fierté nationale qui soulevait le Québec d'alors: J'ai marché pour une nation. Le vent tourne et Pag ouvrait la marche à coups de
guitares incisives sur fond de Hammond.





Ce qui surprendra les fans du rockeur, c'est l'inclusion d'un titre inédit à la bande originale: Arrête Lucie. Proposé à l'origine sur le blog de l'Ex-Exorbité, ce fougueux boogie ne semble pas avoir été publié ailleurs précédement. Absent de la discographie officielle du chanteur, cette chanson aurait même échappée aux biographes de Pagliaro qui l'omettent de leur liste, pourtant déjà exaustive. On comprend qu'il s'agit d'une commande spécifique au projet lorsqu'on sait que le personnage interprété par Chantal Renaud s'appelle... Lucie. Si l'air vous rappelait un autre titre de Pag, vous auriez raison. Arrête Lucie est une adaptation minimale de la chanson Arrête Annie, publiée en 1970 sur son second album éponyme. Une chouette curiosité, soulignée avec justesse par Martin de l'Ex-Exorbité. Restons dans les thèmes. Quelques mois auparavant, Pagliaro s'était associé à George Lagios pour composer un autre indicatif musical pour un obscure film à petit budget, L'Île (1970). Le Thème de l'Île impressionne par son dynamisme, son air de samba et l'orchestration touffue qui le vitamine. Composé par Pagliaro, la chanson a été doublement publiée en 1970: créditée au groupe "Le Studio" sur étiquette Citation puis à "Le Beau-Frère" sur la face B d'un simple de Pagliaro sur Pax. Le thème ne fait pas partie comme tel de la bande originale de Finalement, mais l'implication de ses musiciens dans celle-ci en fait une curiosité digne de mention et définitivement dans le ton... Vous possédez plus d'informations à propos du film (ou documentaire?) L'île de 1970? Écrivez-nous!



On confia le thème chanté de Finalement à Renée Martel. La chanteuse qui préparait alors son cinquième album (Mon roman d'amour, Spectrum SP108), opta aussi pour une reprise d'un titre de Barry Gibbs, ici rebaptisé Je suis la Terre. Un hymne pop doté d'un mélodie épique; le ton est léger, mais Martel demeure convaincante. Pour sa part, le thème de Finalement emprunte à nouveau quelques aspects de la bande originale de l'Initiation en tentant de répéter la formule de la ballade qui avait si bien fonctionné l'année précédente pour Diane Dufresne (Un jour il viendra mon amour) et le film. Bien que différentes, on ressent malgré tout dans ces deux ballades une même vocation: la ballade fleur bleue d'un long métrage à sensations, soulignant les leçons tirées de l'Amour... Compilé sur les nombreuses rééditions de Renée Martel chez les Disques Mérite, le thème offre des arrangements étoffés et aériens ainsi que de multiples progressions qui en font un petit bijou de chanson pop. Une somptueuse eccentricité à son catalogue!

Bruce Huard

Par de complexes arrangements et l'originalité des morceaux retenus, une singulière vibration soft-pop se dégage du lot. À la fois naive, ambitieuse et assumée. Les chansons de Bruce Huard en sont les meilleurs exemples. Vous m'avez bien lu. Comme le soleil, une composition originale, coupera le souffle aux amateurs de soft-psych et convainquera les puristes des intentions post-Sultans du chanteur. Avec ses cuivres scintillants rappelant le son du Bosstown, son refrain aussi explosif qu'accrocheur et son (trop) court break instrumental en conclusion, ce simple de juillet 1970 en imposait. Un second titre, Toi et moi, est cosigné Bruce Huard et Denis Forcier. Depuis la dissolution de son groupe, l'ancien guitariste des Sultans qui avait aussi biffurqué par le Coeur d'une génération avait développé une oreille pour des arrangements audacieux et des mélodies baroque-pop. Son influence déteint inévitablement sur Toi et moi , insufflant à des paroles plutôt mièvres un environnement sonore raffiné de cordes et de cuivres. Du bonbon. Ces deux titres furent aussi réinterprétés en anglais par Huard, mais jamais pressés à l'époque. Curieusement, ce sont ces versions qui, finalement, figurent sur ses grands succès L'amour, l'Amour, l'Amour (Mérite), Fly me to the sky (Toi et moi) & Just like the sun (Comme le soleil).

Eric (St-Pierre)

Depuis ses débuts au sein du groupe garage Les Gamins, Eric St-Pierre avait roulé sa bosse en solo afin de paufiner son approche plus folk-pop. Révélation Masculine au Gala Méritas de 1967, il enregistrerait deux albums pour Pantis et une série de simples indédits à ces derniers. Avec un meilleur second album et son simple Marie Boucane pour l'étiquette Pax, Eric jouait le tout pour le tout afin de prouver qu'il n'était pas si sage qu'on le prétendait. Je ne peux confirmer que ce titre fut utilisée pour une des scènes plus frivoles du film (je ne l'ai pas vu dans son entiereté), toutefois son propos est on ne peut plus clair. Cette ode à peine subtile à la mari utilisent plusieurs allusions et consonnances pour vanter les mérites du tabac d'orchestre. Ou était-ce à propos de sa nouvelle flamme? Tongue in cheek, diraient nos cousins du sud. Inhallez...

Je suis si bien quand Mari(e) s'en vient.
Quand Mari(e) est là, ça sent bon.

Mari(e), le souffle de vie que je sens en moi.

Une douce harmonie, un nuage de joie...



Jerry De Villiers

... et expirez. Habillant la cinématographie, Jerry De Villiers apporte une touche de modernité à l'ensemble en proposant deux instrumentaux captivants. Sa reprise orchestrée du succès planétaire de Marc Hamilton, Comme j'ai toujours envie d'aimer, acquiert un charme cabotin au son et effets électroniques du Moog. Ludique. L'ambiance se modifie et le rythme ralenti sur la reprise instrumentale du thème de Finalement, plus mélancolique et langoureuse que sa version chantée. Alors que la mélodie progresse, le compositeur complexifie son arrangement, accentuant même les cordes d'un effet de phasing. On aurait souhaité plus de mesures comme ces dernières... mais l'arrangeur est demeuré prudent sur cette bande originale.




Certains de ces hymnes pop orchestraux ont tous les ingrédients pour se loger au creux de l'oreille de l'audiophile averti. Les rocks se chargeront d'animer le reste de vos sens. Ils ont partiellement inspiré notre prochaine balladodiffusion, 1000 Soleils au dessus de nous, cette fois-ci entièrement dédiée à une niche bien précise du spectre musical, le soft-psych (ou psychédélisme léger). À suivre...

Finalement, affiche originale (Éléphant)

Entre temps, bonne écoute! Si vous avez vu le film Finalement... et souhaitiez partager des extraits ou votre critique personnelle,
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Téléchargez la Bande Originale / Download the original soundtrack:

Artistes Variés - Bande Originale du film Finalement (1971; Spectrum SP107)