samedi, mai 16, 2009






The Melody Makers - The Melody Makers

(1963; Plaza PL-3301)


Le parcours de ce jeune trio montréalais est tout à fait fascinant. Dès 1958, le groupe prend forme autour des frères Roberto et Danny Orsini (guitares & voix) et de Robert Perron (batterie); les trois sont respectivement âgés de 8, 9 et 12 ans! Malgré leur jeune âge, le groupe effectue ses débuts sur scène au Orsini Hall (propriété de leur oncle) et au Lion's Club avant de capter l'attention du promoteur Ed Supple. Il les inscrira au programme de son éclectique Revue Métropolitaine à la fin des années 50 où ils se tailleront une place parmi des danseurs, magiciens, contorsionistes et autres ventriloques. Le groupe effectuera ainsi une tournée effreinée des salles de danse, réunions de Chevaliers de Colomb, cliniques de dons sanguins au profit de la Croix Rouge, clubs de vétérans, hôpitaux (certains psychiatriques) et prisons de la région montréalaise.

Après leur première télédiffusion à Sherbrooke (Paul Lemire Show; CHLT), ils furent invités à se produire aux États-Unis. Les Melody Makers se produisirent à Burlington (Vermont) au Mike Stevens Show (WCAX), à Plattsburg (New York) au Lazy L Ranch (WPTL) et finalement au parc thématique western Frontier Town de North Hudson (New York). Ils auraient ainsi cumulés près de 400 spectacles à leurs 5 premières années! Incroyable! Leur tenacité serait ultimement récompensée en 1963 alors que le producteur Tony Choma les remarquerait. Il dépistait déjà de nouveaux talents afin de lancer son propre label, Plaza, et c'est à ces jeunes gens qu'il confierait sur le champs, le rôle d'ouvrir le bal. Choma semblait convaincu, non? Vous le serez aussi. Si vous possédez une copie du disque, les chances sont qu'ils fut acheté à l'un de leurs spectacles; bien que 5000 copies furent vendues en tout, l'album demeure aujourd'hui difficile à retracer.




Sans être un album live proprement dit, le jeu frénétique des musiciens jumelé de l'absence d'un bassiste couplé d'une production franchement minimale laisse place à plusieurs petits écarts ça et là, mais il en faudrait plus pour ralentir les Melody Makers. Tous les éléments d'un spectacle du groupe sont réunis. Le ruban tourne et on canne les titres en vitesse, sans regarder en arrière question de ne pas nuire à la spontanétié. Si vous recherchiez le son teenbeat, cru et sans réserve des meilleurs planchers de danse en 63, vous ne pouviez trouver mieux! Les studios Stereo Sound (sur Côte-de-Liesse) ont toutefois produit des albums au son plus riche, mais audiblement ce qui importe ici, c'est l'énergie débridée du trio pendant leur unique séance d'enregistrement de 8 heures. Des 10 titres enregistrés, 4 sont des compositions originales des frères Orsini; du lot, seuls deux titres sont chantés (Five Foot Two & Mama's Twist). Aucun 45 tours ne fut extrait du microsillon - étonnant! Le répertoire du groupe s'oriente vers les boogies instrumentaux pimentés de rockabilly comme en témoignent la reprise saccadée des Ventures (Walk, Don't Run) et les versions slow rock de hits calypso tels Yellow Bird de Norman Luboff ou My Shawl de Cugat. De ces titres instrumentaux, on retiendra surtout les compositions originales du groupe comme l'approximative Leo's Twist, titrée en l'honneur d'un ex-prisonnier enthousiaste qui avait assisté au spectacle du groupe alors qu'il séjournait au centre correctionnel Saint-Vincent-de-Paul. Hell Boogie démarre en douceur avant de sérieusement accentuer la cadence vers 0m50s. Tassez-vous d'là! Après une face A entièrement dédiée à des instrumentaux disons «de rigueur» pour un tel groupe, Hell Boogie (quel titre!) introduit un segment plus déglingué en face B. Ça déménage!

Les deux titres chantés se distinguent du reste de l'album. Les voix prébubères des frères Orsini sont perchées hautes, très hautes, et leur rendu en lpeine poussée hormonale ne montre aucun signe de ralentissement alors que chaque musicien fait de son mieux pour ratrapper le reste du groupe. Bien qu'elle sonne tout à fait contemporaine sur cet album, l'indémodable chanson Five Foot Two avait déjà été un hit pour de nombreux artistes depuis que Ray Henderson l'avait composé en...1925! Souvent interpété au yukulele, ce titre nouvellement énergisé casse la barraque après un lente introduction. Vous vous surprendrez à siffler l'air des jours durant... Mama's Twist pousse plus loin l'audace. Tassez les meubles avant d'entamer cette pièce qui n'a rien d'un twist, le fruit d'un jam improvisé! Un véritable concentré de tout ce qui charme chez ce groupe: le jeu est lousse et frénétique, les paroles sont minces mais ô-combien rock n' roll (les woo-hoos chahutés par Perron n'ont rien à envier au hit des 5-6-7-8), les aiguilles sont dans le rouge!


Malgré le départ de Robert Perron en 1964 et une succession de remplaçants (Lou Peddy, Bobby Martino), Les Melody Makers continuèrent leur série de spectacles jusqu'en 1967, misant progressivement sur des performances dans des nightclubs jazz de la métropole, sans néliger un gig dans un mariage ou une allée de bowling au passage. Alex Taylor publia il y a quelques temps un article témoignant de sa rencontre avec Danny et Roberto Orsini; cette critique se réfère d'ailleurs à de nombreux passages issus de cette rencontre privilégiée et je tiens à souligner l'excellente recherche de Alex. Lisez son article ici. Je tiens aussi à remercier Mimi la Twisteuse du blog À la Carte qui avait présenté récemment d'inspirantes trouvailles teenbeat ou kiddie-rock. Laissez votre commentaire après écoute.





Téléchargez l'album complet / Download the complete LP:

The Melody Makers - The Melody Makers (1963; PLAZA PL-3301)

8 commentaires:

yeyequebec a dit...

Merci pour cet article et merci également pour le lien vers l'article de Monsieur Taylor.
Ce disque est incroyable et tout fan de rock and roll devrais en avoir un chez eux.

S.ébastien a dit...

C'est tout dire!!! Merci Michel.

Satan Bélanger en a justement une copie à vendre pour 15$ environ sur GEMM. À qui la chance?

Gaétan a dit...

Oui, une bien belle trouvaille que tu as fait là, Sébastien. Mama's Twist est vraiment cool ! Disons que ces jeunes gens avaient le mojo. Live, ils devaient être beaux à voir.

S.ébastien a dit...

Merci Gaétan! Je tiens à souligner que c'est toi qui m'avait initialement aiguillé vers cette aubaine dans une bin au sol. Je t'offre la prochaine copie que je découvre!

C'est vrai qu'ils ont du mojo! Imagine en spectacle dans l'aile psychiatrique à Pinel...devançant de 20 ans la performance similaire des Cramps! Mmmmmmmm

Runaway a dit...

Je suis fiere de vous dire que Danny et Roberto sont mes freres.
J ai eu le plasir de les ecouter jouer et pratiquer quand j etais jeune.
Ils mont toujours inspire.
Des que j ai pu moi aussi j ai partie un groupe.
Je continue la tradition.
Aujourdui je le plasir de juer avec eu.
Aller voire le site de mon groupe www.rockinwithrunaway.com

Rock and Roll will never die!!!!!!!!!!

S.ébastien a dit...

J'adore ce sens des traditions. Merci les Runaway pour ce émoignage. Salutations à toute la famille!

C'est pas ShaNaNa qui chantait "RocknRoll will never die"? ehehe

Anonyme a dit...

Merci Sébastien! Tu me rappelles de très bons souvenirs d'enfance.

Par contre, j'aimerais aussi pouvoir télécharger l'album. Ma mère s'est débarrassé de ses vinyles il y a quelques années et je lui en veux de ne pas m'avoir offert celui-ci avant. Il faisait parti de mes préférés!

Sébastien Desrosiers a dit...

Contactez-moi ici et je vous enverrai un lien pour télécharger l'album.

mondopq@mondopq.com